Un appartement par étage: une conception d’une grande rareté
Au chemin des Jordils à Cortaillod, quatre petits immeubles de trois logements chacun sortent de terre sur l’une des dernières parcelles encore constructibles du cœur du village. Alors qu’à quelques centaines de mètres de là, sur le coteau, un refus populaire bloque le crédit d’équipement d’un projet. Une manière de rappeler la valeur qu’ont aujourd’hui certains lopins de terrains en zone déjà autorisée.

«Un immeuble avec un seul appartement par étage, il ne s’en construit pratiquement plus sur le Littoral neuchâtelois», observe Antony D’Agostino, directeur de l’agence immobilière Wayne à Neuchâtel. Il parle de «La Garde»: quatre bâtiments de deux étages sur rez, au chemin des Jordils, pour douze appartements de 3,5 et 4,5 pièces. Soit trois logements par immeuble. Un projet immobilier porté par BEG SA et dessiné par l’architecte neuchâtelois Pierre Studer tandis que Wayne en assure la commercialisation.
Le terrain, situé au cœur du tissu bâti de Cortaillod, n’a nécessité aucune modification d’affectation. Néanmoins, «pas loin de dix ans se sont écoulés entre les premières esquisses et le démarrage du chantier», précise Antony D’Agostino. «C’est malheureusement bientôt le rythme normal d’un projet en Suisse romande aujourd’hui, et c’est précisément ce qui rend l’offre rare.»
Ni voisin à droite, ni voisin à gauche
Mais en l’occurrence pas seulement. Car rare, le concept de «La Garde», l’est aussi. Occupant l’intégralité de leur niveau, les logements sont traversants et ouverts sur les quatre orientations. Les surfaces habitables s’échelonnent de 86 à 110 m², complétés d’un espace extérieur privatif, balcon ou terrasse, tandis que les appartements du rez-de-chaussée disposent d’un jardin. S’y ajoutent une cave, un local à vélos et poussettes par bâtiment, un parking souterrain de vingt-deux places, complété de deux places visiteurs.
Et surtout, «ne pas avoir de voisins, ni à droite, ni à gauche, est une intimité que l’on ne retrouve nulle part ailleurs pour des appartements dans cette gamme de prix», relève le courtier. Choisir un modèle de quatre entrées, quatre cages d’escalier et quatre ascenseurs pour douze logements seulement, là où un immeuble classique en desservirait autant avec un seul de chaque a forcément un coût pour le promoteur. «C’est une option assumée de densité maîtrisée. On renonce à des mètres carrés vendables pour livrer un produit que le marché ne propose plus.»
Côté technique, la chaleur est produite par des sondes géothermiques, avec une pompe à chaleur par immeuble, un chauffage au sol basse température et un comptage individuel par appartement. Les toitures plates sont végétalisées, les ascenseurs répondent aux normes de mobilité réduite et le parking est déjà tubé pour l’installation ultérieure de bornes de recharge.
Modernité et nature
Quel est le public visé? «Des couples, des familles, mais aussi des personnes seules ou de jeunes retraités qui quittent une villa devenue trop grande et refusent de perdre en qualité de vie», indique Antony D’Agostino. «Nous nous adressons à une classe moyenne à supérieure, en quête à la fois de modernité et d’une qualité de vie en adéquation avec la nature.»
Le lieu, en la matière, s’avère «idéal». L’arrêt de bus Les Jordils se situe à trois minutes à pied. Les écoles, les crèches et les commerces sont accessibles à quelques 6 à 10 minutes, tandis que tous les services et la salle communale Cort’Agora se rejoignent également à pied. L’entrée de l’autoroute A5 est à deux minutes en voiture et les gares d’Areuse et de Bevaix à une douzaine de minutes en bus.
Le marché a répondu: sur les douze logements, sept ont déjà trouvé preneur, quatre sont vendus et trois réservés. Cinq restent disponibles, pour une livraison prévue fin 2027.
D’une maison à douze ménages
Pas loin du chemin des Jordils, juste à côté, à la rue des Courtils, la réalisation de quinze appartements prendra également racine pour se terminer fin 2027-début 2028-, à l’enseigne des «Terrasses des Vergers». L’appellation de «vergers» faisant justement référence «à l’environnement naturel du quartier. Un nom évocateur», comme le relevait, dans un précédent article d’«Immobilier.ch», Alizée Liechti, responsable immobilier pour la société Pierre Liechti et associés SA dudit projet. Preuve en est que le naturel tend de plus en plus à s’installer au cœur des cités.
Zones à bâtir opposables
Depuis le resserrement du droit fédéral de l’aménagement du territoire, la Suisse a cessé de s’étendre sur ses terres agricoles et viticoles pour construire vers l’intérieur, dans les centres déjà bâtis et équipés. «La Garde» s’inscrit exactement dans cette logique. «La parcelle du chemin des Jordils se situe au centre du village et n’accueillait jusqu’ici qu’une seule maison individuelle, appelée à être démolie. Or, douze ménages y logeront là où un seul vivait», résume Antony D’Agostino. «On demande aux promoteurs de densifier les centres. C’est précisément ce que nous faisons ici. Dès lors, ce qui se fait rare, ce n’est pas le terrain mais le permis de construire. Alors, sur un territoire communal, tout ce qui est constructible n’est pas pour autant construit.»
Cortaillod vient d’en donner une illustration. Sur le versant est du village, entre la route de Sachet et la rue des Chavannes, le quartier «Les Breguettes – Les Ruffières» prévoit onze bâtiments et trente-neuf logements sur quelque 19 300 m². À l’étude depuis une vingtaine d’années, le dossier a connu un nouvel épisode en juin dernier: un référendum lancé par le collectif «Cortaillod-Ensemble» a conduit plus de 60% des votants à refuser un crédit communal de 1,18 million de francs destiné aux équipements routiers et souterrains du futur quartier.
Un vote qui pose, au-delà du cas particulier, une question de sécurité juridique. «Une zone à bâtir, c’est un règlement voté, public et opposable. Un promoteur achète un terrain au prix de ce que ce règlement l’autorise à y construire, et l’équipement des zones à bâtir est une obligation de la collectivité», rappelle Antony D’Agostino. «Quand la décision se rejoue quinze ans plus tard, c’est lui, et lui seul, qui porte le risque. C’est aussi pour cela qu’il se construit si peu de logements.»
À l’inverse, au cœur du village, «La Garde» n’a rencontré aucune opposition majeure. Pas davantage que les «Terrasses des Vergers», quinze appartements attendus à la rue des Courtils pour fin 2027-début 2028, ni que le projet de Chanélaz, vingt-trois appartements de 2,5 à 4,5 pièces développés par le promoteur Masini, établi à Cortaillod, sur un site dont une partie concernera un bâtiment de quatorze appartements avec encadrement.
«Une parcelle au centre d’un village, avec un permis de construire en force, cela ne se remplace pas», conclut Antony D’Agostino. «Pour un acquéreur, cela veut dire une chose très concrète. Ce qui se construit aujourd’hui au chemin des Jordils ne se reconstruira pas à côté demain.»
