Genève

Au Rolliet, une coopérative pour faire vivre le quartier

À Plan-les-Ouates, le quartier du Rolliet entre dans une nouvelle phase de son histoire. Avec la création officielle de sa Coopérative de gestion, ce futur quartier ne se contente plus d’être un projet sur plan, il pose les bases concrètes d’une vie de quartier durable, animée et pensée pour ses habitants.

À terme, près de 1000 logements verront le jour au Rolliet
À terme, près de 1000 logements verront le jour au Rolliet - Hiris.ch
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Il y a des signatures qui dépassent le cadre administratif. Ce jeudi 22 janvier, à Plan-les-Ouates (GE), la création de la Coopérative du Rolliet en faisait partie. Autour de la table, l’État de Genève, la commune et les propriétaires ont acté la naissance d’une structure inédite, appelée à accompagner le quartier bien au-delà de sa construction, alors que les premiers habitants sont attendus dès 2027.

D'ailleurs, depuis des années, le Rolliet se dessine sur les plans et sur les chantiers. Le tram est déjà en service, les immeubles s’élèvent progressivement, les équipements prennent forme... et avec la Coopérative, le quartier se dote désormais d’un outil pour passer du projet urbain au quartier vécu, animé et habité. Un moment charnière que Sylvain Ferretti, directeur général de l’Office de l’urbanisme, décrit comme le passage de la planification à la réalité du quotidien.

Un quartier durable, au sens large

L’ambition est assumée: concevoir un quartier durable dans toutes ses dimensions. Environnementale, bien sûr, mais aussi sociale, économique et humaine. Un quartier pensé pour être agréable à vivre, fonctionnel au quotidien et capable de créer du lien. Cette vision s’inscrit pleinement dans la volonté communale de la «ville des courtes distances». L’enjeu est surtout d'éviter l’écueil de la cité dortoir et offrir, à proximité immédiate des logements, des services, des équipements et des lieux de rencontre utiles à la population.

Les rez-de-chaussée comme cœur battant du Rolliet

La Coopérative du Rolliet est une nouvelle forme de gouvernance uniquediaporama
La Coopérative du Rolliet est une nouvelle forme de gouvernance unique

Premier pilier de cette vision, les activités de vie de quartier. Plus de 5000 m² de surfaces situées en rez-de-chaussée (soit environ 40% des rez du quartier) seront consacrées à des usages à forte valeur sociale. Crèches, café communautaire, épicerie de quartier, ateliers, activités associatives ou culturelles, espace de coworking à tarifs préférentiels, ces lieux ont vocation à devenir le cœur battant du Rolliet.

Et la dynamique est déjà bien engagée. Entre 60 et 70% de ces surfaces ont d’ores et déjà trouvé preneurs, à l’issue d’appels à projets menés avec la Commune et les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Une part volontairement laissée libre permettra néanmoins aux futurs habitants de proposer leurs propres initiatives, afin que le quartier continue à se construire avec eux.

Un montage économique volontairement atypique

Pour rendre ce modèle possible, le montage économique est lui aussi inédit. Les propriétaires mettent gratuitement à disposition de la coopérative plus de 5000 m² de surfaces en rez-de-chaussée (correspondant à environ 5% des surfaces bâties du quartier). Ces locaux sont ensuite loués à des loyers volontairement inférieurs au marché, compris en moyenne entre 100 et 200 francs le mètre carré par an, avec un plafond d’environ 220 francs selon les usages.

À côté de ces espaces dédiés à la vie de quartier, le Rolliet comprendra également environ 15’000 m² de surfaces d’activités classiques, louées aux conditions du marché (plutôt entre 270 et 350 francs le mètre carré par an) et accueillant notamment une supérette, une pharmacie, des restaurants ou encore un pôle santé.

La mobilité comme levier de qualité de vie

(De g. à d.) Sylvain Ferretti, Fabienne Monbaron et Charles Spiererdiaporama
(De g. à d.) Sylvain Ferretti, Fabienne Monbaron et Charles Spierer

Deuxième pilier du projet: la mobilité, pensée comme un élément central de la qualité de vie. Le quartier comptera environ 600 places de stationnement, un nombre volontairement limité et mutualisé, correspondant à environ 0,6 place pour 100 m² de logement. Ces places seront gérées par la Coopérative et attribuées en fonction des besoins réels des habitants, avec une priorité donnée notamment aux personnes à mobilité réduite, aux seniors ou aux familles avec enfants.

En parallèle, une centrale de mobilité proposera autopartage, vélos-cargos et remorques en prêt, casiers de livraison, accompagnement personnalisé et informations sur les transports publics. Un kit mobilité, incluant notamment des réductions pour les abonnements de transports publics ou la location longue durée de vélos électriques, sera en outre remis aux nouveaux résidents afin d’encourager des pratiques de déplacement plus durables dès l’arrivée dans le quartier.

Des bases financières solides dès le départ

Pour Charles Spierer, président de la Coopérative du Rolliet, cette approche globale est au cœur de la démarche puisque,
«avec la création effective de la Coopérative, le Rolliet devient un véritable laboratoire à ciel ouvert du quartier de demain, où l’on démontre qu’il est possible de concilier qualité de vie, mobilité durable et cohésion sociale.» La Coopérative reposera de ce fait sur un socle financier clairement identifié.

Son lancement est rendu possible par un fonds initial de 2,4 millions de francs, alimenté par une contribution unique de 20 francs par mètre carré de logement, prévue dans les plans financiers des opérations. Ce capital de départ permettra de financer les investissements initiaux: aménagement du guichet unique, acquisition des vélos-cargos, mise en place des infrastructures de mobilité et des premiers dispositifs d’animation du quartier... Quant au budget de fonctionnement annuel, celui-ci est estimé entre 400’000 et 500’000 francs, principalement financé par les loyers des surfaces dédiées à la vie de quartier.

Une gouvernance partagée pour faire vivre le Rolliet

La gouvernance de la coopérative se veut avant tout hybride et partenariale. Les propriétaires en sont les coopérateurs, la Commune y siège à double titre (comme collectivité publique et comme propriétaire) et le conseil d’administration réunit neuf membres. Le canton, sans être coopérateur, est associé à titre consultatif et accompagnera le projet via un contrat d’objectifs. Enfin, la gestion opérationnelle quotidienne sera confiée à un mandataire spécialisé, Horizon Rolliet, avec une présence sur site et un guichet unique de 450 m², point de contact central pour les habitants.

Un quartier appelé à faire école

À terme, près de 1000 logements verront le jour au Rolliet, avec des arrivées échelonnées entre 2027 et 2029. Pour la Commune comme pour les partenaires du projet, l’enjeu est clair, réussir l’intégration de ce nouveau quartier dans le tissu existant et offrir, dès le premier jour, un cadre de vie accueillant, fonctionnel et animé.

Plus qu’un simple outil de gestion, la Coopérative du Rolliet incarne donc une nouvelle manière de penser la ville. Une ville construite avec ses habitants, attentive aux usages du quotidien et suffisamment souple pour évoluer avec eux. Une expérience pionnière, appelée à inspirer d’autres quartiers genevois à venir.