Genève

De bureaux à logements, le pas de géant

À Champel, l’ancien siège de Cargill conçu par Jean-Marc Lamunière dans les années 70 a presque terminé sa mue résidentielle. Ce défi architectural de taille a été relevé par un bureau lausannois.

Au20 est sur le point de livrer 181 nouveaux logements
Au20 est sur le point de livrer 181 nouveaux logements - Brauen Wälchli Architectes
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Plus nécessaires que jamais mais néanmoins encore exceptionnelles, les reconversions d’immeubles de bureaux en logements illustrent toute la complexité d’un projet architectural. Et lorsque celles-ci concernent qui plus est un bâtiment inscrit à l’inventaire, l’intervention tutoie alors l’impossible. À Genève, quelques chantiers démarrent enfin, à l’instar de «Rue du Valais» le 22 avril dernier (prévoyant 57 appartements). D’autres arrivent à bout touchant, tels que «Au20», au 20 avenue Louis-Aubert, dans l’ancien siège de l’entreprise Cargill, qui peaufine les derniers détails de sa transformation en 121 logements locatifs.

Composer avec l’existant

À l’occasion d’une visite organisée par Patrimoine Suisse Genève mi-juin, Au20 a dévoilé ses entrailles rénovées, tandis que sa façade atypique est restée quant à elle quasi-identique depuis sa conception en 1974-78, sous le coup de crayon de Jean- Marc Lamunière. Cette ambitieuse opération menée par Axa Assurances, avec l’expérience du bureau Brauen Wälchli Architectes, a permis de faire revivre ce bâtiment à valeur patrimoniale délaissé depuis 2010. Protégé au niveau de ses façades, ses cages d’escalier, ses halls et son rez-de chaussée, il a donc fallu s’accommoder de l’existant (des locaux administratifs) pour proposer des surfaces habitables sur dix étages.

«Typiquement, il y avait une intégration volontaire de la structure porteuse au sein même des espaces de vie. De grandes colonnes bétonnées d’un mètre de diamètre avec la ventilation à l’intérieur qui étaient tellement massives que l’on ne pouvait pas les faire passer au milieu d’une chambre. Il a donc fallu composer le plan autour de ces éléments», commente Thibaud Loegler, architecte du projet. Même combat pour les sanitaires qui ont nécessité de percer les dalles à de nombreux endroits pour placer des gaines techniques dans chaque appartement. Autre contrainte: apporter de la lumière dans cet immeuble de 23 mètres de profondeur (puisque les locaux de stockage, les salles de réunion et autres n’avaient à l’époque pas besoin de fenêtres, contrairement aux logements)

Un total de 181 appartements

«Notre solution a été de créer de grandes loggias vitrées en forme de trapèze dans tous les logements (qui vont du 3 à 5 pièces), systématiquement entre le séjour et l’une des chambres, afin qu’il y ait une continuité sur l’ensemble du bâtiment», poursuit Thibaud Loegler. Côté façade, peu d’aspects ont pu être touchés. Conservée, l’enveloppe épaisse et structurée de toutes parts par des coursives métalliques (initialement prévues pour l’entretien), symbole d’une volumétrie d’un autre temps, a simplement été retravaillée pour offrir de véritables balcons à ses futurs habitants.

«Cette reconversion était complexe et a demandé de jongler avec encore toute une série d’obstacles mais le fait de conserver l’immeuble pour le troquer en logements était un choix judicieux. En plus de répondre au besoin urgent du marché, il permettait de raccourcir les procédures et de gagner deux étages par rapport à une démolition-reconstruction», ajoute l’architecte. D’autant que le propriétaire ne s’est pas contenté de rénover. Afin de densifier la parcelle, le bâti existant quasiment terminé est en train de voir s’ériger une autre tour, plus étroite (60 logements), à ses côtés et au-dessus de son parking souterrain. Une extension reliée par une passerelle qui est en cours de construction et qui devrait ouvrir ses portes courant 2026.