Fribourg

La construction bois va de plus en plus loin

Published on 05/08/2026

Le bois connaît un regain de popularité spectaculaire dans la construction. Il se décline en arches vaporeuses, en bâtiment rond, voire sous forme de kaléidoscope, comme au Musée d’histoire naturelle de Fribourg.

Le toit du futur Musée d’histoire naturelle de Fribourg, une construction tout en détails
Le toit du futur Musée d’histoire naturelle de Fribourg, une construction tout en détails - ldd
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Les détails de la structure ressemblent à ceux d’un vase chinois géant, d’autres y voient un kaléidoscope de losanges. La toiture du futur Musée d’histoire naturelle de Fribourg ne laisse pas indifférente. L’entrelacement de pièces de bois mesurant de 2,5 à 15 mètres de long lui confère à une élégance moderne et une identité unique.

Derrière ce travail d’orfèvre : une alliance fribourgeoise. L’architecte Marc Zamparo gagne le concours et repense le bâtiment de l’ancien Arsenal, JPF-Ducret taille les pièces de bois et Charpentes Vial construit ce puzzle en 3D. Un savoir-faire auquel s’ajoute celui des ingénieurs civils Ingeni Fribourg. Les losanges se dévoilent au fil de la pose, pour former une voûte quasi céleste. Le dépôt de 1905 deviendra un musée contemporain, pour 65,5 millions de francs. En plus de la transformation des étages existants, le bâtiment est surélevé. Il devrait ouvrir au public fin 2028.

« Mes équipes sont fières de participer à des ouvrages de ce type, souligne Grégoire Vial, directeur de Charpentes Vial, entreprise du Mouret de près de 80 collaborateurs, dont dix apprentis. Pour ce chantier, nous sommes des exécutants, mais le résultat est magnifique. »

Goût du risque

L’entrepreneur n’est pas sur ce mandat par hasard. Sa société est connue pour réaliser des projets peu communs ; sans luxe, mais avec de l’audace. « Cette maxime me parle tout à fait. La prise de risque est dans notre ADN, depuis notre fondation en 1941. Nous essayons de proposer des approches différentes. Cela nous donne de belles satisfactions, alors qu’on est dans un marché très concurrentiel », glisse l’ingénieur civil qui se dit peu habile de ses mains, mais fait confiance à ses équipes passionnées.

Son père, Jacques, innovait déjà. Il a été à l’origine de la dalle en bois isolée. Plus récemment, les dalles mixtes bois-béton sans connecteur métallique ont fait évoluer la manière de travailler. « Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises utilisent la dalle mixte, mentionne le fils et nous poursuivons le travail de recherche avec la HEIG-FR pour l’optimiser. »

Le terreau fribourgeois est fertile et regorge de menuisiers charpentiers. Il faut également parvenir à vivre dans l’ombre d’un groupe emblématique tel que JPF. «Il y a un respect mutuel entre confrères. Le bois est une tradition dans la région, rappelle-t-il. On se transmet ce savoir rural au sens noble. Presque chaque village a une menuiserie-charpenterie et beaucoup de jeunes aiment encore travailler avec leurs mains. » Son propos correspond aux valeurs du label Entreprise Citoyenne véhiculées par la PME familiale.

Repéré dans la Broye

Se distinguer et grandir tout en planifiant le travail au mieux, le défi est le même pour tous. Mais aller chercher les projets qui sortent du lot est un plaisir ultime pour Grégoire Vial. Dès lors, lorsqu’on lui parle de La Ruche, la crèche circulaire de Cudrefin (2023) ou du centre nautique en arches légères de Sugiez (2021), le Sarinois rayonne. « Lorsque j’ai vu l’originalité du projet de l’architecte Christophe Pulver à Sugiez, une structure de trois boîtes sous un couvert en arches, j’ai adoré. C’était tellement délicat. Il fallait garantir la stabilité des arches afin d’éviter que la structure s’écroule comme un château de cartes. Paradoxalement, La Ruche, tout en rond, était beaucoup moins complexe sur le plan statique », explique-t-il. On commande des panneaux CLT rectangulaires que l’on façonne ensuite en forme cintrée au moyen de machines à commande numérique. La précision est aujourd’hui sans mesure.

Effet de ce taillage : la structure paraît plus légère. La solidité doit toutefois être assurée. Le bois de feuillus, notamment de hêtre, fait son apparition depuis quelques années dans les structures plus complexes. Il offre une grande flexibilité et une résistance beaucoup plus élevée. Il a en revanche le défaut de mal résister à l’humidité, ce qui rend la logistique plus problématique lors des travaux. « En général, on utilise 90% de sapins ou épicéas et 10% de feuillus, précise-t-il. Actuellement, nous construisons une école tout en feuillus au Mont-sur-Lausanne. »

Marchés publics

Pour obtenir ses mandats, Grégoire Vial participe à énormément de marchés publics. Ils ont la qualité d’avoir des règles du jeu claires et connues. « Ce modèle nous ouvre des projets auxquels on n’aurait pas eu accès autrement, notamment sur l’arc lémanique, très demandeurs de constructions en structure bois. » A Versoix, la PME travaille sur un projet de six immeubles de six niveaux en bois, soit près de 70 logements.

A noter que le canton de Fribourg a mis en place un découpage des appels d’offres qui donne une alternative intéressante au bois local. Au lieu de faire une offre globale, les étapes d’un projet de construction sont séquencées. Un premier marché sera ouvert pour les scieries et colleurs de bois, puis un second marché pour les charpentiers. « Cela favorise la production locale, souligne Grégoire Vial. Ainsi, sur le chantier de l’école de Marly, nous avions 5000 m3 de bois local réservés. Le principe était le même pour l’école de Dompierre. » Une mesure aidant aux circuits courts.