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La culture suisse infuse dans les concours d’architecture

22/05/2026

Actuellement présidée par une Suissesse, l’Union internationale des architectes (UIA) encadre les pratiques des concours d’architecture. L’objectif est d’assurer que les procédures soient transparentes et crédibles. Zoom sur une organisation peu connue, née à Lausanne.

A première vue, un concours d’architecture se résume à une procédure bien balisée
A première vue, un concours d’architecture se résume à une procédure bien balisée - Freepik
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A première vue, un concours d’architecture se résume à une procédure bien balisée: un programme, un jury, des projets anonymes, un lauréat. Derrière ce dispositif familier se joue pourtant un ensemble de règles, de standards et d’équilibres rarement visibles. Qui en assure, par exemple, l’équité lorsqu’il est ouvert à des architectes du monde entier? Qui veille à ce que la procédure soit conduite de manière transparente et crédible?

A ces questions, une institution internationale apporte des réponses depuis près de 80 ans: l’Union internationale des architectes (UIA). Fondée en 1948 à Lausanne et aujourd’hui basée à Paris, elle regroupe 118 sections membres représentant 124 pays. Son rôle est de définir des standards professionnels et d’encadrer, notamment, les concours internationaux d’architecture; une mission peu connue du grand public, mais structurante pour la profession.

«L’UIA est reconnue par le Conseil économique et social des Nations unies et constitue l’interlocuteur professionnel de référence du monde architectural à l’échelle mondiale», indique Regina Gonthier, architecte bernoise et présidente depuis 2023 de l’organisation. Elle est la deuxième personnalité suisse à occuper cette fonction prestigieuse après Jean Tschumi (de 1953 à 1957), à qui l’on doit notamment le siège de Nestlé à Vevey, construit à la fin des années 1950.

Diffuser une culture du concours

Dès 1956, en collaboration avec l’Unesco, l’organisation élabore un règlement destiné à encadrer les appels à projets. Un cadre régulièrement actualisé, qui dépasse largement la simple formalité administrative. «Nous parlons de véritables exigences, pas de recommandations vagues, insiste Regina Gonthier. Elles portent sur la philosophie du concours d’architecture, sa qualité, son équité et sa crédibilité professionnelle.»

Précisons que l’UIA n’impose pas systématiquement ses normes, mais intervient à la demande. Lorsqu’un organisateur de concours sollicite son aval, le respect de ses règles devient impératif. «Nous vérifions non seulement les conditions de la procédure, mais encore ce qui se passe après la désignation du projet vainqueur. Car l’objectif est que celui-ci puisse être réalisé», note Regina Gonthier.

Pour Doris Wälchli, présidente de la Conférence suisse des architectes (CSA) et membre de la commission des concours de l’UIA, ce mécanisme joue un rôle comparable à certains référentiels nationaux. A l’image du règlement SIA 142 en Suisse, l’agrément de l’UIA constitue un gage de sérieux et de qualité professionnelle: les architectes savent que la procédure est conduite selon les règles de l’art.

Les concours bénéficiant de cette validation restent peu nombreux – «quatre ou cinq par an dans les périodes les plus actives», précise Regina Gonthier – mais ils concentrent une forte valeur symbolique et servent de modèles à l’échelle internationale. Des exemples célèbres? L’Opéra de Sydney (1956), la Bibliothèque nationale de France à Paris (1989) ou encore le nouveau bâtiment du Joint Research Centre (JRC) de la Commission européenne à Séville (2022).

Entre neutralité et responsabilité

Au-delà de ces projets emblématiques, l’influence de l’UIA se déploie plus largement, souvent de manière indirecte. L’organisation agit comme un centre de ressources et de conseil pour les pays qui souhaitent structurer ou améliorer leurs pratiques. «Lorsqu’un pays ne dispose pas encore de règles ou souhaite les faire évoluer, il peut nous solliciter, explique Regina Gonthier. Nous intervenons toujours sur demande, jamais de manière imposée.» Ce rôle d’accompagnement révèle une réalité contrastée: si la culture du concours d’architecture est bien ancrée en Suisse ou dans plusieurs pays européens, elle reste inégalement développée ailleurs. Dans ce contexte, les standards de l’UIA jouent un rôle de diffusion progressive, en offrant un cadre de référence adaptable.

Organisation professionnelle, l’UIA revendique une position non politique. Pourtant, les tensions contemporaines – conflits armés, enjeux environnementaux, transformations technologiques – peuvent venir bousculer cette neutralité de principe. «Nous avons des sections membres issues de pays en guerre entre eux, mais la discussion professionnelle peut continuer à exister, observe Regina Gonthier. Là où les choses deviennent plus complexes, c’est sur le plan de l’éthique.» L’organisation peut ainsi être amenée à rappeler certains principes, notamment en lien avec le droit international. «Nous ne les inventons pas, nous les rappelons», insiste celle qui terminera son mandat à la tête de l’UIA cette année. Dans un contexte marqué par la crise climatique et l’accroissement des inégalités, Regina Gonthier souligne également que l’architecture «doit réaffirmer ses responsabilités sociale et éthique».

Une voix suisse écoutée

Au sein de l’UIA, la Suisse occupe une place singulière. Pays fondateur, elle bénéficie d’une reconnaissance importante au regard de sa taille. «La voix suisse est écoutée et respectée», constatent Regina Gonthier et Doris Wälchli. Pour cette dernière, cette influence passe par la mise en valeur des pratiques professionnelles nationales, notamment à l’occasion des congrès mondiaux de l’UIA. Organisés tous les trois ans, ceux-ci constituent les principaux moments de rencontre et de visibilité pour les différentes sections nationales.

«Lors du congrès précédent, à Copenhague en 2023, nous avions mis en avant la culture suisse du concours d’architecture, rappelle Doris Wälchli. Cette année, nous présenterons plus largement la qualité de la production architecturale suisse récente.» La prochaine édition se tiendra en effet à Barcelone, du 28 juin au 2 juillet. Elle réunira plusieurs milliers de professionnels venus du monde entier – architectes, urbanistes, chercheurs et représentants institutionnels – autour des grands enjeux contemporains de la discipline.

Un rendez-vous qui témoigne aussi d’une évolution plus large du métier. «Les questions climatiques, sociales et environnementales occupent désormais une place centrale», souligne Doris Wälchli. Dans cet équilibre en mutation, la Suisse – par ses institutions et ses personnalités – continue de faire entendre une voix singulière.