Michel Ebener

La dernière viande séchée du Valais encore indépendante

Rédacteur en chef de immobilier.ch
Published on 01/12/2021

Le Valais possède trois gros producteurs: Fleury, Cher-Mignon et Michel Ebener. Seule cette dernière appartient encore à un privé. Reportage.

Un kilo revient à prix coûtant au minimum 44 francs
Un kilo revient à prix coûtant au minimum 44 francs - LDD
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Qui le sait? Seule la viande séchée du Valais, protégée par une IGP (indication géographique protégée), est préparée uniquement avec du bœuf suisse. Disponible en ligne, le cahier des charges adopté par le Valais, avec l’accord de l’Office fédéral de l’agriculture, est en effet plus contraignant que le cahier des charges qui régit l’IGP relatif à la viande séchée des Grisons, laquelle ne précise pas la provenance du bœuf.

Trois producteurs en Valais

En Valais, à l’heure actuelle, le marché se partage essentiellement entre trois producteurs qui réalisent environ 75% des 400 tonnes produites: Cher-Mignon, situé à Chermignon (en-dessous de Crans-Montana), fondée en 1910 par la famille Bagnoud; Gabriel Fleury à Granges, fondée en 1963 par la famille du même nom; et enfin, Michel Ebener à Sion, dont la création remonte à 1964. Alors que la première a été rachetée par le groupe Bell (Coop) en août 2016, la seconde avait quant à elle été acquise par Micarna le 1er février 2016. A ce jour, seule la troisième appartient encore à une famille: les Uldry. L’entrepreneur Thierry Uldry l’a acquise en 2010 directement de Michel Ebener, dont les trois enfants n’étaient pas intéressés à reprendre la PME. «Cela m’intéressait. Le défi alors était de parvenir à augmenter les exportations. En effet, alors que la viande des Grisons s’exporte à 80%, celle du Valais est à la peine.»

Avec l’indication géographique protégée (IPG), la viande du Valais est préparée uniquement avec du bœuf suisse

Le défi du prix

Treize semaines dans le séchoirdiaporama
Treize semaines dans le séchoir - Copyright (c) LDD

Ce défi ne pourra finalement pas être réellement relevé par Thierry Uldry. La raison est simple à comprendre. Alors que la matière première s’achète autour des 22 francs le kilo en moyenne et que le processus provoque la perte de 50% du poids, cela signifie qu’un kilo de viande séchée du Valais revient à prix coûtant au minimum 44 francs, ceci sans tenir compte des frais d’emballage, des salaires, etc. Or, une viande de bœuf importée d’Amérique du Sud sera aux alentours de 7 à 8 francs le kilo à l’importation. Ainsi le coût de la matière première utilisée pour fabriquer la viande séchée des Grisons revient à moins de 20 francs le kilo, deux fois moins cher que la Valaisanne... Les Grisons produisent environ 4000 tonnes de viande séchée par année, soit environ dix fois plus que le Valais. Des chiffres qui reflètent bien la différence de tarifs entre deux viandes protégées par une IGP. Le consommateur romand aura constaté qu’il est particulièrement difficile de dénicher des produits Michel Ebener chez les deux géants de la distribution alimentaire, Coop favorisant désormais Cher-Mignon et Migros Fleury. Heureusement pour Thierry Uldry, il a réussi à augmenter la présence de sa marque auprès des bouchers.

Un processus de quartorze semaines

  • La matière première est cruciale. Michel Ebener travaille avec le coin (le haut de la cuisse et la tranche carrée)
  • Le but est de limiter au maximum les apports en sel
  • La PME utilise un mélangeur d’épices où l’on met la viande et le sel, puis on laisse tourner pendant environ 80 heures. Cela doit permettre de rentrer les épices et le sel de façon homogène dans la viande
  • L’étuvage dure une semaine
  • Le séchoir: "Nous avons reproduit à l’identique le climat de la Vallée du Rhône." Durée: treize semaines