Le château de la Majorie

La plus vieille maison de Sion

11/11/2021

Au cœur de la vie religieuse et politique durant plusieurs siècles, l’édifice a été endommagé par un incendie en 1788, tout comme une grande partie de la ville de Sion. Aujourd’hui, il abrite le Musée d’art du Valais.

Vue générale de Sion depuis l’ouest. Au centre, la tour de la Majorie.
Vue générale de Sion depuis l’ouest. Au centre, la tour de la Majorie.
Slideshow

Avec sa taille imposante, sa position stratégique et ses aménagements défensifs telles des meurtrières et une tour semi-circulaire, le château de la Majorie témoigne de la période troublée qu’a été le Moyen-Âge. Pendant plusieurs siècles, cette construction a hébergé les évêques valaisans. L’édifice, dont la première mention dans les archives remonte à 1221, constituait le centre du pouvoir de la région. « Lorsque l’évêque Guichard Tavelli achète la charge de major en 1373, il acquière aussi la tour-forte liée, dite de la Majorie, et s’y installe, raconte Patrick Elsig, historien et directeur du Musée d’histoire du Valais. Il commence ensuite à tenir la plupart de ses réunions dans ce lieu accessible, mais protégé. Comme les prélats détenaient à cette époque à la fois les pouvoirs spirituel et politique en Valais, le château de la Majorie devient le lieu où les décisions importantes se prennent, telles que la participation à une guerre ou la formation d’alliances. »

En tant que maître et seigneur du comté du Valais, le cardinal Matthieu Schiner a été par exemple l’un des instigateurs de l’envoi de troupes suisses en Italie, qui a abouti à la bataille de Marignan en 1515. « Le prince-évêque Matthieu Schiner était un véritable homme de guerre. La planification du ralliement des mercenaires suisses a été très probablement effectuée à la Majorie. Cette défaite lui a toutefois coûté une grande partie de sa puissance et de son autorité. »

Même lorsque l’Église perd le pouvoir politique au 17e siècle, la Diète, soit l’assemblée de représentants politiques des différentes circonscriptions valaisannes, continue de se réunir à la Majorie. « Toutefois, un incendie dévaste Sion en 1788, rendant inutilisable la résidence de l’évêque, poursuit Patrick Elsig. Le prélat construit alors son nouveau palais à l’ouest de la ville, à l’emplacement des anciens remparts, qui avaient été démolis. »

Sion dans la deuxième moitié du XVIe siècle, estampe de Sebastian Münster.diaporama
Sion dans la deuxième moitié du XVIe siècle, estampe de Sebastian Münster.

Plusieurs projets de reconstruction

La Majorie figure parmi les édifices les plus anciens de Sion. Elle a l’avantage de ne pas avoir été complétement détruite par l’incendie de 1788, contrairement à la plupart des bâtiments de la ville. Un incendie précédent, survenu au début du 16e siècle, avait déclenché un important chantier, sous la supervision de l’évêque Adrien Ier de Riedmatten. « Ces événements ont provoqué de nombreux dégâts au bâtiment principal mais les salles d’apparat de la Majorie ont survécu et peuvent être admirées encore aujourd’hui, avec des stucs du 16e siècle et la grande cheminée de l’évêque. »

La destruction partielle de la Majorie a lieu alors que l’évêque François Joseph Melchior Zen Ruffinen était le maître des lieux. « Plusieurs projets de rénovation sont proposés à la fin du 18e siècle, mais aucun d’entre eux n’aboutit, souligne le directeur du musée. Le complexe épiscopal est racheté vers 1840 par l’État du Valais, qui y installe des casernes pour accueillir des troupes de passage. »

Depuis 1947, la Majorie accueille le Musée d’art du Valais, qui a ensuite été enrichi par le bâtiment adjacent, le Vidomnat. Avec ses collections axées sur le paysage et l’art contemporain, qui incluent des oeuvres de Marina Abramović et d’Oskar Kokoschka, l’ancienne résidence épiscopale est redevenue un centre vivant de la ville de Sion. Aujourd’hui, elle fait rayonner le Valais par le biais de sa culture.