Gruyère

La pression monte sur le second-œuvre

Published on 31/07/2026

La suppression de la valeur locative entrera en vigueur au 1er janvier 2029. Les propriétaires ont tout intérêt à rénover avant cette date butoir. Quel est l’impact sur les entreprises du bâtiment ?

Rénovation du toit de la laiterie de Vaulruz par Decofin
Rénovation du toit de la laiterie de Vaulruz par Decofin - TBU
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Votée en septembre 2025, l’abolition de la valeur locative devait être effective au 1er janvier 2028. Ce délai vient d’être repoussé d’un an. Pour rappel, il ne sera plus possible de déduire de sa déclaration fiscale les frais d’entretien des biens immobiliers à usage propre. A noter que rien ne change pour les biens en location.

Attention, la donne change pour les rénovations énergétiques à l’échelon cantonal et communal. Le canton de Fribourg va accorder une période de transition plus longue. Il maintient, au-delà de 2029, la déduction fiscale pour les travaux touchant à la production solaire, aux pompes à chaleur et à l’isolation.

Les entreprises du second-œuvre, ainsi que celles spécialisées dans les énergies sont, pour certaines, déjà touchées par ce changement. Cela dit, pour le moment, les effets restent légers, notamment sur la douzaine de sociétés contactées en Gruyère et environs. Il n’y a pas d’explosion des demandes pour des travaux de rénovation, ou du moins pas encore.

Cuisine et salle de bains

Les cuisinistes et les installateurs de salles de bains sont ceux qui ressentent le plus l’intérêt des propriétaires immobiliers. « On observe clairement une hausse de 20 à 30%, en particulier pour les cuisines chez les privés. Les gens hésitaient à changer et font désormais le pas, avec en tête la déduction fiscale », observe Simon Sauteur, menuisier spécialisé dans l’agencement de cuisines et de portes à La Tour-de-Trême.

Le retour est similaire du côté de Decofin, entreprise de rénovation totale et plâtrier-peintre à Bulle. « Les clients cherchent des renseignements et à savoir si rénover maintenant est une bonne idée. Les demandes sont fortes pour les travaux d’isolation périphérique et de toiture, mais cela se traduit par une augmentation effective des travaux de 10% seulement car beaucoup s’informent avant tout », relève Valdrin Fuga, gérant associé chez Decofin.

Chez Préalpes Energy à La Roche, Christophe Bapst perçoit lui aussi une croissance des mandats de 20 à 30%. Il déplore toutefois le manque de visibilité pour la suite. « Nous arrivons à tenir le carnet de commandes en travaillant avec des partenaires de pose, signale-t-il. Les clients se questionnent beaucoup sur les batteries solaires et s’interrogent, plus qu’avant, sur l’évolution des subventions et les déductions possibles. Cela reste flou et on n’a aucune garantie sur le long terme. »

A noter que certains clients repoussent les travaux énergétiques pour privilégier les rénovations des cuisines et salles de bains. La tendance est confirmée par le groupe Fust qui installe cuisines et salles de bains partout en Suisse. Ce choix fait sens dans le canton de Fribourg où les déductions fiscales de rénovations énergétiques seront possibles au-delà de 2029.

Quid des autres ?

La majorité des corps de métiers contactés n’observe cependant pas de boom en lien avec la suppression de la valeur locative. Ils se sentent certes sous pression, mais pour deux raisons principales : la pénurie d’employés et la hausse des prix des matériaux.

« Nous avons une croissance de la demande depuis le Covid déjà. Parallèlement, il est toujours plus difficile de trouver des employés et c’est le cas aussi chez mes confrères, regrette le paysagiste Michel Muriset, de Muriset et Fils à Charmey. C’est sûr que de signaler que tels travaux sont déductibles des impôts aide à signer les contrats. Je pense que les clients vont se réveiller en 2028 et ça va être compliqué de tout suivre. »

Chez Uni’Vert à Bulle, la demande reste stable. En revanche, le patron Nicolas Seydoux perçoit un effet de bord problématique. Les chantiers étant de plus en plus sous pression et les entreprises de la construction à la recherche de personnel, il s’est fait débaucher deux maçons ces derniers mois.

Marché noir

Plâtriers-peintres et carreleurs sont également préoccupés par l’abolition de la déduction des frais de rénovation. Chez Tomasini, entreprise d’entretien en maçonnerie et carrelage de 20 personnes à Bulle, on n’a pas vu le carnet de commandes s’étoffer. Le directeur François Tomasini s’inquiète des conséquences sur le long terme : « Je crains de voir notre marché diminuer, sachant qu’il est déjà tendu avec des marges très faibles. Cela pourrait tuer notre modèle d’entreprise. De plus, une partie des travaux d’entretien-rénovation risque de passer vers du travail au noir. »

Le regain du travail au noir après 2029 a été mentionné par tous. « Il y aura forcément une chute de la demande en 2029 et 2030 et des licenciements, d’où la tentation d’accepter du travail au noir pour les plus petites structures en difficulté », évoque Valdrin Fuga. « Les travaux ne pouvant plus être déduits fiscalement, la demande de payer au noir va augmenter, même si c’est complètement illégal », rappellent d’autres intervenants.

Enfin, beaucoup signalent que désormais, les futurs propriétaires se tournent vers du neuf et non plus de la rénovation. Cela impactera directement les sociétés dont la rénovation est le cœur de métier.