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Pollution

La qualité de l’air dans nos logements, véritable bombe à retardement

Journaliste et rédactrice en chef adjointe chez immobilier.ch
Published on 27/07/2026

Omniprésentes dans nos bâtiments, les substances dangereuses sont invisibles, inodorantes et pourtant loin d’être inoffensives. Colonisant discrètement nos habitations, elles deviendront tôt au tard un problème sanitaire et environnemental.

Disséminés dans des lieux clos, les cov, particules fines, moisissures et autres PFAS pullulent à notre insu tout autour de nous
Disséminés dans des lieux clos, les cov, particules fines, moisissures et autres PFAS pullulent à notre insu tout autour de nous - Freepik
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Adulés avant d’être voués aux gémonies, l’amiante, le plomb et autres polluants «d’époque» ont longtemps représenté la hantise des propriétaires, avant d’être supplantés par d’autres préoccupations. Puis, la crise du coronavirus a remis de l’huile sur le feu. Plus récemment, des informations inquiétantes sur les substances toxiques véhiculées dans les salles d’escalade ont marqué les esprits. De quoi amener cette question: à quel point faut-il s’inquiéter de la qualité de l’air dans nos intérieurs?

Le CO2 étouffe le problème

Loin de vouloir être anxiogène, Joëlle Goyette Pernot, professeure à la Haute Ecole d’ingénierie et d’architecture de Fribourg et responsable du Centre romand de la qualité de l’air intérieur et du radon (croqAIR), déplore malgré tout le manque de considération pour ce problème à la fois sanitaire et environnemental: «Nous nous focalisons sur le dioxyde de carbone pour qualifier la qualité de l’air intérieur sans nécessairement intégrer que notre habitat est chargé d’autres substances dangereuses dont nous sous-estimons la gravité.» Disséminés dans des lieux clos, les composés organiques volatiles, particules fines, moisissures et autres PFAS pullulent à notre insu tout autour de nous.

Emanant des objets courants, du mobilier, des matériaux de construction, des produits de nettoyage, du terrain lui-même ou encore de notre comportement, ils sont ensuite la cause d’une longue liste de maux allant de la simple toux au cancer des poumons (200 à 300 par an en Suisse à cause du radon, un gaz radioactif d’origine naturelle). «Tout le monde sait pourtant qu’il faut aérer régulièrement mais peu de personnes le font avec rigueur. Or, l’occupant du logement est le principal pollueur de son environnement intérieur. Et par rapport aux maisons individuelles, la situation est probablement pire dans les immeubles locatifs. Ceci du fait de la densité de population et de la ventilation qui manque parfois d’entretien ou qui peut être déréglée lorsqu’un locataire bouche une grille d’aération», souligne Joëlle Goyette Pernot.

Nombre de systèmes mécaniques actuellement en place ne fonctionnant pas de manière optimale, la multiplication des projets de rénovation tomberait-elle à pic? «Cela dépend. Dans le cadre d’un assainissement, l’enveloppe du bâtiment est souvent retravaillée pour améliorer l’étanchéité à l’air et l’isolation, sans pour autant être nécessairement couplée à une adaptation de la ventilation. Si auparavant les polluants s’échappaient par les défauts des fenêtres, une fois étanche et sans une circulation de l’air adéquate, le foyer accumule alors toutes ces substances dangereuses en son sein», précise-t-elle. Une étude au préalable de la situation de l’habitat est donc recommandée avant tout chantier.

Des polluants plutôt tabous

Mais pourquoi ne parle-t-on pas de cette menace, au même titre que l’alimentation malsaine ou que le trou dans la couche d’ozone? «Je pense que c’est une question de moyens. Aujourd’hui, seul le radon est réglementé en Suisse et pour déployer des normes pour les autres polluants, il faut des connaissances. Il faut lancer des campagnes, analyser des situations… Du coup, cette absence de contrôle obligatoire limite la prise de conscience collective et la création d’un marché porteur», commente Joëlle Goyette Pernot. Bien plus en avance, notre voisin français et son observatoire de la qualité de l’air (créé il y a déjà 20 ans), chiffre le coût humain et financier de ces problèmes de pollution de l’air intérieur à 19 milliards d’euros par an. L’Union européenne, quant à elle, planche déjà sur de nouvelles normes. Notamment avec l’interdiction totale de tous les PFAS sur l’ensemble des produits (mousses anti-incendie, textiles, imperméabilisants, peintures…) d’ici à 2027-2030.

Quelques acteurs sur le front

Ici, les choses bougent à leur rythme, à la vitesse de croisière helvétique. Genève fait figure de pionnier en étant le seul canton à s’être doté d’un ambitieux plan d’action pour gérer et anticiper les risques d’exposition aux substances dangereuses dans nos environnements intérieurs. Adopté en décembre 2024, celui de 2025-2030 comporte 12 mesures et une quarantaine d’actions. Du côté des professionnels, l’Hepia (Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève) propose depuis l’an dernier une formation continue consacrée à l’habitat sain pour alerter le monde de la construction sur ces enjeux méconnus. Egalement partie prenante de cette aventure, Joëlle Goyette Pernot se réjouit de l’engouement grandissant: «Nous avons déjà donné trois sessions et celle de novembre prochain est complète. Cela nous permet de sensibiliser mais aussi d’avoir des retours d’expériences de ces pros du terrain.»

Un terrain pour l’heure trop peu étudié mais qui peu à peu devrait être mieux compris. En collaboration avec l’EPFL Fribourg et ECONS SA, le Centre romand croqAIR dirigé par Joëlle Goyette Pernot est justement en train de mettre en place une expérience inédite en Europe. Le but est d’installer toute une panoplie de capteurs sous le bâtiment du Smart Living Lab à Bluefactory (Fribourg) afin de mieux comprendre la dynamique du radon en milieu urbain. «L’intérêt est de mesurer l’influence de différents facteurs, tels que la météo ou la géothermie (transferts d’air du terrain vers l’intérieur du bâti), sur ce gaz radioactif d’origine naturelle. Cela offrira une base de données déterminante pour la recherche dans le but, entre autres, de limiter au mieux l’exposition de la population à ce gaz», assure la professeure qui réclame toutefois un peu de patience avant de livrer ses résultats. De quoi faire bouger quelques lignes, tout comme celles que vous êtes en train de lire, qui éclaireront des lecteurs désormais avertis.