La passion d'un architecte - Pierre Bouvier

L'architecte qui produit du vin

Pour transformer un château pluricentenaire en un havre de raffinement esthétique et gustatif, il fallait une motivation et une détermination sans faille à cet architecte, devenu également producteur de vins très particuliers. Rencontre en terre vaudoise.

Le Rosey a été construit au 12e siècle
Le Rosey a été construit au 12e siècle - DR
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D’après la plupart des châtelains, vivre dans une telle bâtisse n’est guère de tout repos. Une affirmation difficile à croire lorsqu’on visite l’éden qui appartient à Pierre Bouvier. Et pour cause, le neveu de l’illustre écrivain et voyageur Nicolas Bouvier n’a l’air ni extenué ni accablé par le poids du Rosey, son imposant château. Bien au contraire. La gestuelle fluide et les yeux pétillants, l’homme semble maîtriser non seulement ses émotions, mais également le temps. Le sien, en tout cas, dédié à la passion du vin, qu’il produit à son goût, c’est-à-dire bio et mono-cépage. Mais comment en est-il arrivé là ?

EXIT LES FAUSSES IDÉES

Pierre Bouvierdiaporama
Pierre Bouvier

« À l’adolescence déjà, je ne me voyais pas faire un autre métier qu’architecte dont je n’ai pourtant découvert la véritable nature qu’une fois sur les bancs de l’École polytechnique fédérale de Zurich.

Contrairement aux idées reçues, être fort en maths et savoir dessiner n’est, et de loin, pas suffisant. Hautement intellectuelle, voire spirituelle, cette profession est une véritable philosophie de vie dont les matériaux et les techniques sont les parties intégrantes. » Installé, à 25 ans, dans son bureau d’études à Berne d’abord, puis à Genève, Pierre Bouvier construira un bâtiment universitaire (Uni Pignon), villas et commerces avec son associé Philippe Meyer. Dix années prolifiques, en concours remportés notamment, qui seront suivies, en 2001, d’un chamboulement radical : la succession du château familial à Bursins (VD). En piteux état, cette construction datant du XIIe siècle sera rénovée et transformée par l’architecte de 35 ans. Et pas que. Pour la première fois en 300 ans, il va réunifier le château grâce à l’achat de son aile nord à ses anciens propriétaires. Vignerons, ces derniers vendront également leur verger, auquel Pierre Bouvier, amateur de vin, redonnera ses lettres de noblesse.

NECTARS À SUCCÈS

Salle des Conseils dédiée aux dégustations et célébrations, conçue par l’architectediaporama
Salle des Conseils dédiée aux dégustations et célébrations, conçue par l’architecte

« Dans ma vision des choses, tout est une question de cohérence, indispensable à la création de l’harmonie. En ce sens, on pourrait tracer un parallèle entre l’architecture et la viticulture, puisque, dans les deux cas, les recherches s’articulent autour de valeurs, tels le respect des matières et l’authenticité du résultat final », confie l’architecte devenu producteur de vin. Fidèle à ses principes, Pierre Bouvier a transformé les caves existantes tout en rajoutant cinq nouveaux cépages à son vignoble de 4,5 hectares. Aujourd’hui, les 10 cépages offrent 19 vins de diverses sortes (rouge, blanc, rosé, etc.) et produisent 20’000 bouteilles par an.

Toutes sont des mono-cépages bio, provenant d’un environnement axé sur les principes de la biodynamie. Une pureté des saveurs que le Conseil d’État Vaudois a récompensé en choisissant le garanoir du Château Le Rosey comme vin rouge d’honneur 2025. Les secrets de ce succès ? « Dans tous les domaines, je ne collabore qu’avec des professionnels (vignerons, ingénieurs, menuisiers, traiteurs, etc.) qui partagent ma philosophie. Cette émulation de longue date en fait des proches, et les résultats de nos efforts communs s’en ressentent », souligne l’architecte, dont le travail est accessible à tous ou presque.

Aujourd’hui, l’édifice médiéval précieux, qui fait face aux Alpes et au lac, est devenu un cocon très apprécié du public grâce à la location de sa salle dite des Conseils, entre autres. Ici, un décor minimaliste, sublimé par des poutres apparentes, des fenêtres au verre soufflé et du mobilier au design particulièrement ingénieux, ravit les convives qui s’y adonnent à des célébrations (mariages, anniversaires, dégustations). « Ce que j’aime, c’est de retrouver dans la bouteille la cohérence d’une architecture », conclut l’architecte ensemblier Pierre Bouvier.