Agnès Comar

"Le secret d'une bonne nuit: les bras de son amoureux"

Published on 06/09/2022

La décoratrice française Agnès Comar était de passage à Genève pour présenter sa nouvelle collection de parures de lit. Des lignes qui portent des noms évocateurs et qui invitent à l'indolence, à l'insolence aussi.

La décoratrice française Agnès Comar
La décoratrice française Agnès Comar
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Dans les années 70, Agnès Comar a bousculé les codes de la décoration d’intérieur, remplaçant les assises un peu rigides par de gros poufs serpentins. Des objets où l’on pouvait s’oublier et lâcher prise. A l’époque, c’était révolutionnaire et irrévérencieux. Aujourd’hui on revendique ce droit à la nonchalance. La décoratrice a gardé cette manière d’amener une souplesse, une liberté entre les murs, qu’ils soient les siens ou ceux des autres. Elle possède l’art de déposer sa touche, subtilement, dans les intérieurs, tout en restant à la lisière de l’intime. Pour elle, une décoration réussie c’est lorsque les lieux dont on lui a confié la décoration ressemblent à leurs propriétaires.

Nous l’avons rencontrée en juin dernier à Genève, dans la propriété de l’une de ses clientes dont elle a signé la décoration. Agnès Comar était venue présenter sa dernière collection de parures de lit. Le linge Comar est fabriqué en France dans des ateliers situés certifiés EPV (Entreprises du Patrimoine Vivant) et brodé à la main.

Autant d’invitations au voyage nocturne qui se déclinent sur mesure.

Vos lignes de nuit s’appellent « Nuits Egoïstes », « Baisers Volés », « Nuits Bohèmes »,... Cela pourrait être autant de chapitres de livre. Quelle histoire souhaitez-vous raconter ?

La chambre est pour moi un lieu de prédilection où il se passe beaucoup de choses, beaucoup d’amour, je l’espère. C’est pour cela que j’ai choisi ces titres, car toutes les nuits sont différentes. « Baisers Volés » évoque le très beau film de Truffaut, avec un motif dentelé, comme un sourire sur la taie d’oreiller. La Sieste évoque l’été. Il est réalisé avec un point d’épine brodé à la main.

La douceur des draps, cela évoque quoi pour vous ?

Agnès Comar habille ses draps de broderie...diaporama
Agnès Comar habille ses draps de broderie... - Copyright (c) Sylvie Becquet

C’est capital. J’ai choisi un coton perlé extrêmement doux composé de 300 fils/cm2 et certifié OEKO-TEX®, parce qu’il vieillit bien. Je dors encore dans des draps qui ont vingt ans et qui sont toujours aussi soyeux. Un lit, cela doit être doux. Cela peut être violent, mais je suis plus pour la douceur dans ce monde un peu brutal.

Pensez-vous que la couleur des draps joue un rôle sur celui des rêves ?

Je l’espère. C’est pour cela que je crée en couleur. Beaucoup de personnes ont du mal à sortir du blanc. Personnellement j’aime les teintes corail, les verts jade, les écrus très tendres, les roses thé, et le blanc évidemment.

Vos dernières lignes ont plusieurs styles: de la dentelle romantique, de la couleur, de la broderie. Comment qualifiez-vous cet univers ?

Je suis quelqu’un d’assez secret et je m’exprime plus à travers les choses que je fais, qu’en paroles. Chaque ligne a un rapport avec quelque chose qui m’est arrivé.

Par exemple ?

Nuit Blanche, avec sa broderie anglaise, m’évoque l’armoire de ma grand-mère qui était d’un raffinement extrême. C’est un grand souvenir d’enfance.

Le fait de faire fabriquer en France, pour vous, c’est essentiel ?

Bien sûr! Nous avons en France un patrimoine extraordinaire et je crois que c’est le moment de le mettre à l’honneur, de pérenniser ces savoir-faire et de les transmettre.

Quand il s’agit de décorer une chambre, vous entrez dans l’intimité de vos clients. Comment abordez- vous cette pièce ?

... et de motifs structurés.diaporama
... et de motifs structurés. - Copyright (c) Sylvie Becquet

Lorsque l’on pratique le métier d’architecte d’intérieur, on entre forcément dans l’intimité de ses clients, mais il faut savoir garder une petite distance, sans pour autant rester à l’extérieur. C’est un savoir-faire que j’ai toujours mis en œuvre. Je suis très attentive au mode de vie des clients pour lesquels je travaille. Je vais faire en sorte qu’ils se sentent bien. Une maison, un appartement, un yacht qui ressemble à son propriétaire c’est la plus grande réussite à mes yeux.

Que représente une chambre pour vous ?

Un refuge. C’est un endroit d’une folle intimité. C’est là où les âmes sont les plus vraies, les plus authentiques, où il y a le moins de réserve. C’est important d’y être soi-même et de le partager.

Au début de votre carrière, vous avez été la première à asseoir vos invités sur de gros poufs serpentins. Qu’est-ce qui vous a conduit à cette irrévérence ?

J’ai été élevée dans des petits cabriolets Louis XVI et je n’avais pas envie de cela. On y était mal assis, on n’y était pas soi-même, alors que lorsqu’on se laisse aller, on donne le meilleur de soi. On revient d’ailleurs aujourd’hui aux gros poufs que j’ai créés dans les années 70, et même si l’on est passé par le Zen, cette irrévérence se renouvelle, mais elle doit rester subtile.

Quel est le secret pour une belle nuit de sommeil ?

Les bras de son amoureux.

Et d'une nuit sans sommeil?

Les bras de son amoureux. Une nuit blanche, comme les draps...

Renseignements : www.comar-paris.fr