Les développeurs s'arment de patience
Face aux nombreux recours populaires et aux nouvelles normes de durabilité, construire des logements n’a jamais été aussi difficile... mais des technologies émergent afin d’aider les investisseurs à ne pas abandonner la partie.

En ces temps de crise du logement et de hausse continue de la population résidente, le besoin de construire se fait largement ressentir en Suisse. Pourtant, les investisseurs ne manquent pas comme l’a rappelé Robert Ischer, président de l’ADIV (l’Association des développeurs immobiliers vaudois) lors de sa manifestation automnale mi-septembre. «En réalité, chaque nouvelle idée ou projet se heurte à un mur. Un mur de paperasse, de règlements et surtout d’oppositions. Nous avons l’impression de courir un marathon sans jamais voir la ligne d’arrivée!», a-t-il clamé à la foule de promoteurs immobiliers rassemblée ce soir-là à Paudex (VD).
Une démocratie à double tranchant
Deux freins de taille bloquent aujourd’hui la construction. À commencer par «les fameux recours qui permettent à n’importe qui, que ce soit un voisin grincheux ou un amoureux des pâquerettes, de bloquer des projets pendant des années», rappelle Robert Ischer. Et dans le canton de Vaud, les exemples frappants ne manquent pas. Citons le cas des Grands-Prés à Montreux, où un vaste terrain devait accueillir 230 appartements et avait passé toutes les étapes administratives avant de se voir annulé par une initiative populaire en juin 2023.
Même sentence pour les projets de quartiers En Chise de Crissier et En Praz Grisoud à Blonay-Saint-Légier, recalés respectivement par un vote du peuple en juin et septembre 2023. Pas plus tard que le 22 septembre dernier, c’était au tour des citoyens du Mont-sur-Lausanne de se prononcer sur l’avenir d’une parcelle parfaitement légalisée. «Il est urgent de rappeler que l’outil démocratique ne doit pas être utilisé pour la planification (ou déplanification en l’occurrence) territoriale. L’aménagement ne peut se faire parcelle par parcelle en tenant compte des intérêts personnels de chacun», appuie le représentant des développeurs.
S’ajoutent encore à cela les considérations environnementales. Le Conseil d’État vaudois prévoyant une révision de la loi cantonale sur l’énergie où les bâtiments F et G du CECB pourraient devoir être assainis (entrant en concurrence directe avec les constructions), les investisseurs se retrouvent coincés dans un étau qui se resserre toujours plus... Robert Ischer a tiré la sonnette d’alarme: «Si l’on n’y prend pas garde, cela risque de décourager les développeurs de continuer à investir dans la pierre.»
User des données ESG et visuels 3D
Fort heureusement, ces acteurs peuvent malgré tout compter sur les technologies pour avancer avec leurs projets. Deux startups ont justement fait leur bout de chemin dans ce domaine. Tout d’abord Quanthome, dont la plateforme permet d’évaluer chaque bâtiment ou portefeuille immobilier en mettant à disposition tout un tas de données ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) et ainsi prendre de meilleures décisions d’investissements ou cibler les efforts en matière de durabilité.
De son côté, Uzufly propose un outil accessible par tous, depuis chez soi, via un simple lien internet et qui, à l’image de Google Earth ou d’un jeu vidéo, donne la possibilité de visualiser un projet immobilier en 3D comme s’il était déjà là. Depuis son jardin, le balcon du voisin ou le parc qui y sera aménagé, ce logiciel offre un point de vue inédit sur toute future construction, facilitant ainsi la communication et l’acceptation de ces nouveaux immeubles par la population.
