Portrait

Lionel Spicher s'engage pour la sauvegarde du patrimoine

Ex-rédactrice en chef du magazine PRESTIGE immobilier
Published on 05/12/2022

L'architecte et co-président de Patrimoine Suisse Genève entend rénover la ville plutôt que de la bétonner. Rencontre.

L'architecte entend préserver le bâti à Genève
L'architecte entend préserver le bâti à Genève - Hugo Dreneau
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« Les bâtiments à rénover à Genève sont pléthore, il suffit de lever la tête pour s’en apercevoir», commente un peu dépité Lionel Spicher. Installé à Genève depuis une vingtaine d’années, l’architecte d’origine fribourgeoise a fait de la protection du patrimoine son cheval de bataille. «Il faut arrêter de systématiquement détruire des bâtiments pour en reconstruire des neufs. La plupart d’entre eux peuvent être rénovés». En effet, détruire pour reconstruire serait une aberration au niveau du bilan carbone, es- time le co-président de Patrimoine Suisse Genève. Même si les nouveaux bâtiments sont, par la suite, reconstruits avec les labels environnementaux les plus exigeants, la démarche ne serait pas écologique du tout. Toutefois, souvent pour une histoire d’ego et de facilité, la plupart des architectes préféreraient construire leur propre bâtiment, pouvant ainsi prétendre à la réalisation du bien, ce qui n’est pas possible en cas de rénovation. Sans compter que rénover est souvent plus compliqué, ingrat et moins rentable pour un architecte. Ainsi, près de 90% des bâtiments qui sont détruits pourraient être rénovés, souligne Lionel Spicher. «Les ingénieurs qui font des rapports pour dire que des bâtiments doivent être détruits le font par sécurité et aussi pour une question de rentabilité. Je pense, en effet, que pratiquement tout peut être rénové».

Amiante et assainissement

Rénovation énergétique, rue Caroubiers 25 (en cours)diaporama
Rénovation énergétique, rue Caroubiers 25 (en cours) - Copyright (c) Lionel Spicher

Certes, près de 80% des bâtiments à Genève contiendraient de l’amiante ou des matériaux polluants selon l’expert. Toutefois, il n’y aurait pas l’obligation d’assainir si les bâtiments ne sont pas touchés, indique Lionel Spicher. Et s’il fallait effectuer des travaux – y compris d’assainissement – ceux-ci engendreraient moins de frais pour les propriétaires que de détruire et reconstruire. Sans compter que les tra- vaux de rénovation peuvent être défiscalisés. «Mais cela n’intéresse pas les architectes ni les maîtres d’ouvrage qui ont la mauvaise habitude de vouloir tout démolir», poursuit le professionnel qui trouve également que l’on bétonne beaucoup trop facilement à Genève. «On fait n’importe quoi sans réfléchir.»

D’autres architectes seraient dans la même veine que ce dernier. «Je ne suis pas le seul à vouloir rénover notre ville. Même si la plupart des architectes ne sont pas formés à cela. Ils n’apprennent pas à rénover dans les écoles.», regrette Lionel Spicher. Il vaut ainsi mieux communiquer sur les bienfaits de la préservation du patrimoine en général estime le Genevois d’adoption. Ce dernier, qui préside également la commission d’architecture de l’État de Genève pour la législature 2018-2023, a beaucoup rénové durant sa carrière. Avec son ancien bureau Jaccaud Spicher Architectes Associés, il a dirigé la rénovation du Lignon entre 2009 et 2021. Un énorme chantier de 650 appartements réalisé sans échafaudage. «C’était très compliqué car nous avons travaillé en site occupé». Un travail toutefois réussi puisque les travaux de rénovation ont permis d’économiser 56% d’énergie. «Je n’ose pas imaginer si nous avions dû détruire le Lignon pour le reconstruire. Le bilan carbone aurait été catastrophique». Ce dernier pense toutefois que la loi pourrait changer. «Pour toutes les démolitions il faudra probablement justifier un bilan carbone de zéro. J’ai bon espoir que cela change.»

Autre tendance qu’il souhaite mettre en avant: la rénovation des bâtiments avec du réemploi. Aujourd’hui, des fenêtres, portes ou encore escaliers peuvent être récupérés. Certes, faire avec ce que l’on a n’est pas toujours évident. Le processus créatif est plus compliqué. Les dimensions ou les matières ne sont pas forcément les bonnes. Les architectes, même s’ils n’ont pas l’habitude de faire cela, devraient s’y mettre pour encourager la durabilité générale. «80% des déchets sont liés à la construction, 50% sont des gravats. Tout ceci est lié aux démolitions. On pourrait limiter cela.», rappelle Lionel Spicher. Le co-président de Patrimoine Suisse affirme également que l’association n’est pas dogmatique. «Nous voulons simplement préserver le bâti et surtout faire avec». Cette dernière fait ainsi des demandes régulières pour mettre sous protection des bâtiments riches d’histoire architecturale, urbanistique ou sociale. «Nous souhaitons garder la mémoire des lieux». Leur plus grande victoire: le recours contre l’extension du Musée d’art et d’histoire.

Une association fondée en 1907

Patrimoine Suisse est une organisation d’utilité publique plus que centenaire et active dans le domaine de la culture architecturale et de la protection du paysage. Elle compte 850 membres parmi lesquels des historiens, des juristes, des amoureux du patrimoine et quelques architectes. Elle est à la recherche active de nouveaux membres. L’association prévoit par ailleurs de lancer l’an prochain un prix Patrimoine Genève pour encourager les rénovations du bâti dans le canton.