Neuchâtel

Préserver une âme postale dans une structure parascolaire

Published on 11/09/2026

Les offices postaux ferment les uns après les autres et le géant jaune confie ses tâches aux commerces des villages. Alors que deviennent les locaux qu’il occupait auparavant? A Cortaillod, dans le canton de Neuchâtel, ils ont été rachetés par la Commune qui veut aussi apprendre aux enfants ce que fut la Poste en faisant leurs devoirs.

L’extérieur du bâtiment a été construit par le grand-père de l’architecte qui a revu son enveloppe énergétique l’an dernier. La fresque côté représente une scène de la nature peinte par Édouard Baillods.
L’extérieur du bâtiment a été construit par le grand-père de l’architecte qui a revu son enveloppe énergétique l’an dernier. La fresque côté représente une scène de la nature peinte par Édouard Baillods. - Arcinfo
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Le bleu capri de l’entrée située à l’est de la bâtisse attire l’œil dès l’arrivée. Elle sera l’accès principal de l’immeuble en copropriété de la rue de La Fin 14, à Cortaillod. Dès la rentrée scolaire, les petits plaisantins de ce village du Littoral ouest neuchâtelois occuperont les quelque 300 m2 du rez-de-chaussée. Petits plaisantins car c’est à l’enseigne de La Poste du farceur que s’ouvrira une nouvelle structure parascolaire offrant 50 places aux élèves des 5e à 8e Harmos. Elle sera gérée par l’association du Carcoie farceur qui offre déjà, elle, des places aux enfants de la 1ère à la 7e Harmos mais pas assez pour répondre à l’entier de la demande.

Le nom choisi fait office d’emblème puisque le nouveau site dédié aux jeunes écoliers occupera les anciens locaux de la Poste du village qui a définitivement fermé ses guichets le 31 octobre 2025. La commune n’ayant pas suffisamment de structures d’accueil, les autorités ont foncé à l’annonce de ce départ. Ni une, ni deux, elles ont adopté deux crédits, l’un de 970 000 francs pour acquérir les lieux, puis un autre de 690 000 francs pour les transformer.

«Les copropriétaires de la dizaine d’appartements que compte l’immeuble, parmi eux, deux cabinets de médecins, étaient ravis», assure la conseillère communale Anneline Straubhaar, responsable du dicastère des bâtiments. «Ils craignaient de voir s’installer, par exemple, un restaurant, tout autre propriétaire exerçant une activité bruyante ou alors que les locaux restent inoccupés.»

Un lien familial

Réjouis, les deux architectes en charge des travaux, Cindy Correia et Axel Gassmann le sont également. Le bureau de ce dernier, architecte associé chez AtelierWatt, à Berne, a réalisé la rénovation énergétique de l’enveloppe du bâtiment, achevée l’année dernière.

«Le plus incroyable», glisse la directrice des bâtiments Anneline Straubhaar, «c’est que ce bâtiment a été construit en 1973 par le grand-père d’Axel.». «Ainsi, la boucle est bouclée!» Un bâtiment sur la façade duquel, par ailleurs, côté rue de la Fin, une fresque, qui existait déjà avant l’intervention des architectes, a été peinte. «Elle représente une scène inspirée de la nature et a été réalisée par Édouard Baillods selon la technique du crépi gratté», informent les professionnels.

Après avoir appris qui viendrait occuper les locaux de l’ancienne Poste, Axel Gassmann a proposé, en octobre 2025, à la jeune directrice de l’Atelier en Mutation, basé à Neuchâtel, Cindy Correia, de reprendre le mandat pour l’aménagement du lieu.

Celle-ci a accepté le défi. «Mais je lui ai alors suggéré de le réaliser ensemble, car il représentait un projet d’une ampleur importante pour l’organisation de mon bureau, que j’ai créé début 2025 et que je gère seule», note-t-elle. «Le caractère particulier du projet, avec la transformation d’un ancien bureau de poste en structure parascolaire nous a également motivé à unir nos compétences. Nous avions envie de pouvoir partager nos idées et de vivre ensemble cette aventure.»

Matériaux vieux de 50 ans

Car aménager une structure d’accueil en préservant au maximum l’âme de la Poste fut, pour eux, un véritable périple. Il s’agissait, d’une part de respecter le plus possible la configuration des locaux en les attribuant à un tout autre usage, d’autre part de récupérer le maximum de mobilier et d’équipements, tout en conservant le caractère original du lieu.

Un double challenge qui met en exergue deux notions non négligeables. «Cela correspond à une réflexion environnementale de mettre en avant le réemploi de matériaux, de leur donner une seconde vie», relève Cindy Correio. Et son confrère de poursuivre. «D’autant qu’en l’occurrence, nous pouvons récupérer des éléments 50 ans après leur première mise en service. Ça fait réfléchir à la manière dont on construit aujourd’hui et à ce que les générations futures pourront réutiliser.»

La sensibilisation des enfants au patrimoine helvétique dont fait partie la Poste a bien évidemment été au centre des réflexions. «Car ce n’est pas avec le peu d’authentiques offices postaux qu’il reste qu’ils peuvent réellement se rendre compte de la manière dont cette entité fonctionnait», déplore Anneline Straubhaar.

Aussi, dans l’ancien office de l’ouest du Littoral où le géant jaune a été installé durant plusieurs décennies, dans chacune des pièces, les architectes ont-ils tenu à faire un clin d’œil à son identité passée. Ainsi, les trois guichets qui servaient à l’accueil des clients ont été transformés en trois niches avec chaises et lumières où les jeunes écoliers pourront faire leurs devoirs en toute tranquillité. Les anciennes boîtes postales permettront, elles, aux jeunes locataires d’y déposer leurs dessins ou d’utiliser les plus grands casiers comme boîtes à livres ou pour y ranger d’autres outillages. Autant de suggestions suivant le même fil rouge: apprendre aux enfants à quoi servait un guichet postal, à quoi ressemblait une case postale.

Intergénérationnels

Question aménagement des locaux, la volonté des architectes s’est voulue libre et fluide avec juste un îlot central pour la cuisine puis une salle faisant office de réfectoire de chaque côté. Cela sans devoir faire demi-tour ni franchir de portes. «Nous voulions que l’on puisse passer d’un côté comme de l’autre simplement en avançant», remarque Cindy Correia en avançant, elle-même, sur le chantier qui progresse. Car avancer sans franchir de palier n’est pas un vain terme en ces lieux.

Les jeunes farceurs ne seront, en effet, pas les seuls à y courir. «Nous nous voulons intergénérationnels et nous sommes prêts à ouvrir les portes de La Poste du farceur à des sociétés locales. Ainsi que, par exemple, à organiser des activités encadrées pour les jeunes du village», informe Anneline Straubhaar.

Les idées continuent de se bousculer dans l’imagination des acteurs concernés. Car pour réaliser la nouvelle niche des farceurs, les réflexions des autorités (pour l’adoption des crédits permettant d’acquérir et de transformer les lieux, notamment) et des architectes ont été menées tambour battant! «Concevoir un lieu polyvalent nous réjouissait, Axel et moi», rappelle Cindy Correia. «Nous avons ainsi relevé ensemble le défi de concevoir et mener à bien ce projet en seulement 10 mois!»