Nord Vaudois

Quelle vision pour le Grand Hôtel du Pont?

27/05/2026

Construit en 1900, le Grand Hôtel du Pont a été vendu en 2012. Son propriétaire reçoit régulièrement des offres de rachat pour ce lieu mystérieux et convoité. Quelle est sa vision?

Avec 26 pièces, le Grand Hôtel surplombe le lac de Joux depuis plus d'un siècle.
Avec 26 pièces, le Grand Hôtel surplombe le lac de Joux depuis plus d'un siècle.
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«Le Grand Hôtel a été un coup de cœur, je suis un fan et cet endroit me fascine, glisse Isidor Elsig, le très discret propriétaire, fondateur de Galantica Immo. J’avais vu un article dans le journal disant que le docteur Andres Bircher, l’ancien propriétaire, avait des problèmes financiers. Je suis monté au Pont et j’ai acheté l’hôtel.»

Il y a 14 ans, 2,5 millions de francs ont suffi pour acquérir cette demeure de 26 pièces, entourée d’un parc de 50 000 m2 surplombant le lac de Joux. En grande difficulté financière, la clinique Bircher avait été bradée aux enchères, la moitié du prix estimé.

Bien plus qu’un chiffre, le Grand Hôtel du Pont est un livre de souvenirs. A l’époque, on y comptait 120 lits et une clientèle internationale huppée. L’endroit était l’un des premiers à disposer de l’électricité et du chauffage dans chaque chambre. Un ascenseur à système hydraulique permettait de relier les différents étages. Les activités ne manquaient pas: cabinet de musique et de photographie, hydrothérapie. En été, on y pratiquait tennis et baignade, en hiver, luge et patin à glace.

Soirées privées

«Ce sont les salons que je préfère, lance Isidor Elsig. On utilise aujourd’hui uniquement les 9 salles du rez et les extérieurs donnant sur le lac; principalement pour des cérémonies privées. Beaucoup d’entreprises horlogères viennent présenter leurs collections à des clients dans ce décor. C’est comme un rêve de vie de château pour nos hôtes.»

Depuis quelque temps, des soirées thématiques sont aussi organisées dans la villa. L’agence OhmyTime y a par exemple proposé un événement faste et folie, alliant les salles Belle Epoque aux espaces médicaux désaffectés des sous-sols. Un voyage dans le temps et l’histoire.

Faire vivre l’endroit

Chaque année, le propriétaire investit 100 000 francs dans l’entretien du bâtiment et ses jardins. «On accueille entre 40 et 50 événements à la belle saison, mais cela ne couvre pas les frais», mentionne le Valaisan tombé amoureux de ce domaine. «J’aime le projet dans sa totalité, y travailler quand personne n’est là. Cette année, nous allons finir de vider les chambres. Nous devons meuler les anciens lits d’hôpital qui sont trop lourds pour être déplacés. On va aussi refaire l’éclairage des jardins avec l’arrivée dans le parc», poursuit-il.

Conserver et maintenir ce témoin du temps, même à perte, ne lui pose aucun problème. «C’est une manière de payer moins d’impôts», plaisante celui qui possède une douzaine d’objets immobiliers, principalement en Valais, mais également dans les cantons de Fribourg et Vaud. L’homme d’affaires a l’habitude des projets d’envergure et a notamment co-fondé Univerre Pro Uva à Sierre, société leader de bouteilles et emballages en verre.

Quelle est sa vision à présent pour ce bâtiment construit par les architectes Frédéric et Henri de Morsier et l’ingénieur Charles Weibel? «On a dit beaucoup de choses sur le développement de l’hôtel. Ma vision est aujourd’hui que je n’ai pas de projet autre que de l’entretenir. Il ne redeviendra pas un hôtel, ni des appartements. Il faudrait beaucoup d’argent! Je sais de quoi je parle puisque je viens de terminer la transformation en bureaux d’un immeuble de 1902 à Naters.» Le Grand Hôtel étant protégé et hors de la zone à bâtir, chaque démarche est complexe.

Offres chinoises

En 2014, un projet de transformation en appartements avait été imaginé. Il n’est plus d’actualité. Faire vivre l’hôtel grâce à des événements est, pour le moment, le plaisir du patron de Galantica Immo.

«J’ai été cuisinier pendant 24 ans. J’ai toujours rêvé être comme César Ritz et Auguste Escoffier, racheter des hôtels de luxe et les faire revivre. Mais diriger un hôtel aujourd’hui, c’est une vie d’esclavage», confie-t-il. Il s’est donc rapidement tourné vers l’immobilier. L’entrepreneur transforme principalement des immeubles en bureaux et des friches industrielles. Il vient d’investir dans deux bâtiments industriels du côté de Romont. Sa ligne est toujours la même: trouver le bon emplacement, soit près de l’autoroute, soit près d’un lac. Sa fille cadette, sortie de l’école d’architecture, suit ses pas.

Et vendre le Grand Hôtel? «J’ai reçu de nombreuses offres, même venant de Chine ou du Moyen-Orient. Mais il y a beaucoup de vent. Le jour où je vendrai, ce sera à quelqu’un qui veut restaurer et continuer de faire vivre le domaine», explique le propriétaire de 65 ans.

100'000 francs d’entretien annuel. C’est le montant nécessaire au maintien minimal de la demeure centenaire et de son parc dominant le lac de Joux.