Sauvegarder le patrimoine bâti du PAV
Patrimoine suisse Genève tente une nouvelle approche afin de protéger pas moins de 41 bâtiments situés dans le futur quartier.

Souvent critiquée pour ses actions à retardement, la section genevoise de Patrimoine suisse a décidé de prendre les devants face à l’ampleur du projet Praille-Acacias-Vernets (PAV). «Habituellement, nous tentons de sauver des bâtiments lorsque nous apprenons leur démolition, ce qui représente en moyenne quatre demandes de mise sous protection par année. Cette fois-ci, nous avons voulu frapper fort et anticiper en formulant une seule fois des demandes pour 41 bâtisses situées sur le PAV», décrit la coprésidente de l’association, Pauline Nerfin.
Réagissant à un développement urbain massif, «partiellement ou très peu» basé sur l’existant, l’association a alors créé un comité l’an passé afin d’établir la liste de ce fameux patrimoine PAV digne d’intérêt en soi ou propice au réemploi. «Notre but n’est pas de bloquer le projet. Au contraire, pour une fois nous agissons en amont, en proposant nos requêtes dès le départ, pour ainsi éviter les énièmes recours en fin de processus», poursuit la jeune historienne. Loin de l’idée de geler tout un pan de quartier, l’association compte donc, à l’aide de cette nouvelle approche, replacer le patrimoine bâti au cœur des réflexions lors de transformations de quartiers.
Les Genevois se sentiraient moins dépaysés avec une part de bâti ancien
Pour cela, pendant une année, l’équipe associative a épluché toute la documentation qu’il était possible de trouver sur le sujet. «Nous n’inventons pas un patrimoine selon nos envies, il est repéré depuis longtemps. Concernant celui du PAV, le premier guide d’architecture moderne de Genève, datant de 1969, faisait déjà état de neuf édifices patrimoniaux. Nous avons simplement recensé et additionné les découvertes de plusieurs décennies pour arriver à nos 41 bâtiments», témoigne Christian Bischoff, architecte et membre du comité. Parmi les biens à sauvegarder, on retrouve ainsi l’ancienne usine Camy Watch, le site de la Parfumerie ou encore l’ancien centre Eurogas.
S'approprier le quartier
Les autorités devront par la suite statuer sur la nécessité ou non de classer (mesure la plus haute) ou d’inscrire à l’inventaire (moins contraignant) ces biens à valeur historique, technique, sociologique, industrielle ou encore mémorielle. Ce qui permettrait également aux habitants de s’approprier plus facilement ce quartier parfois encore décrié. D’après Christian Bischoff, «les Genevois se sentiraient moins dépaysés avec une part de bâti ancien». Déposé fin août, le dossier est désormais entre les mains des pouvoirs publics, et ce, bien qu’une nouvelle étape ait été franchie en faveur de ce mégaprojet le 1er septembre dernier. En effet, le plan localisé de quartier «Acacias 1» du PAV vient d’être validé. Le secteur d’une surface de 14 hectares abritera entre autres 2200 logements et 5000 nouveaux habitants.
