Sur les hauteurs de Neuchâtel, le haut de gamme s’installe dans les vignes
À la Vy-d’Etra, sept villas «d’exception», comme les qualifie leur concepteur, sortent de terre sur l’une des parcelles viticoles encore constructibles des hauteurs de Neuchâtel. À quelques centaines de mètres, une petite résidence de six appartements illustre une tout autre logique de densification.

«Des villas neuves de ce standing, avec cette vue et cette proximité du centre-ville, il n’y en a pratiquement pas sur le Littoral neuchâtelois», observe Antony D’Agostino, directeur de l’agence immobilière Wayne à Neuchâtel. «Un produit rare, sur un marché qui en manque cruellement.»
Il parle de Villavy: quatre villas individuelles et trois mitoyennes. Une opération familiale, portée par le promoteur Sébastien Eberhard et dessinée par son fils Yann, du bureau neuchâtelois Yoku Architecture. Antony D’Agostino a piloté l’ensemble de l’opération aux côtés de Nathalie Eberhard, associée de l’agence et épouse du promoteur.
«Le terrain, planté en vigne jusqu’au chantier, se trouvait déjà en zone à bâtir: aucune modification d’affectation n’a été nécessaire», informe Antony D’Agostino. «Une parcelle de cette taille, encore libre et avec cette vue sur le lac, c’est une exception», affirme-t-il.
Clientèle de standing
Les typologies des futures habitations vont de 4,5 à 6,5 pièces, pour des surfaces de 143 à 245 m², complétées de terrasses, balcons et jardins privatifs pouvant atteindre 116 m².
L'ensemble est certifié Minergie-P, le standard le plus exigeant en efficacité énergétique. Chaque villa dispose de sa pompe à chaleur réversible, de panneaux photovoltaïques et d’une domotique intégrée. «Ces systèmes ne relèvent plus du confort mais de la valeur à long terme d’un bien», relève le courtier.
Quel est le public visé? «Une clientèle de 35 à 45 ans, en famille ou en projet de l’être, c’est le propre de la villa», explique-t-il. «Des profils à formation supérieure, souvent cadres, parfois soutenus par un patrimoine familial. À ce niveau de standing, les fonds propres et les revenus exigés par les banques réduisent fortement le nombre de ménages éligibles».
Le marché a néanmoins répondu: six des sept villas ont trouvé preneur, seule une mitoyenne reste disponible. Et les premiers paliers devraient être franchis à l’été 2027. Un nouveau projet est, en outre, à l’étude sur la parcelle en contrebas, «sans conséquence sur Villavy», assure Antony D’Agostino.
Belvy, une autre lecture de la densification
Comme Villavy, la résidence Belvy conserve le «Vy» de l’ancienne voie romaine devenue Vy-d’Etra. La parenté s’arrête là: les deux projets sont indépendants, portés par des maîtres d’ouvrage et des architectes distincts. Seule leur proximité, et l’agence qui les commercialise, les rapproche.
Belvy réunit six appartements de 3,5 pièces de 75,5 m², tous orientés plein sud. Le projet est développé par ACV SA (Filip Hon) et notamment porté par l’architecte Maxime Hon, du bureau Cagibi SA. Les logements du rez disposent d’un jardin et d’une terrasse, les étages de larges balcons, et chacun d’une place de parc. Sur le toit, une terrasse panoramique commune, ouverte sur le lac et les Alpes, compense la compacité des logements par un espace partagé généreux. Finitions durables: parquet chêne massif, douches à l’italienne, fenêtres bois triple vitrage. «Ce projet a, lui aussi, rencontré un grand succès. Tous les lots ont trouvé preneur», informe celui qui a suivi les deux projets de bout en bout.
«Ces deux produits ne s’adressent pas au même acquéreur, et c’est très bien ainsi. Belvy parle à des primo-accédants ou à des investisseurs cherchant un bien compact et bien situé. Villavy s’adresse à des familles qui cherchent l’exception. Les deux répondent à une pénurie réelle», conclut-il.
Trois questions à Natahlie Eberhard, chargée du projet
Dézoner dans des vignes pour construire n’est-ce pas une forme de densification très éloignée de la philosophie du bureau d’architecture Yoku, créateur du concept, qui prône le respect de la nature?
N.E: Ce n’est ni l’architecte ni le promoteur qui décide d’affecter une parcelle en zone à bâtir mais les autorités. La densification des villes est une règle qui s’impose depuis plus de dix ans et ces parcelles proches du centre-ville en faisaient partie. Un plan d’aménagement d’espaces végétalisés a donc bien été respecté par l’architecte.
La conception choisie se fond-elle vraiment dans ces coteaux? Ne les dénature-t-elle pas?
N.E: En sous exploitant le potentiel constructible et ne faisant que 2 étages au lieu des 3 autorisés, l’architecte et le promoteur ont largement contribué à satisfaire tout le quartier puisqu’aucune opposition des voisins n’a été formulée. Le projet s’intègre parfaitement et a d’ailleurs reçu l’approbation de la commission nature et paysage qui a une exigence très stricte.
L’approche de l’architecte, hormis sa volonté de préserver l’environnement, tient également à s’intégrer à la communauté locale. La population régionale a-t-elle vraiment besoin de villas haut de gamme ou est-ce cela le luxe?
N.E: Neuchâtel manque de logements et de propriétés de haut standing. Le canton offre des paysages remarquables, une qualité de vie élevée et un environnement privilégié. Encore faut-il pouvoir proposer une offre immobilière en adéquation avec ces atouts répondant aux attentes d’une clientèle exigeante. Le Littoral n’a rien à envier à la Riviera vaudoise. Mais pour attirer des contribuables à fort pouvoir d’achat, il est indispensable de développer une offre immobilière de qualité.
