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Construction

Transmettre ou disparaître, le cri d’alerte des entreprises

Journaliste et rédactrice en chef adjointe chez immobilier.ch
Published on 29/07/2026

Chauffagistes, électriciens et autres métiers techniques peinent à assurer le passage de flambeau à l’heure du départ à la retraite. Or, les multiples causes et conséquences de ce phénomène restent pour l’heure taboues.

D’ici cinq ans, les baby-boomers partiront à la retraite et, parmi eux, des patrons qui se trouveront face à un désert de repreneurs
D’ici cinq ans, les baby-boomers partiront à la retraite et, parmi eux, des patrons qui se trouveront face à un désert de repreneurs - Freepik
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Des délais de commandes de plusieurs années pour rénover ou construire un bien immobilier. En parallèle, des dizaines de PME employant chaque fois 15 personnes mettent la clé sous la porte. Un savoir-faire parfois centenaire qui se perd à tout jamais et un tissu économique qui s’appauvrit sans retour en arrière possible…

Voici le constat que dressent les professionnels des métiers techniques du bâtiment pour la Suisse. A Genève en particulier, la situation est compliquée, comme le soulignent les membres du groupement MBG. «D’ici cinq ans, les baby-boomers partiront à la retraite et, parmi eux, des patrons qui se trouveront face à un désert de repreneurs. Sauf que toutes les entreprises ne pourront pas être absorbées et il y aura immanquablement des faillites. Cela deviendra un problème sociétal», pointe le président de la MBG, Guillaume Ruedin, également à la tête de la société familiale de serrurerie-construction métallurgie Art Kern, qui emploie 46 personnes aux Acacias (GE).

Des obstacles à la reprise

Le marché est pourtant porteur dans ce secteur, mais lorsqu’il s’agit de reprendre une «boîte», les banques ne jouent pas leur rôle de soutien. «Comme pour l’achat d’un appartement, il faut des fonds propres. Or, les jeunes n’en ont pas forcément, et avec des taux bien plus élevés que ceux pratiqués pour les hypothèques, la reprise est juste irréalisable car on ne dégage pas assez de marges dans le bâtiment», souligne Guillaume Ruedin. S’ajoutent à cela des complexités fiscales, à la charge du vendeur comme de l’acquéreur, dans un jargon qui démotive d’un côté comme de l’autre. «Il y a toute une structure à monter pour pouvoir reprendre une entreprise. Ce qui implique des frais d’aller voir des fiscalistes et de se plonger dans une matière dense qui devrait être simplifiée à mon sens», poursuit le président de la MBG.

Les entrepreneurs, taxés de toutes parts, déplorent de surcroît le manque d’attention des politiciens pour cette problématique en devenir dont les effets commencent déjà à se faire ressentir. «C’est hallucinant mais personne n’en parle. Or, sans patrons, impossible pour les entreprises de continuer à tourner… et cela ne concerne pas que notre canton», s’inquiète le président.

Revoir l’orientation du cycle

Même son de cloche du côté de Michael Vernet, administrateur de la société d’électricité du même nom, rachetée par son grand-père en 1947 (25 employés à présent). «Nous ne pouvons pas seulement nous reposer sur les enfants, cousins et autres membres de nos familles pour reprendre tous ces business. Il faut rendre attentive la jeune génération sur le fait que, d’une part, ces métiers manuels existent et, d’autre part, que l’on peut ensuite devenir son propre chef», décrit-il.

En cause, selon ce diplômé d’une maîtrise fédérale: «Le cycle d’orientation ne fait pas son travail en aiguillant tout le monde vers le collège. Les parents ont aussi leur part de responsabilité mais il est évident que la filière des métiers du bâtiment est dévalorisée depuis longtemps. Ce n’est qu’une option envisagée pour les derniers de la classe alors qu’elle offre de bons salaires, des débouchés et des postes variés.» Et les professions de services qui risquent d’être lentement remplacées par l’intelligence artificielle vont d’ailleurs accentuer encore l’attractivité de ces parcours techniques à l’avenir. «Le jour où des robots mettront en place des tôles en toiture ou tireront des câbles dans des endroits exigus n’est pas près d’arriver», appuie Michael Vernet.

«Rien n’existe pour faciliter la mise en relation entre cédants et repreneurs»

D’autant plus que ces voies permettent de belles évolutions de carrière. A l’image de celle de François Tornare qui, après l’obtention de son CFC, a gravi les échelons, obtenu un diplôme d’ingénieur, pour finir, du haut de ses 33 ans, par reprendre récemment la société Olivier Murner SA (20 collaborateurs) spécialisée dans la serrurerie, la construction métallique et le dépannage. «Il faut expliquer aux jeunes que, contrairement aux idées reçues, lorsqu’ils font un apprentissage, les possibilités sont infinies et ils ne se limiteront pas uniquement à des tâches rébarbatives. Il existe quantité de passerelles et de formations complémentaires ouvrant la porte à de belles perspectives de carrière», précise le dirigeant.

Et pour devenir patron, nul besoin de descendre d’une longue lignée de charpentiers ou de ventilistes. «Je voulais devenir entrepreneur et, comme beaucoup, j’ai pensé devoir trouver un concept révolutionnaire afin de monter ma boîte. Il a fallu que quelqu’un me parle de la possibilité de reprendre une entreprise plutôt que de la créer pour que j’aie le déclic, car aujourd’hui rien n’existe pour faciliter la mise en relation entre cédants et potentiels repreneurs, ce qui est regrettable», note François Tornare.

C’est alors qu’il sympathise avec Olivier Murner, en quête d’un successeur depuis six ans. «Après avoir constaté l’ampleur du manque de candidats, Olivier a eu le temps de se préparer à cette remise de société, de s’informer sur les aspects légaux, financiers, fiscaux… et la bonne façon de faire. Ce qui lui a permis, le moment venu, de finaliser le processus de vente avec moi, puis de rester le temps nécessaire pour accompagner la transition. Ce qui est primordial car ces transmissions sont avant tout une aventure humaine», conclut François Tornare.