Un bâtiment emblématique change de mains
L’ancienne usine Beyeler à la Jonction, doublement surélevée, a un nouveau propriétaire.

Situé dans le quartier au confluent du Rhône et de l’Arve, l’immeuble bien connu des Genevoises et Genevois a été vendu à Nova Property Fund Management le 1er juin. Son prix: 69 millions de francs. Actuellement composé de studios meublés pour des étudiants ainsi que de surfaces commerciales, l’édifice accueille également une institution genevoise d’aide aux démunis. A ce jour, il est entièrement loué avec des baux de longue durée.
L’ancienne usine Beyeler tranche avec son environnement. Témoin de l’histoire horlogère genevoise, le bâtiment a défrayé la chronique il y a quelques années en cassant les codes architecturaux. Vrai marqueur du quartier avec sa forme en V et sa conception en béton qui était l’une des premières à Genève, il a vu le jour en 1910. Situé sur une parcelle de 905 m2, il a abrité la manufacture de chaînes et de bracelets d’or Eugène Tissot avant de céder sa place aux ateliers de fabrication de cadrans de montre Beyeler, absorbé par la suite par Rolex. Le bâtiment avait été racheté par un investisseur privé, Ali El Alej, au début des années 2000. Ce dernier a toujours souhaité conserver son affectation commerciale et a tenu à en faire «un bâtiment qui vit vingt-quatre heures sur vingt-quatre». La centaine d’étudiants de l’université américaine Webster qui s’y sont installés, le bar l’Ethno ou la première laverie écologique du canton participaient à cette animation. Le quartier de la Jonction n’avait pas la même physionomie qu’aujourd’hui mais le maître d’ouvrage y a mis son cœur et a gardé en tête, lors des opérations qu’il a menées, son leitmotiv: «L’imagination est plus importante que le savoir.»
L’identité industrielle du lieu a été conservée tout en ajoutant une dimension contemporaine grâce aux différentes surélévations réalisées en 2010 et en 2020. A une première surélévation de deux étages dans la continuité de la façade, des boîtes en verre perpendiculaires ont été ajoutées, créant une polémique.
«L’histoire perpétuée»
«La surélévation n’est pas nouvelle, explique Ali El Alej. En regardant les archives, on constate que deux ans après la construction de la manufacture, un premier rehaussement d’un étage avait déjà été réalisé en 1925. Finalement, nous avons juste perpétué l’histoire.»
