Fribourg

Visite exclusive d’un chantier qui vous plonge dans le passé

Published on 12/08/2026

Le château de Montilier va revivre. Fin 2027, il offrira six appartements à la location dans un décor baroque entièrement rénové.

Le château de Montilier date du XVIIe siècle
Le château de Montilier date du XVIIe siècle - TBU
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La bâtisse a une vue unique et envoûtante sur le lac de Morat, face au Monolithe de Jean Nouvel. Entre les deux, le jardin baroque a été redessiné à l’identique de l’époque, valorisant des tilleuls plusieurs fois centenaires.

Habitant une parcelle de 10'000 m2 depuis le XVIIe siècle, ce manoir château parle chaque jour un peu plus aux dizaines de corps de métier qui œuvrent à sa rénovation. L’analyse dendrochronologique de poutres du soubassement sud-ouest fait même remonter le compteur temporel jusqu’à 1518. Il s’agit du noyau le plus ancien, une construction primitive où subsistent notamment des poutres tardogothiques tournées.

Un second jardin, anglais cette fois, est en préparation dans le parc. Il sera partagé avec les deux immeubles en prévision à l’arrière de l’espace domanial. «Cette partie de la parcelle a été vendue pour un développement immobilier prévoyant 30 appartements. Ce n’est pas notre projet», mentionne Marcel Jauner, architecte du bureau Rieder Bach Architektur de Gstaad, en charge de la rénovation du château de Montilier. Ce projet annexe est celui de Bricks Group à l’origine de plusieurs constructions dans la région des Trois-Lacs.

Accès au public

La visite avec Marcel Jauner commence par le soubassement qui servait d’étables, de cuisine et de lieu de stockage. Dans l’aile ouest, donnant accès au Jardin anglais, une grande salle de réception avec des piliers en chêne sculpté est en préparation. «Elle sera ouverte au public. On pourra la louer pour des cérémonies, pour faire des photos, il y a de nombreuses possibilités», explique le représentant du maître d’ouvrage.

Le 1er étage permet de réaliser la richesse patrimoniale du site. Il s’agit de la partie la plus soignée avec des parquets en marqueterie, du papier peint, des cheminées en grès et des poêles en faïence, dont certains seront conservés. Les plafonds en stuc, ainsi que les armoiries de la famille von Ernst, propriétaire du château au XVIIe siècle, complètent ce décor d’un autre temps. Tout sera rénové.

La lumière est partout, grâce à des fenêtres de plus de deux mètres de haut. Elles resteront à l’identique, avec un vitrage doublé. Les exigences de conservation patrimoniale vont parfois à l’encontre de celles énergétiques. «Le bâtiment est relié au chauffage à distance, précise notre guide. Dans ces habitations anciennes, il y a une inertie intéressante. Elles restent fraîches en été et en hiver les pièces chauffent lentement pour ensuite se maintenir chaudes et agréables.»

Appartements à louer

Le défilé des salons et vestibules, ainsi que les escaliers au détour des couloirs donnent le tournis. Cinq appartements de 4,5 à 5,5 pièces et un sixième plus petit seront créés entre les trois niveaux reliés par un ascenseur. «Ils devraient être ouverts à la location fin 2027, estime Marcel Jauner. Il s’agit d’appartements de haut standing, offrant la vie de château. Les extérieurs seront particulièrement importants, car la situation avec la prolongation vers le lac est exceptionnelle.»

Le budget pour redonner vie à cette demeure regorgeant de témoignages architecturaux de différentes époques est de dix millions de francs. «Le bureau Rieder Bach est habitué à travailler sur des objets anciens, même plus anciens encore, notamment des chalets à Gstaad. Mais c’est toujours particulier de rénover un château. Chaque architecte rêve d’un tel projet un jour dans sa vie», sourit-il.

L’un des défis de la restauration a été de retrouver les bonnes teintes pour les boiseries, celles de l’époque, pour rester fidèle au site. Il a fallu poncer et analyser six différentes couches de peinture, une véritable palette à remonter dans le temps.

Percer les secrets

Les travaux ont commencé en 2025. Mais auparavant, il a été nécessaire de redessiner l’histoire du château, celle de ses propriétaires et de ses transformations successives. «Le bâtiment est inhabité depuis quinze ans. Depuis 2010, nous travaillons à le vider et à le comprendre. Ce sont des projets qui demandent de la patience», relève l’architecte.

Un document de 39 pages retrace aujourd’hui l’évolution du château de Montilier, pièce par pièce. Il revient parallèlement sur la vie des propriétaires successifs, depuis Sulpitius Wurstemberger. Ce fils de bailli est attesté pour la première fois comme propriétaire en 1628. Il s’agissait alors d’un manoir avec trois maisons et deux granges.

Le site passe entre différentes mains jusqu’à l’arrivée de la famille von Ernst à la fin du XVIIe siècle. Hieronymus von Ernst, patricien de Thoune, devient l’unique propriétaire de Montilier. Le domaine est considérablement enrichi à cette période et jusqu’au début du XIXe siècle.

Parmi les propriétaires suivants, l’histoire retient Jean-David Pantillon, médecin né à Praz, qui crée au château un pensionnat pour garçons. Il l’achète en 1837. Par la suite, Adolf-Samuel Huber envisage de le transformer en centre thermal.

Dans la seconde partie du XIXe siècle, le château prend une orientation inattendue. Il devient une manufacture horlogère, en plus de la demeure des horlogers, dont Constant Dinichert dès 1875. Ce dernier apporte au lieu une touche néoclassique, avec des éléments d’Art nouveau. Jusqu’en 2010, cette famille, dont fait partie le diplomate antinazi Paul Dinichert, figure sur l’acte de propriété. Le bureau d’architectes Rieder Bach a ensuite pris le relais et continue d’écrire l’histoire du château.