A Lausanne, les arts et l’immobilier s’unissent contre les tags

9 septembre 2020 - Dans la capitale du pays de Vaud, la régie Publiaz et le peintre Pridmore décident de recouvrir les murs à leur façon. Peindre une fresque dans une ruelle étroite, sans recul possible pour apprécier son ouvrage, réalisé avec une peinture entièrement naturelle créée par le peintre lui-même. C’est la prouesse qu’a accomplie l’artiste Sébastien Pridmore. Et le résultat vaut le détour…

A Lausanne, les arts et l’immobilier s’unissent contre les tags

Il est né à Bâle en 1987, il a fait ses études à l’école d’art de Ceruleum à Lausanne et a obtenu son bachelor avec mention en 2008. Outre la création de plusieurs livres pour enfants, il s’est spécialisé dans différentes techniques, qui toutes empruntent à la nature.

Ainsi, l’approche de Sébastien à la peinture est inspirée des savoir-faire de l’Antiquité, où tous les pigments et colorants étaient tirés de l’environnement naturel, par exemple de terres colorées ou de plantes.

Les peintures sont créées à partir de produits alimentaires tels que le café, le thé, le vin, la betterave, le safran. Son premier travail consiste donc à cuisiner ses aliments, afin d’obtenir des mélanges de couleurs. L’œuvre est vernie pour la protéger et assurer son bon vieillissement.

La dernière réalisation de l’artiste n’est pas la moins originale. Elle illustre clairement la beauté d’une rencontre entre l’art et l’immobilier. Elle a été rendue possible grâce à la rénovation d’un bâtiment situé sur les hauts de Lausanne, au 15 de la rue Cité Derrière, qui donne sur la Ruelle du Lapin Vert.

Avec une peinture naturelle composée de café et de charbon, la fresque plonge le promeneur dans le Lausanne de la Belle-Epoque. Cette œuvre propose un saut dans le passé en présentant une scène de vie de la ville des années 1900. Cette création unique a été rendue possible grâce à l’accord de la propriétaire de l’immeuble, en alternative à la campagne de lutte contre les tags, initiée par le Service de la propreté urbaine de la Ville de Lausanne, en collaboration avec la Chambre vaudoise immobilière (CVI) et l’Union suisse des professionnels de l’immobilier (USPI Vaud).

Rendu authentique

C’est à l’initiative de Publiaz Gérance & Courtage SA, qui a géré les travaux de rénovation du bâtiment et qui expose régulièrement dans ses locaux des artistes de la région, qu’il a été fait appel à Sébastien Pridmore pour réaliser cette fresque murale. L’artiste-peintre est réputé pour créer lui-même ses propres peintures et ne plus utiliser du tout de couleurs industrielles. Une méthode de travail que le Vaudois est seul à maîtriser en Suisse.

Pour la Ruelle du Lapin Vert, Sébastien Pridmore s’est inspiré d’une photo des années 1900 de Lausanne. La fresque y raconte une scène de vie du quartier populaire de la Cité. On y voit des enfants et des femmes en habit d’époque, un chien, ainsi qu’un boucher au sourire gourmand. Et petit clin d’œil à la propriétaire de l’immeuble, certains membres de sa famille comptent parmi les personnages représentés (un peu comme au temple de Carouge, où Henri Tanner avait portaituré des notables contemporains). En utilisant du café et du charbon, l’artiste peintre a obtenu une teinte sépia qui rappelle les vieilles photos de l’époque.

Durant le confinement

Outre les différents tons de sépia travaillés par l’artiste, la réalisation de la fresque fut particulière, puisque peinte en vertical et à plat sans vraiment de recul – la Ruelle du Lapin Vert étant connue pour son exiguïté. Une prouesse que Sébastien Pridmore a su gérer à la perfection en deux mois, en pleine période de confinement dû au coronavirus, en avril et mai dernier, travaillant seul avec une petite échelle. Du manque de recul, l’artiste a fait un atout, en permettant au promeneur de s’approcher de l’œuvre pour la vivre en allant d’un bout à l’autre de la ruelle, afin de s’immerger dans l’histoire racontée.

Une résine ainsi qu’un vernis ont été ajoutés une fois l’œuvre terminée, pour que cette dernière puisse perdurer au fil des ans.

Même les grands chefs

A 33 ans, l’artiste-peintre vaudois, né à Bâle, Sébastien Pridmore peut se targuer d’être l’un des rares, voir le seul en Suisse, à n’utiliser que ses propres peintures, composées à partir d’aliments. Un véritable défi écologique qu’il réalise depuis six ans. En toute logique, il s’est approché de grands chefs cuisiniers qui ont immédiatement adhéré à ses projets et l’ont soutenu. Ainsi, les restaurants Paul Bocuse à Lyon, Mosimann’s à Londres et l’Hôtel de Ville à Crisser, sans oublier le célèbre hôtel Ritz à Paris, possèdent tous une toile du jeune artiste.

Sébastien Pridmore expose depuis 2012 déjà. Parmi les nombreuses expositions auxquelles il a participé, citons le Montreux Art Gallery à plusieurs reprises, le Montreux Jazz Festival en 2018 et la Collection Mosimann au Bouveret en 2019. Le Collège César Ritz, qui abrite la Collection Mosimann, a également demandé à Sébastien Pridmore d’intervenir dans un cours dédié à la peinture culinaire.

Du « live painting » lors de différentes manifestations privées ou publiques fait également partie de ses talents. Ce fut le cas lors de l’événement culinaire organisé par Anton Mosimann au Bouveret en 2019 et pendant lequel Sébastien Pridmore a relevé le défi de la réalisation d’une peinture en direct. Il a reçu le Prix du Montreux Art Gallery en 2019.

par Etienne Oppliger

Article paru dans le Magazine immobilier.ch de septembre 2020