Architecture genevoise: un guide en douze promenades

22 février 2021 - En 1985, Patrimoine suisse Genève, anciennement Société d’Art Public, publiait un livre de référence, consacré au XIXe siècle. Une époque d’intense construction, peut-être même la plus riche en grands travaux, dont s’inspire son titre «Le grand siècle de l’architecture genevoise», un guide en douze promenades.

Architecture genevoise: un guide en douze promenades

Bien qu’épuisé depuis fort longtemps, ce livre a fait date dans le domaine et aucun autre ouvrage exclusivement consacré à l’architecture du XIXe siècle à Genève n’est venu le remplacer.

Au fil des ans, maintes fois sollicitée, une nouvelle édition s’imposait. Cette conviction a été renforcée par le succès d’un autre ouvrage publié par Patrimoine suisse Genève en 2009 et consacré à l’architecture du XXe siècle.

Avec un corpus modifié, des promenades redessinées, des notices mises à jour ainsi que 60 nouveaux objets, des textes inédits, des illustrations nouvelles et en couleurs, des index des noms propres et géographiques et un graphisme adapté, cette édition entièrement revue et augmentée du livre sur l’architecture du XIXe siècle à Genève constituera le pendant de celui sur le XXe siècle, tout en se concentrant sur le territoire de la ville de Genève.

Dans la première édition, Jean-Daniel Candaux introduisait le livre par ce constat un peu abrupt: «Ce guide est un défi. L’architecture du XIXe siècle n’a pas bonne presse». Patrimoine suisse Genève, portée par son président d’alors Denis Blondel, venait en effet d’obtenir de haute lutte la protection des ensembles construits entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

La fameuse «loi Blondel» entendait compléter la notion de «zones protégées» de la Vieille Ville et d’une partie de la ceinture fazyste; cette loi venait surtout stopper la marche des pelles mécaniques qui avançaient inexorablement dans les Rues-basses et le long de la Rade.

Quelque 35 ans plus tard, il est légitime de se demander ce qu’il en est. Si les mesures de protection adoptées en 1983 ont été heureusement appliquées, et l’architecture du XIXe siècle a été largement revalorisée, force est de constater que l’adage selon lequel «le vote d’une loi n’est pas suffisant» est plus que jamais d’actualité.
En effet, la sauvegarde d’un patrimoine n’est jamais acquise et l’évolution de nos modes de vie peut constituer une menace sans cesse renouvelée: le corollaire de construire la ville en ville consiste à densifier les îlots, surélever les immeubles, remplir les espaces interstitiels; améliorer notre confort signifie parfois modifier les typologies des appartements ou installer des ascenseurs dans les immeubles; se préoccuper du réchauffement climatique, c’est aussi adapter les fenêtres et les vitrines. Autant de facteurs qui exercent de fortes pressions sur le patrimoine du XIXe siècle et mettent en lumière sa fragilité.

La valeur des édifices que le XIXe siècle nous a légués doit être documentée. En publiant ce nouveau guide destiné à un large public, Patrimoine suisse Genève espère y contribuer et remplir ainsi sa mission: diffuser la connaissance du patrimoine, la première des mesures de sauvegarde.

L’apport de l’architecture du XIXe siècle à la Genève «moderne»

Nommé à raison le grand siècle de l’architecture, le XIXe est aussi le siècle de la naissance de la Genève «moderne», placée sous le signe du progrès et du confort bourgeois. En 1814, sitôt restaurée, la République de Genève fête son entrée dans la Confédération suisse en fixant son image pour les siècles à venir: elle dessine ses quais en s’agrandissant sur le lac et bâtit «la cité neuve», tout d’abord à l’extrême frange intérieure des fortifications.

Mais cela ne suffit pas à nourrir les appétits d’une ville moderne; après plusieurs tentatives infructueuses, Genève sort enfin de ses murs en 1849. Le démantèlement des fortifications, au lendemain de la révolution radicale de James Fazy en 1846, permet de doubler en 20 ans la surface bâtie de la ville. Répondant à de nouveaux besoins, un véritable urbanisme planificateur, ayant pour directives l’ordre et la régularité, apparaît à Genève. On met en place un «Ring», qui relie entre eux les nouveaux quartiers, qu’on appelle la «ceinture fazyste». Si le cahier des charges général de ces quartiers impose des règles de construction et favorise une certaine homogénéité des ensembles, l’architecture des bâtiments elle, loin d’être unitaire, explore tous les styles en vogue au XIXe siècle. C’est une étape fondamentale dans le développement urbain de Genève: la construction de nombreux logements dans de meilleures conditions d’hygiène, le développement de l’industrie, la planification d’édifices publics comme pôles d’attraction et la création d’espaces verts. Forte de quelque 20 000 habitants au début du siècle, la population de la ville a plus que triplé lorsque le XIXe siècle se termine, au moment où l’Exposition nationale de 1896 annonce le troisième souffle de l’architecture genevoise.

Un guide pour connaisseurs et grand public

Patrimoine suisse Genève célébrait ses 100 ans d’existence en 2007. Au-delà de ses nombreuses actions visant à protéger le patrimoine genevois, l’association est consciente, depuis sa fondation, de l’importance du travail de sensibilisation du public à la connaissance de ce patrimoine. C’est la raison pour laquelle, par le biais de son journal trimestriel «Alerte», par l’organisation de visites guidées et par la publication d’ouvrages, elle documente et informe sur le patrimoine architectural et paysager de Genève. Ce guide, tout comme les précédents, s’adresse au public curieux d’histoire et de patrimoine, d’où la formule des promenades architecturales. Il se veut aussi, grâce à ses deux index, une référence scientifique pour les plus passionnés et les professionnels de la protection du patrimoine: l’un par adresse, pour faciliter la recherche géographique, et l’autre par noms d’architectes, pour alimenter l’étude de l’architecture genevoise.

Par Octavia Kani