Bonnard et Woeffray : l’architecture distinguée

26 mai 2021 - Le couple montheysan surfe sur la vague du succès depuis dix ans. S’il s’exporte bien sur Vaud et Genève, il a surtout profondément changé le bâti valaisan, à commencer par celui de la capitale du canton.

Bonnard et Woeffray : l’architecture distinguée

Les origines...

Bonnard et Woeffray, c’est une hydre à deux têtes. Au tournant des sixties, l’un est né aux Evouettes, l’autre à Lausanne. Geneviève a suivi le cursus EPFL, Denis celui de la HES de Bienne. Deux têtes certes, mais des visions fusionnelles de l’architecture, matérialisées par la création de leur bureau, à Monthey, en 1990. Trente ans de collaboration qui interpellent. «Travailler en couple est une chose commune dans notre métier, sourit Geneviève. Dans notre cas, ça nous permet d’être en réflexion et en dialogue tout le temps. C’est un vrai atout dans une profession où il faut toujours prouver, tout expliquer, apprivoiser en fait».

On ne compte plus les premiers prix de concours et les distinctions – dont la célèbre Distinction Romande d’architecture – de l’équipe Bonnard et Woeffray. «La notion de collectif est importante pour nous, explique Denis. Nous sommes vingt-cinq, avec beaucoup de collaborateurs jeunes, sortant des écoles, car nous préférons former des talents, plutôt que travailler avec des gens déjà déformés par le système».

Épouser le contexte

Mais quel est donc ce langage que Geneviève et Denis cherchent à partager et qui constitue les codes de base de leur architecture? Je vais volontairement oublier les dithyrambes (mérités) des revues spécialisées pour vous soumettre un avis personnel, puisque j’ai eu la chance de vivre dans un chalet Bonnard et Woeffray. Ce qui frappe tout d’abord c’est la simplicité et l’évidence de leurs projets. Avec un minimum de moyens, ils offrent un maximum d’effets. Et surtout, ils ne s’imposent pas en force, ni en rupture: ils glissent parfaitement dans le contexte existant. Geneviève parlerait ici d’intégration active. A noter, autre marque du duo, que le matériau et la couleur se conjuguent dans leurs bâtiments pour livrer des lumières souvent exceptionnelles, de jour comme de nuit. En un mot comme en cent: c’est non conformiste, moderne, incroyablement bien soigné. Une architecture qu’on peut même qualifier de très distinguée.

Pour cerner l’influence de Bonnard et Woeffray en Valais, on a l’embarras du choix: la superbe et ergonomique Ecole de commerce et de culture générale de Sierre, la flamboyante extension de la Cabane Rambert, l’improbable et coloré Centre d’accueil pour adultes en difficulté de Saxon, l’École de Châteauneuf Conthey, ou encore l’École professionnelle de Viège.

Conquête de la capitale

Pourtant, c’est dans la capitale, à Sion, qu’on mesure vraiment leur apport à l’environnement urbain. A l’entrée Ouest de la ville, ils ont ainsi repensé et rebâti le légendaire complexe de la Matze. Si l’extérieur est sobre et élégant, il faut découvrir le spectaculaire patio intérieur pour comprendre leur façon bien à eux de penser l’espace, la lumière et les lieux de vie. À l’entrée Est, tout près de l’Hôpital du Valais, c’est le Centre pour les personnes cérébrolésées de Champsec. Du pur Bonnard et Woeffray, reconnaissable entre mille! Mais surtout, quelle finesse dans la conception intérieure. Rien de froid, au contraire, les résidants évoluent partout dans une ambiance joyeuse, claire, protectrice même. À l’entrée Sud, l’imposant immeuble de logements de la Clarté, au carrefour éponyme, jongle entre volumes et lumière. Un modus vivendi qu’on retrouvera au cœur de la cité, puisque Geneviève et Denis ont conçu l’énorme navire amiral du gigantesque projet Cour de Gare, à savoir le futur grand hôtel (Sion en manque cruellement) et une salle de concert et de congrès très attendue avec ses 600 places.

Cette présence sédunoise marquée n’empêche pas Bonnard et Woeffray de s’exporter sur Vaud et Genève. Ils viennent de terminer le Collège Croset-Parc d’Écublens, vont commencer un EMS de 50 lits à Château-d’OEx, revisiter le Plateau de la Gare à Cully, et construire pour la Caisse de Prévoyance du canton de Genève. Il ne leur reste guère que la Suisse alémanique à conquérir, «mais l’allemand n’est pas notre tasse de thé, rigole Denis, c’est tellement complexe là-bas, et puis, la verticalité des paysages alpins nous manquerait très vite».

par Jean-François Fournier