La gare de Lausanne a entamé sa mue

28 janvier 2021 - Le plus important programme ferroviaire des dix prochaines années permettra d’absorber quotidiennement le double de voyageurs entre Lausanne et Genève qu'actuellement. Faits et chiffres.

La gare de Lausanne a entamé sa mue

La gare de Lausanne a entamé une profonde mue, qui lui permettra d’entrer dans le format de « Léman 2030 ». Il s’agit là du plus important programme ferroviaire de Suisse des dix prochaines années. Outre les CFF, les cantons de Vaud et de Genève, ainsi que la ville de Lausanne, sont associés dans un vaste projet d’aménagement non seulement de la gare et de ses sous-sols, mais de tout le quartier. Il doit permettre d’accueillir chaque jour, à l’horizon 2030, deux cent mille voyageurs entre Lausanne et Genève, soit le double d’aujourd’hui. Sans oublier le trafic des marchandises, qui a lui aussi besoin de meilleures conditions. L’axe ferroviaire entre Lausanne et Genève est en effet saturé, de même que les deux gares de Lausanne et de Genève. Il est difficile de faire circuler des trains supplémentaires. De son côté, Genève doit en outre absorber le flux quotidien de travailleurs transfrontaliers.

1,3 milliard de francs

Que la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Suisse France ait organisé une conférence sur le thème des « Enjeux de la nouvelle gare de Lausanne » indique clairement l’importance que les milieux économiques attribuent à ce programme.  Le chantier de la future gare de Lausanne est devisé à près de 1,3 milliard de francs. Les améliorations se feront par étapes et devraient être terminées 10 ans après l’entrée en force du permis de construire. Il est prévu que le premier quai rénové soit prêt vers la mi-2023. La circulation des nouveaux convois est agendée pour 2026.

Plus en détail :  les quais seront élargis et allongés, afin d’accueillir des trains de 400 mètres de long et de renforcer leur sécurité. Les convois offriront davantage de places assises aux voyageurs, leur capacité étant doublée et portée à 1500 places. Chaque quai disposera de 13 accès. « Nous visons le cheminement en trois minutes d’un voyageur pressé qui entre en gare jusqu’au quai ou en sens inverse », affirment les CFF. Les passages inférieurs seront reconstruits et passeront de deux à trois. Leur largeur sera doublée, pour permettre une meilleure répartition des flux de voyageurs. La place de la gare sera elle aussi transformée. Elle fera la part belle aux piétons, pourra accueillir des restaurants et terrasses. La gare elle-même sera directement connectée avec la station de métro M2 et la future station M3, qui la reliera au quartier de la Blécherette. Et l’Etat de Vaud de se féliciter, sur son site, que « la majestueuse marquise de la gare soit légèrement déplacée, mais préservée ».

Chaque année, suivant le calendrier des travaux, un nouveau quai élargi et rallongé sera mis à la disposition du public. Précisons qu’entre 600 et 700 trains passent à Lausanne chaque jour. « Une gare vivante aussi en sous-sol » : c’est ainsi que les concepteurs de ce programme de réaménagement voient l’avenir. Les passages souterrains deviendront de véritables avenues, larges d’une vingtaine de mètres et ouverts aux usagers comme au public, avec des commerces en tout genre.

Métros surchargés

Afin de coordonner et de planifier l’ensemble des interventions urbanistiques qui vont remodeler le périmètre autour de la gare, la Ville de Lausanne a créé en 2014 la cellule Pôle Gare. On le voit, Pôle Gare est un projet réunissant de multiples acteurs avec une série de chantiers en plus de la gare elle-même. Un exemple de l’étroite imbrication des problèmes découlant du remodelage de la gare ? La circulation piétonne qui découlera du trafic ferroviaire. « Il faudra assurer le trajet des passagers vers leur destination finale, relève la conseillère d’Etat vaudoise Nuria Gorrite. Aujourd’hui, le métro M2 est totalement saturé. Il était calibré pour transporter 25 millions de voyageurs à l’horizon 2030 et nous avons dépassé les 30 millions l’an dernier ». La mise en service du M3 devrait absorber ce flux inattendu.

Finalement, les chantiers de Pôle Gare agiront sur le cœur de l’agglomération lausannoise comme un véritable détonateur du développement urbain.

Un chantier chasse l’autre

Le programme « Léman 2030 » s’appuie sur une série de chantiers, de taille diverse, dont certains sont en voie de réalisation, voire déjà achevés. C’est le cas, dans la banlieue lausannoise, de la mise en service de la gare Prilly-Malley, qui densifie les arrêts du RER vaudois. Une quatrième voie est en construction entre Lausanne et Renens avec, notamment, un « saut-de-mouton », soit une voie passant par-dessus une autre. Là aussi, l’objectif est d’augmenter la cadence du RER. Du côté du canton de Genève, la gare de Genève Cornavin, elle aussi saturée aux heures de pointe, sera renforcée avec deux voies supplémentaires. La halte de La Plaine verra elle aussi ses quais agrandis à 225 mètres. Enfin, entre Genève et Lausanne, une voie supplémentaire à Founex permettra le dépassement des trains de marchandises, alors que des points de croisement équiperont les gares de Mies/VD et de Chambésy/GE. Wikipedia mentionne encore, dans les projets prévus pour après 2030, une troisième voie entre Renens et Allaman, l’amélioration de l’offre RER entre Bellegarde et Genève et, à plus longue échéance, une quatrième voie entre Rolle et Gland et une nouvelle desserte RER entre Genève et son aéroport.

par Etienne Oppliger

Article paru dans le Magazine immobilier.ch de février 2020