Le jardin a un rôle… spirituel !

28 juillet 2020 - C’est un espace entre la terre et le ciel, un espace de liberté et de beauté qui flotte entre deux mondes et qui se nourrit de toutes les énergies de l’univers. Le jardin, expliquent Patrick Genty et Alain Reneuf dans un livre inspiré, n’est pas une simple surface de terre, mais un idéal d’imagination et d’harmonie qui exprime à la fois l’âme du monde et la quête spirituelle des êtres vivants.

Le jardin a un rôle… spirituel !

Ils ont une passion commune et en ont fait un livre intelligent et sensible dont le titre résonne comme une proclamation, comme un cri d’amour et de ferveur, «Le nom du monde est jardin» (Editions Rue de l’échiquier). Patrick Genty est jardinier et paysagiste, il aime ressentir la douceur de la terre et la tendresse du bois entre ses mains pour fabriquer toute sorte d’objets; Alain Renouf est libraire, passionné de végétaux et poète à ses heures, c’est-à-dire tout le temps, du matin au soir et tout au long des saisons. Deux amis fusionnels, qui ont chacun leur vie professionnelle, leurs curiosités, leurs intérêts, leurs contacts, mais vibrent à l’unisson pour une vie de poésie et de tendresse: ils vivent pour leur jardin!

Une vibration esthétique et spirituelle

Pourquoi jardiner? Pourquoi est-on sensible à ce point à la beauté des fleurs et des plantes? Pourquoi aime-t-on les arbustes et les arbres, ainsi que le vent qui siffle ou la pluie qui ruisselle sur leurs feuillages? D’où vient, en fait, cette émotion étrange, cette vibration intérieure à la fois esthétique et spirituelle, qui nous saisit en regardant un jardin? Les deux auteurs, Patrick Genty et Alain Renouf, sont comme le yin et le yang, fuyants, évasifs, allègres: ils chantent, ils dansent, expriment leur joie et leur plaisir, s’amusent de leurs contradictions. Le jardin, à leurs yeux, est avant tout une source de bonheur, qui permet aux êtres humains de se réconcilier avec les énergies cosmiques, tout en nouant entre eux des relations de partage et de convivialité.

Le jardin est un paradoxe, expliquent-ils d’emblée. Une réalité à la fois incontestable et insaisissable. Un espace très concret - la terre, le soleil, le vent, les couleurs, les lumières, les parasites, les moustiques! -, mais aussi un espace qui ouvre sur l’infini et qui aiguise le sentiment de la vie et de la durée, le sentiment du visible et de l’invisible, le sentiment de l’ouverture du cœur et de l’esprit.

Une zone d’inquiétude et de méditation

Il y a d’abord tous les gestes simples que cultivent les amoureux du jardin: «Le matin, le fait d’ouvrir sa porte, de caresser le chat, d’aller regarder les derniers semis, les jeunes pousses au jardin, de soigner les animaux, de dérouler un tuyau, sont des gestes qui se déroulent comme une ritournelle consacrée au proche et au vivant, des moments calmes succédant à la nuit, un prolongement des rêves encore présents et un salut en douceur à la belle journée qui naît».

Et comme au centre de ces gestes, s’invite toute une zone d’inquiétude, une zone de questions et de méditation qui naissent dans le jardin. Le soleil et la lune, les énergies de l’univers, le cycle des saisons, les duretés du réel, les mystères de la vie. Le jardin ne donne pas de réponse, mais il fait réfléchir. Il élargit l’esprit, aiguise la sensibilité, renforce la tendresse. Comment la nature peut-elle être source de spiritualité pour les êtres humains? Comment le jardin fait-il sentir ce besoin de sincérité et de vérité? Le jardin spirituel, affirment les deux auteurs, c’est «le dernier espace de liberté, le lieu du vagabondage des pensées». Une sorte de refuge au-delà de tout, un lieu qui permet «d’échapper au pessimisme ambiant et à la médiocrité» et de renouer avec nos rêves d’harmonie et de beauté.

Le jardin intérieur

«Notre jardin intérieur ne s’exprime jamais aussi bien qu’à l’intérieur du jardin, confient-ils, ce que l’on observe chez la plupart des jardiniers lorsqu’ils accueillent un visiteur. La déambulation partagée est un moment incontournable: les visages s’éclairent, s’ouvrent. Ce moment apaisé permet à l’hôte de consacrer un temps sans doute plus important à la contemplation qu’il ne le ferait seul. Il existe potentiellement autant d’idées de jardin que de personnes sur terre».

par François Valle

Article paru dans le Magazine immobilier.ch d’avril 2019