Léman Express : vers une nouvelle conception de la gare

18 décembre 2020 - Nous ne faisons pas que transiter dans les espaces publics proches des gares du Léman Express (que les Genevois continuent à appeler CEVA). Chacun est invité à y rester et à profiter des aménagements urbains. Visite guidée.

Léman Express : vers une nouvelle conception de la gare

Si la mise en service du Léman Express a eu lieu le 15 décembre 2019, les aménagements des espaces publics se réaliseront selon des calendriers variables. Les coûts devraient s’élever à 20 millions pour chaque site, le double aux Eaux-Vives. Pour chaque interface du Léman Express, des ambiances très différentes ont été pensées par les équipes pluridisciplinaires, désignées via des concours SIA. Notre « safari urbain » commence par le pôle minéral de la gare - déjà en service - de Lancy-Pont-Rouge, avec ses immeubles d’activités aux façades anthracite. Quelques mètres plus loin, le quartier de l’Adret est en construction. « Au moment des travaux, on ne comptait qu’un seul arbre dans ce secteur logistique et industriel, relève d’emblée Philippe Viala, chef du service Interfaces CEVA au Département genevois du territoire. Il y en aura 80 au total. L’alignement de peupliers qui existait dans les années 1950 va être recréé. Des places et des parvis seront réalisés, ainsi que de nouveaux passages inférieurs, uniquement dédiés aux piétons ».

Cette alternance entre espaces de transit et lieux d’arrêt se retrouve autour de toutes les gares du Léman Express. Pour en encourager l’appropriation par la population, des éléments de mobilier urbain ponctuent les sites. La végétation est un autre élément clef, sur lequel insistent les intervenants et ce, d’autant plus que l’abattement des arbres est aujourd’hui au cœur de débats passionnés à Genève. Des efforts importants ont dû être déployés afin d’assurer la qualité des sols, la profondeur/longueur des fosses de plantation et le choix des essences (notamment résistantes aux canicules). Les urbanistes ont fait face à d’importantes contraintes, en particulier les réseaux routiers, électriques et d’eau. Pour l’ensemble des gares du Léman Express, incluant les interfaces et les constructions, le bilan est positif, avec près de 200 arbres de plus qu’auparavant. Relevons enfin que ce sont des entreprises exclusivement locales qui ont été mandatées pour les travaux d’aménagement d’espaces publics.

S’adapter aux usages

Plus difficilement envisageable avec la construction, les espaces publics se prêtent particulièrement bien à l’adaptabilité. En s’attachant à la lecture des pratiques, un banc peut être déplacé, un arbre supplémentaire planté ou un point d’eau réalisé. C’est ce que préconise l’Office de l’urbanisme, en évitant de figer les projets et en prévoyant des mesures « correctives ». Un important travail de signalétique est également en cours, afin de favoriser la ville des courtes distances, caractérisée par la proximité des activités du quotidien. Des panneaux de dernière génération vont être livrés spécialement de Grande-Bretagne ; ils indiqueront aux piétons la durée des parcours, alors que des balisages les guideront dans leurs déplacements. 

Les aménagements prévus à la halte du Bachet sont frappants. « Autrefois un non-lieu, c’est une véritable plate-forme multimodale qui est en train de voir le jour. L’enjeu est de redonner une identité à cette nouvelle porte d’entrée de l’agglomération. Une place de la Gare aérée permettra aux usagers de s’orienter et de changer facilement de mode de transport », indique Jan Bega, chef de projet au Service Interfaces du CEVA. Gradins plantés offrant des assises, couverts végétalisés, places, parcs aménagés en lieux de détente et enfin, une importante vélo-station sont les principaux ingrédients du projet.

Quant à l’interface de la halte de Champel - autrefois un square pentu peu accueillant - son aménagement a pour objectif d’amener de la nature en ville, avec un dessin paysager inspiré du jardin romantique. En proposant un tracé en courbe, le projet s’inscrit en contrepoint à la densité et à la vitesse des flux de passagers. Les circulations piétonnes se glisseront subtilement entre les espaces arborés, dans une succession de chemins et placettes que chacun pourra arpenter à son gré. Un tunnel d’environ 220 mètres de long permettra de connecter la station à l’Hôpital et au quartier de la Cluse-Roseraie.

Des lieux aux rôles multiples

Nous poursuivons notre périple en direction de la gare des Eaux-Vives, ancienne friche ferroviaire. Ici ce sont les équipements publics sportifs et culturels - dont la Nouvelle Comédie - qui amèneront la vie, de jour comme de nuit. Epine dorsale du périmètre, une esplanade comprenant des plantations et du mobilier reliera l’ensemble des bâtiments et des émergences. Etape suivante : la halte Chêne-Bourg, où l’ancienne gare a été déplacée quelques mètres plus loin, faisant écho à celle du Léman Express. Ce témoin historique sera reconverti en café et espace culturel. Un vaste parvis triangulaire offrira une nouvelle place publique centrale à Chêne-Bourg. « Au nord du site, un nouveau maillon de la Voie verte d’agglomération sera réalisé sur 400 mètres, explique Olivier Walser, urbaniste de Chêne-Bourg. Abondamment arboré, il longera une noue paysagère elle-même bordée de gabions. Son but : récolter les eaux de pluie à ciel ouvert et accueillir la petite faune ».

Avec l’arrivée du Léman Express et le développement du nouvel écoquartier Etoile, la gare d’Annemasse (Haute-Savoie, France) devrait voir sa fréquentation multipliée par cinq. Six trains par heure relieront Annemasse à Genève en 20 minutes. Parvis, terrasses, îlots végétalisés et espaces équipés de mobilier confortable donneront une nouvelle dynamique aux alentours de la gare. Certains éléments ont été réhabilités en prenant le rail comme référence, à l’instar de la rotonde ferroviaire qui deviendra un parc public.

« Le concept ‘d’espaces publics pluriels’ constitue le fil conducteur des divers aménagements du Léman Express, résume Caroline Barbisch, chef de projet au Service Interfaces du CEVA. Ils permettent certes la convergence de multiples modes de transport, mais ils encouragent aussi d’autres fonctions : flâner, se rencontrer, se divertir, faire ses courses, etc. L’idée est d’offrir des espaces à tous les usagers, y compris les enfants et les personnes âgées. Cela selon des temporalités variées, dans des lieux que les citadins apprendront à partager ! ».

par Véronique Stein

Article paru dans le Magazine immobilier.ch de décembre 2019 – janvier 2020