Les « fake news » du jardin : des herbes pas si mauvaises que ça

15 juillet 2020 - Adventices, mauvaises herbes… Elles ont une détestable réputation auprès des jardiniers. Pourtant, ces plantes - que par définition l’on n’a pas semé et qui poussent où elles ne devraient pas - sont nécessaires à l’équilibre d’un jardin. Petit tour d’horizon des propriétés de quelques-unes parmi les plus communes et des services qu’elles peuvent rendre.

Les « fake news » du jardin : des herbes pas si mauvaises que ça

Quand on conçoit pour la première fois un jardin, les mauvaises herbes ont quelque chose à nous dire. Elles renseignent le jardinier quant à la nature du sol et donc des plantes qui y seront le mieux adaptées. Elles favorisent aussi la diversité végétale et par extension la diversité animale. En effet, elles attirent de nombreux petits auxiliaires, amis du jardinier, dont les papillons et autres coléoptères butineurs, qui se nourrissent du nectar de leurs fleurs et participent à l’équilibre écologique. Certaines d’entre elles ont des fleurs décoratives, susceptibles d’agrémenter des coins particulièrement difficiles à cultiver.

Ce n’est pas pour rien que dans l’entretien des espaces verts, la tendance est de plus en plus à la diminution des herbicides et à la promotion de pratiques alternatives intégrant un peu plus d’herbe(s) au pied des arbres, entre les pavés ou sur le bord de certaines voies.

Les plus communes

Pour autant, au jardin, les avantages que nous reconnaissons aux «mauvaises herbes» ne doivent pas supplanter les inconvénients qu’elles engendrent. Il n’est donc pas inutile de distinguer celles qui sont utiles de celles qui le sont moins, en trouvant des ruses pour que les dernières ne prolifèrent pas de manière exagérée.

L’ortie, le pissenlit, le plantain, le liseron, le trèfle, le chiendent, l’oseille sauvage, la carotte sauvage, la bardane, la renoncule des prés, la prêle, le mouron des oiseaux sont parmi les adventices les plus communes. Toutes - et en particulier le pissenlit - offrent pollen et nectar en quantité aux insectes pollinisateurs. Le carabe dévoreur de limaces et d’escargots se cache dans les touffes de carottes sauvages. Les chrysopes et les syrphes, qui se nourrissent du nectar de la bardane et du trèfle, déposent leurs œufs sur ces plantes qui attirent les pucerons… dont leurs larves se chargeront.

Diagnostic des sols

En termes de nature des sols, certaines espèces révèlent un déséquilibre et leur présence est significative. Elles peuvent signaler un mauvais drainage, une carence en éléments minéraux, une pénurie d’humus, un manque d’aération, bref : une erreur de culture. Un tapis de pâquerettes peut tout à fait dévoiler une absence de calcaire dans le sol. La nature est si bien faite que ces dernières, en se décomposant et en accumulant du calcium, corrigeront petit à petit la carence.

Le pissenlit, pratiquement considéré comme le premier signe d’une insuffisance, prospèrera, comme le tussilage, dans un sol argileux ; l’oseille sauvage dans une terre argileuse et plutôt acide ; la prèle se plaît dans des sols humides, argileux et mal drainés. Pour éviter sa prolifération, il convient de planter sur cet emplacement des espèces ornementales qui affectionnent les mêmes terrains. Par exemple des fougères ou des hydrangeas. Le coquelicot et le bleuet témoignent d’un sol calcaire ; le mouron blanc d’un sol fertile et souple. Le grand plantain pousse quant à lui sur un sol lourd et compact. C’est un excellent indicateur pour informer qu’il faut aérer le terrain et en améliorer la nature en ajoutant du compost.

D’autres utilisations

Au-delà de la nature d’un terrain, les « mauvaises herbes » les plus courantes contiennent des substances utilisables en culture biologique. Elles servent à la fabrication de fertilisants, d’insectifuges et de préparations naturelles susceptibles de prévenir les maladies fongiques.

L’ortie, riche en sels minéraux et oligo-éléments, stimule la croissance et la résistance aux maladies d’autres plantes, qui poussent dans son voisinage. Selon le degré de macération de ses feuilles dans l’eau, elle est insecticide ou fortifiante. Cultivée en compagnie de plantes aromatiques, elle augmente leur teneur en huiles essentielles.

En conclusion, désherber massifs, pelouses, allées, oui. Mais avec bon sens, en tentant d’identifier les causes de la présence de « mauvaises herbes ».

par Denise Filippi

Article paru dans Le Magazine immobilier.ch de juillet-août 2020