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30 km/h généralisé: Lausanne défie le Canton

Guerre aux voitures? La Municipalité de gauche mijote un Plan directeur communal qui déplaît fortement à la minorité de droite. Le débat fait rage.

La majorité de gauche veut réduire encore les nuisances sonores de jour comme de nuit.
La majorité de gauche veut réduire encore les nuisances sonores de jour comme de nuit. - Copyright (c) Wikimedia Commons
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«La guerre des transports suit son cours. Lausanne veut rendre la vie impossible aux automobilistes.» C’est la thèse développée par la conseillère communale (PLR) Anouck Saugy, rapportrice de la minorité opposée au futur Plan directeur communal (PDCom) élaboré par la majorité rose-verte de Lausanne: «Chacun doit rester libre du choix de son moyen de transport. Il en va de l’intérêt des commerçants, des livreurs, des véhicules d’urgence, des familles avec enfants comme des habitants des communes riveraines», plaide la minorité opposée au futur plan qui doit encore être débattu au Conseil communal. Les deux parties ont développé leurs arguments en conférence de presse le 30 septembre.

Concrètement, le 13 septembre 2021, 60 kilomètres de rues lausannoises passaient au régime du 30 km/h nocturne, de 22 h à 6 h du matin, après des essais jugés concluants sur deux avenues du centre-ville. Mais ce n’est pas fini: après Zurich, Winterthur et Paris, la capitale vaudoise va-t-elle se mettre au 30 km/h généralisé, soit de jour comme de nuit? Avantage: plus besoin de savoir à quelle vitesse on peut rouler. Désavantage notoire: la circulation est plus dense de jour et la limitation touchera l’ensemble des usagers.

Visions délibérément opposées

Rapporteur de la majorité, le président du PS lausannois Benoît Gaillard y est favorable. Selon lui, il est essentiel de développer un réseau de transports publics ambitieux et de renforcer encore les zones piétonnes. La place du vélo doit être assurée, mais si possible séparément des autres usagers, y compris les piétons, pour des motifs de sécurité. Après l’instauration du 30 km/h nocturne, il convient de réduire encore les nuisances sonores de jour, pour les voitures, comme pour les avions à l’aérodrome de la Blécherette. Les transports publics doivent bénéficier de la priorité aux carrefours et des horaires plus denses doivent encore être aménagés. Enfin, les transports individuels à moteur thermique devront être bannis des rues de la ville à l’horizon 2030-2035.

Après Zurich, Winterthur et Paris, la capitale vaudoise va-t-elle se mettre au 30 km/h généralisé?

«Pas question», contre-attaque la minorité PLR-UDC du Conseil communal, convaincue qu’il doit rester des grands axes affectés à la circulation à 50 km/h. En définitive, Lausanne étant le chef-lieu du canton, il revient aux autorités cantonales de décider. Le Château s’est inquiété de certaines modifications apportées par le plan directeur et qui dépassent le stade des «modifications mineures». Ni la Municipalité ni le Conseil communal n’ont la compétence de généraliser une limitation à 30 km/h sur l’ensemble du territoire communal. Comme le Conseil d’Etat affiche une majorité de droite, il n’est pas sûr que la Ville l’emporte au bout du chemin: «L’extension en journée de la limitation nocturne sur tout le territoire lausannois met en péril l’accès multimodal à toutes les parties de la ville, tout en n’apaisant aucunement les nuits lausannoises, comme semble justifier la Municipalité», assène la minorité de droite, qui recommande de refuser le plan directeur «Lausanne 2030».

Instauration progressive

Pour Benoît Gaillard, il s’agirait de commencer par les zones déjà habituées au 30 km/h nocturne, puis de progressivement toucher les grands axes. Il s’attend à des résistances, mais il n’y aurait plus de différence entre le jour et la nuit. Les sceptiques doutent de l’objectivité des mesures. Le socialiste rétorque que les chauffeurs de poids lourds sont déjà habitués à une cadence horaire. Au début de l’automobile dans les Grisons, il fallait être accompagné d’un homme au pas agitant un drapeau rouge pour éviter les accidents. A l’heure où les trottinettes et les vélos dépassent les voitures et les motos, retourne-t-on aux origines de la circulation automobile? Se cacherait-il un motif financier pour les caisses de la Ville, qui pourrait ainsi multiplier les contrôles radar et les amendes lucratives? Pour la majorité favorable au 30 km/h, il a surtout été question de radar d’avertissement jusqu’à présent, mais il n’existe pas de données statistiques de la police municipale. Ou du moins elles ne sont pas rendues publiques.

Au final, le débat ne fait que commencer.