Photovoltaïque

Autoconsommation: se tenir au courant

Produire sa propre électricité solaire et la consommer directement, sans passer par le réseau: une idée qui séduit de plus en plus de particuliers à l’heure de la transition énergétique. Mais concrètement, qui peut en profiter? Comment ça marche? Et quels avantages en tirer? On vous dit tout.

Autoconsommer signifie utiliser l’électricité que l’on produit soi-même
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L’autoconsommation en pratique

Autoconsommer signifie utiliser l’électricité que l’on produit soi-même. En Suisse, cela concerne avant tout le photovoltaïque. Concrètement, il s’agit d’une installation solaire sur le toit d’une maison ou d’un immeuble produisant de l’électricité qui est utilisée immédiatement par les habitants. Le surplus non consommé est quant à lui injecté dans le réseau et racheté par le distributeur d’électricité local (SIG, BKW. Romande Energie...). On parle ici de «taux d’autoconsommation» pour désigner la part de la production solaire effectivement consommée sur place. Dans une villa individuelle, ce taux se situe en général entre 30 et 40% mais avec une gestion optimisée (par exemple en déclenchant la pompe à chaleur ou les appareils électroménagers durant la journée) il peut atteindre 50%. L’ajout d’une batterie permet également de stocker l’énergie produite le jour pour la consommer le soir ou la nuit, augmentant encore ce taux.

Ce qui intéresse tant aujourd’hui

Si l’autoconsommation connaît un tel engouement de nos jours, c’est surtout parce que le prix des installations photovoltaïques a fortement chuté ces dernières années. En outre, elle permet de réduire sa dépendance aux fluctuations du prix de l’électricité. D’autant qu’en moyenne, le coût de revient d’un kilowattheure (kWh) produit en Suisse avec le photovoltaïque résidentiel se situe entre 10 et 20 centimes, alors que le prix payé par un ménage au réseau varie entre 22 et 30 centimes/kWh selon la commune.

Ce que contient la facture d’électricité

Les prix de l'électricité en 2026diaporama
Les prix de l'électricité en 2026

Le prix de l’électricité payée par un consommateur du réseau contient plusieurs éléments pris en compte dont l’énergie ne représente qu’une partie du prix final. Il faut aussi payer les câbles qui acheminent l’électricité (les grands réseaux haute tension comme la distribution fine qui arrive à domicile), le personnel qui s’en occupe en continu, ainsi que des taxes (comme celle pour promouvoir les énergies renouvelables). Bien que les Gestionnaires de Réseau de Distribution (GRD) soient obligés légalement de reprendre le surplus produit par les petits producteurs avec leurs panneaux photovoltaïques, seule la part de l’énergie est en réalité payée. C’est pourquoi, tout producteur solaire doit essayer d’autoconsommer au maximum en direct afin que la valorisation de son kWh produit soit maximale (et donc que son installation soit rentable).

Une énergie abordable pour tous

Si les propriétaires de villas et maisons individuelles sont les premiers concernés, l’autoconsommation ne leur est pas réservée. En Suisse, plus de 60% de la population est locataire et près de trois quarts des habitants vivent dans des immeubles. Installer son propre système solaire n’est donc pas toujours possible.

Pour pallier cette difficulté, des regroupements de consommation propre (RCP) ont été créés, permettant d’équiper le toit d’un immeuble et de répartir l’électricité produite entre les habitants. Un moyen également d’éviter en outre de réinjecter ses kWh dans le réseau.

Les principaux modèles d’autoconsommation en Suisse

Autoconsommation individuelle simple

Un particulier ou un ménage consomme directement l’électricité produite par ses panneaux solaires. Le surplus est injecté dans le réseau et racheté par l’entreprise d’électricité locale. Le taux d’autoconsommation peut être amélioré grâce à des batteries ou en adaptant ses habitudes de consommation (typiquement en faisant tourner le lave-linge en journée).

AVANTAGES Simplicité, gain financier sur le tarif d’achat de l’électricité, réduction de la dépendance au réseau.

CONTRAINTES Nécessite un bon profil de consommation/production et un dimensionnement adéquat. Sans stockage, beaucoup de production est perdue (injectée dans le réseau) lorsque la consommation ne correspond pas. Investissement initial élevé et retour sur investissement qui dépend des tarifs, des subventions et des coûts de rachat. La réglementation et le comptage doivent être corrects.

Regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP)

Plusieurs ménages ou entreprises s’associent pour partager l’électricité produite par une installation commune. Cela permet d’optimiser l’usage local de l’énergie solaire. Le RCP peut concerner un immeuble, un lotissement ou même un petit quartier relié par des lignes privées.

AVANTAGES Permet de mutualiser les coûts, de mieux utiliser la production, d’offrir l’accès à l’énergie solaire même à ceux qui n’ont pas de toit adapté. Augmente le potentiel d’autoconsommation locale.

CONTRAINTES Nécessite une bonne coordination, un comptage séparé et des accords contractuels entre participants. Peut exiger des investissements en infrastructure (lignes privées ou modifications pour comptage). Règlementation stricte qui évolue.

Regroupement virtuel de consommation propre (RCP virtuel)

Depuis l’évolution légale récente, il est désormais possible de regrouper virtuellement des consommateurs et producteurs sans construire de lignes privées. Le partage se fait via le réseau existant, grâce à un système de comptage intelligent. Ce modèle ouvre la porte à des coopérations plus larges.

AVANTAGES Moins de travaux physiques, plus de flexibilité, permet de regrouper des bâtiments distants ou avec raccordement séparé.

CONTRAINTES Besoin de compteurs intelligents et de systèmes de mesure adaptés. La législation doit le permettre. Il faut être dans le périmètre autorisé du gestionnaire de réseau. Il peut y avoir des contraintes de tarification, de redevances sur l’utilisation du réseau, etc.

Communautés Electriques Locales (CEL)

Dès 2026, les communes et quartiers pourront mettre en place de véritables communautés locales de l’énergie. Elles permettront aux habitants de partager l’électricité produite localement (solaire, hydraulique, etc.) via le réseau public, avec un cadre réglementaire dédié.

AVANTAGES Potentiel de plus grande échelle, inclusion, meilleures économies d’échelle, possibilité d’intégrer d’autres usages (bornes de recharge, stockage commun,...).

CONTRAINTES Encore en phase de mise en œuvre à beaucoup d’endroits. Nécessite des structures de gouvernance, d’organisation, des accords entre les participants, une gestion de réseau. Les tarifs et la mesure doivent être clairs, des adaptations réglementaires sont en cours.

Contracting photovoltaïque

Une entité installe, finance et gère une centrale photovoltaïque (notamment sur le toit d’un bâtiment) et le propriétaire du toit consomme l’électricité produite à un tarif préférentiel sans avoir à faire l’investissement initial.

AVANTAGES Permet aux propriétaires de bâtiments de bénéficier d’électricité solaire sans capital initial. Moins de risques, simplification administrative pour l’utilisateur.

CONTRAINTES Le contrat de fourniture doit être clair, souvent l’entité qui installe assume les coûts de maintenance. L’économie pour le propriétaire dépend du tarif convenu. Le modèle doit être rentable pour l’opérateur qui finance.

Un cadre légal en évolution

Cinq principaux modèles existent en Suisse pour autoconsommer son électricitédiaporama
Cinq principaux modèles existent en Suisse pour autoconsommer son électricité

La législation suisse s’adapte pour encourager ces nouvelles pratiques. L’introduction des Communautés Électriques Locales en 2026 marquera en particulier une étape décisive puisque les habitants pourront mutualiser la production d’énergie renouvelable à une échelle territoriale, avec un cadre juridique clair. En parallèle, la généralisation progressive des compteurs intelligents va elle aussi doper l’autoconsommation en rendant possible une répartition équitable et transparente de l’énergie entre les membres d’un regroupement ou d’une communauté.

Ce qui freine quelque peu l’expansion

Malgré son potentiel, l’autoconsommation fait face à plusieurs obstacles. Tout d’abord, les gestionnaires de réseau doivent compenser les pertes financières liées à une moindre consommation d’électricité facturée, alors même que leurs infrastructures restent indispensables pour équilibrer la production et la consommation. Le rendement des panneaux dépend fortement de l’ensoleillement direct, les ombres réduisent considérablement la production. Les bâtiments protégés ou classés imposent souvent des restrictions à l’installation de panneaux. Enfin, les modèles de facturation devront évoluer pour mieux refléter la réalité de l’autoconsommation.

En conclusion

L’autoconsommation peaufine encore ses modèles, toutefois elle n’a plus vocation à être un simple geste individuel mais un véritable mouvement collectif qui transforme le paysage énergétique suisse. Accessible aussi bien aux propriétaires qu’aux locataires grâce aux nouvelles formes de regroupements, elle combine désormais intérêt économique, indépendance vis-à-vis du réseau et engagement en faveur de la transition vers plus de renouvelable. Devenant ainsi une composante essentielle à l’avenir énergétique du pays...