Urbanisme - Suisse

Avanchet-Parc, cinquante ans d’histoire et un modèle durable

Reconnu comme Site d’Importance Nationale à protéger en Suisse, Avanchet-Parc (GE) se distingue par son modèle de gestion des espaces verts et d’aménagement social.

La cité d'Avanchet-Parc a été construite entre 1972 et 1976.
La cité d'Avanchet-Parc a été construite entre 1972 et 1976. - Copyright (c) BuxumLunic
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En février 2023, le quartier Avanchet-Parc à Vernier (GE) rejoignait la Cité du Lignon dans l’inventaire des Sites d’Importance Nationale à protéger en Suisse (ISOS), une mesure portée par la Confédération dans le cadre de la révision périodique de ses inventaires.

Inaugurée officiellement le 19 juin 1973, cette cité accueille environ 6500 habitants dans 2245 appartements répartis dans 99 immeubles (y compris un EMS).

« Pour souligner publiquement cet engagement pour un habitat durable et convivial, ses propriétaires, réunis en communauté des propriétaires d’Avanchet-Parc, accompagnés par la Gérance Centrale de Cogerim, lancent une campagne sur les bus TPG de la rive droite et dévoilent un magazine spécial qui met en évidence les efforts consentis en matière d’écologie et de qualité de vie communautaire », peut-on lire dans un communiqué de presse.

Qui sont les propriétaires actuels de cette cité genevoise proche de l’Aéroport international ? 24 allées sont en main de la Fondation Arc-en-Ciel créée dès l’origine par le patronat et les syndicats dans un effort commun visant à lutter contre la pénurie de logements. L’Etat de Genève et sa caisse de pension (CPEG) détiennent 26 allées, dont certaines ont été remises en droit de superficie à différentes coopératives. Troisième plus gros propriétaire : la société de gestion des fonds Patrimonium (24 allées). On peut encore citer le fonds d’investissement HIG Immobilien Anlage Stiftung (10 allées) et la Caisse de pension du Credit Suisse Group (8 allées). Surtout, une barre entière est constituée par l’une des plus grandes PPE de Genève (rue Carqueron, avec environ 180 copropriétaires).

Efforts en matière énergétique

Les façades colorées servent à s'orienter dans la cité. ©BuxumLunicdiaporama
Les façades colorées servent à s'orienter dans la cité. ©BuxumLunic

Construite entre août 1971 et mars 1977, cette cité a vu son indice de dépense de chaleur (le fameux IDC) baisser de 600 à 316 MJ/m2 par année entre 1999 et 2025. Les propriétaires ont mis en place des actions ciblées pour réduire la consommation d’énergie : rénovations des sous-stations, réfection des toitures, changement des fenêtres, optimisation du chauffage à distance ou encore pose de vannes thermostatiques. « Les résultats profitent directement aux locataires, qui voient leur confort amélioré et leurs charges réduites ».

A l’origine du projet, l’entreprise Ernst Goehner SA qui était présente depuis 1965 à Genève. Elle achète pour plus de 40 millions les terrains de la pépinière qu’une hoirie cherchait à vendre. « L’implantation du nouveau quartier fut en grande partie dictée par les particularités locales : en raison de la proximité de l’aéroport, le plafond aérien de sécurité était fixé à la cote 364, c’est-à-dire environ 45 mètres au-dessus du terrain, ce qui limitait sérieusement la hauteur des immeubles et empêchait de construire des tours » (1).

Une des grandes innovations du projet est de proposer une séparation des circulations des automobilistes et des piétons. L’ensemble des logements a été construit de manière strictement identique, que ce soient les logements en PPE, les appartements à loyers libres et les logements subventionnés. Les parois mesurant 18 centimètres d’épaisseur, la qualité phonique est excellente.

« Goehner avait ses propres normes internes, imposées aux architectes, concernant entre autres la dimension minimale des différentes pièces, plus généreuses que les normes officielles en vigueur à Genève pour les logements sociaux » (2). La hauteur sous plafond est alors de 2 mètres 60.

Les étages de logements feront l’objet d’une industrialisation, avec des éléments préfabriqués en béton. « Dans l’usine d’Etoy, la fabrication d’un appartement de 90 m2 exige 280 à 300 heures de travail (…). Sur place, il faut compter environ 150 heures pour l’assemblage et le montage des éléments de ce même appartement. Pour les cellules sanitaires, une unité de production a été établie sur le site. Salles de bain et WC sont fabriqués à la chaîne, de A à Z, jusqu’aux miroirs et aux verres à dents ! » (3).

Charte d’intervention

A Avanchet-Parc, la culture foisonne. ©Lenny Driebergdiaporama
A Avanchet-Parc, la culture foisonne. ©Lenny Drieberg

Voilà sans doute pourquoi la commune de Vernier, l’Office du patrimoine et des sites et la Communauté des copropriétaires d’Avanchet-Parc ont travaillé sur une « Charte d’intervention sur le bâti et sur le site », en étroite collaboration avec le bureau d’architecture et d’urbanisme AETC.

Cette charte a été présentée en début d’année. Elle contient dix-sept fiches actions portant sur trois thématiques : la rénovation du bâti existant (façades, toitures, balcons, etc.), la conservation et le développement des équipements publics (écoles, centre commercial, centre médical, etc.) et les aménagements extérieurs (jardins, étang, parcs, etc.). « Nous avons voulu quelque chose de simple, souple et évolutif qui préserve la cohérence d’ensemble », explique Pierre-Alain Girard, directeur du patrimoine et des sites.

« Cette charte nous permettra de guider les propriétaires et les régies dans leurs futurs projets. Son objectif principal est de conserver la vision originelle des architectes, tout en tenant compte de l’évolution des nouvelles technologies et des besoins des habitants », conclut Michael Herrmann, directeur des opérations chez Cogerim, la régie qui gère l’ensemble des immeubles d’Avanchet-Parc depuis leur construction.