Avec le Moxy, Sion double sa capacité hôtelière
Le nouveau 3 étoiles de la chaîne Marriott offre un total de 286 lits. Derrière ce projet, le président et CEO du groupe Sophos Hotels, le Valaisan Fernand Donnet, est actif dans une dizaine de pays.

Avec l’ouverture du nouveau Moxy le mois passé, Sion compte 900 lits hôteliers, soit deux fois plus qu’en 2020. Quelle ville peut se vanter d’un tel essor? A la sortie-est du chef-lieu valaisan, l’hôtel s’intègre dans un immeuble de six étages comprenant des logements et des surfaces commerciales. Il a permis la création de 16 emplois. «Derrière le Good Night de Peter Bodenmann à Brigue, c’est l’un des plus grands établissements de la plaine», commente Fernand Donnet, le président fondateur du groupe Sophos Hotels.

Originaire de Morgins, il a usé les bancs de l’Ecole hôtelière de Lausanne, avant de se lancer plus tard dans la construction d’un hôtel en Russie, à Ekatarinbourg, en Sibérie occidentale : « Je pensais y amener une certaine rigueur helvétique, mais j’ai dû déchanter et revoir mes idéaux. Dans chaque pays, il faut s’adapter au caractère local.»
C’est il y a tout juste quinze ans que Fernand Donnet a créé Sophos Hotels avec un associé suisse dont il ne révèle pas le nom. Bien helvétique aussi la discrétion dont témoignent ses bureaux de la rue du Maupas à Lausanne: «Quand je vais en Turquie où mon groupe a installé une filiale à Istanbul avec ses propres ingénieurs et architectes pour y construire un total de 60 hôtels, les cinq premières heures se passent généralement à boire le thé et fumer une cigarette, raconte le Valaisan. Pour y faire des affaires, il est nécessaire d’afficher cette rondeur et cette disponibilité différentes sous nos contrées.»
Projets à Djeddah et à La Mecque
Présent dans huit pays – il fut un temps où c’était le double -, Sophos Hotels a dû s’adapter: «Quand on ouvre un Ramada de 350 chambres à Kiev, en Ukraine, ou un Marriott à Moscou, si vous le faites «à la Suisse», ça ne va pas marcher. Il faut savoir prendre les choses comme elles viennent.»
A l’agenda, un nouvel établissement à Batoumi, en Géorgie, et deux autres en Croatie, à Split et à Zagreb. Toujours dans l’expertise et la gestion d’hôtels, le groupe caresse aussi depuis trois ans d’importants projets en Arabie saoudite avec un partenaire local: «Ce sont de riches familles déjà actives dans d’autres domaines, mais qui veulent se lancer dans l’hôtellerie, où ils désirent être impliqués dans l’opérationnel. C’est là qu’intervient notre expertise. Notre force, c’est d’être une société de management et non un groupe hôtelier. Nous nous effaçons quand l’établissement est opérationnel. Sophos n’est pas au front et ne va pas faire de l’ombre aux propriétaires. Il ne faut pas être le calife à la place du calife!»
Notre groupe ne va pas faire de l'ombre aux propriétaires. Il ne faut pas être le calife à la place du calife!
Troisième force derrière le propriétaire des murs et derrière la chaîne hôtelière, la société de gestion de Fernand Donnet travaille aussi bien avec Marriott et ses marques Ritz Carlton ou Courtyard qu’avec le groupe Hilton ou Wyndham Hotel & Resorts et ses Ramada. «Par la force des choses, on connaît mieux Marriott, l’emblème du nouveau Moxy. C’est une force de frappe considérable avec ses 140 millions de membres clients. Mais notre stratégie, c’est aussi de pouvoir construire deux ou trois hôtels rattachés à des chaînes différentes, par exemple un Marriott et un Wyndham à Split, en Croatie. On cumule ainsi la clientèle de deux chaînes, mais avec un seul directeur. C’est une économie d’échelle comme la classe affaire et l’éco dans l’aviation commerciale.»
Une dizaine de nouveaux hôtels en Suisse

Les principales cartes de visite de Sophos Hotels sont à Paris, avec le Westin de la place Vendôme (440 chambres) et le Saint James Albany (200 chambres), ainsi qu’à Villars-sur-Ollon, avec le Royalp & Spa (63 chambres et suite) et à Moscou avec le Marriott Imperial (272 chambres). A Genève, Sophos Hotels gère le Bernina récemment rénové, le Tiffany ainsi que l’Eastwest et en Valais le confortable National de Champéry et le Chandolin Boutique Hotel. Avec le Covid, les ouvertures ont été ralenties: «Nous sommes sur une dizaine de chantiers, mais nous sommes en manque de matériaux et d’appareils comme les frigos dont on ne connaît pas la date de livraison.» A l’avenir Fernand Donnet veut privilégier l’environnement direct avec l’ouverture ou la reprise d’une dizaine d’hôtels en Suisse: «Nous sommes sollicités toutes les semaines avec quatre à cinq projets. Il y aura des établissements à vendre. On calcule qu’un tiers des hôtels va disparaître ou changer d’affectation. Le défi le plus important sera le personnel, surtout dans la restauration où les horaires sont pénibles. Il va falloir réinventer et revaloriser certaines professions et les horaires. Par exemple concentrer les 40 ou 42 heures sur quatre jours avec trois jours de congé. L’avenir est aux petits et moyens établissements. Les hôtels de montagne ont moins souffert que les hôtels de ville qui ont perdu 15 à 20% de leur valeur. La crise a montré que la clientèle comme le personnel sont enclins à profiter davantage de la vie.»
