Ces chiffres que l’on manipule
Myret Zaki décrypte la problématique des statistiques enjolivées, de la dévaluation camouflée de la valeur des monnaies face à l’or. Passionnant.

L’ancienne rédactrice en chef du magazine Bilan revient avec un nouvel ouvrage. «On l’imagine réservée aux régimes autoritaires, mais la désinformation économique existe aussi dans les pays développés, dont la Suisse. La politisation des chiffres et l’embellissement des statistiques sont une réalité, souvent masquée par l’extrême mathématisation des calculs», indique la journaliste.
Les chômeurs et les disparus

Myret Zaki aborde ainsi le problème des taux hypothécaires très bas. «Des taux proches de 1% laissent croire à une opportunité sans précédent d’accéder à la propriété. Sauf que cette perception est trompeuse. (...) Ce taux ne dit rien du durcissement des conditions de crédit pratiquées par les banques. (...) Selon les calculs de la banque Raiffeisen, pour acquérir une maison valant 1 million de francs, en comptant des fonds propres de 200'000 francs, il faut percevoir un salaire annuel minimal de 176'000 francs.» Et la journaliste de conclure: «Information prise, on voit donc qu’un taux d’appel offre une information trompeuse, et que selon qu’on soit institutionnel ou privé, les conditions d’achat immobilier en Suisse s’avèrent très différentes.»
Autre exemple décortiqué, celui du taux de chômage. «La définition du taux de chômage, qui se limite aux inscrits auprès des ORP, semble incomplète. Les personnes en Suisse arrivées en fin de droits sans trouver du travail disparaissent des radars si elles ne s’annoncent pas à un office régional de placement et si elles ne s’annoncent pas à l’aide sociale. Il n’y a aucune raison que ces personnes désœuvrées soient omises de la statistique des sans-emploi.»
«Désinformation économique – Repérer les stratégies marketing qui enjolivent les chiffres officiels», Myret Zaki, éditions Favre, 2022