Réduire l'empreinte carbone

«C'est louable, mais cela risque d'être compliqué»

Responsable du service Valorisation, Energie et Rénovation chez Gerofinance-Régie du Rhône, Jordan Giraud craint que la modification d’un règlement à Genève pour réduire l’empreinte carbone ralentisse les futures rénovations.

Travaux sur façade, immeuble Quai du Mont-Blanc 21.
Travaux sur façade, immeuble Quai du Mont-Blanc 21.
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Pour sa dernière conférence de presse, le conseiller d’état écologiste genevois Antonio Hodgers avait présenté, le 16 octobre dernier, les modifications d’un règlement «afin de réduire l’empreinte carbone des constructions.» Il avait prévenu: «À terme, l’état pourra refuser de délivrer une autorisation de construire si le chantier prévu est trop intense en carbone.»

De quoi parle-t-on? Un bilan carbone par lots de matériaux devra être effectué dès 2027 pour les bâtiments de l’Etat de Genève puis, dès 2029, les requérants demandant une autorisation de construire devront fournir un concept bas carbone pour toutes les constructions et les rénovations concernées. Enfin, dès 2034, l’état appliquera les nouveaux seuils bas carbone.

Jordan Giraud, responsable du service Valorisation, Energie et Rénovation chez Gerofinance-Régie du rhône.diaporama
Jordan Giraud, responsable du service Valorisation, Energie et Rénovation chez Gerofinance-Régie du rhône.

«Alors que les efforts climatiques se concentraient jusqu’ici sur les émissions liées à l’exploitation, cette réforme vise le carbone caché dans les matériaux durant le cycle de vie (notamment extraction, fabrication et transport compris). Sur le papier, c’est louable, mais sur le terrain, cela risque d’être un peu plus complexe. «J’observe qu’il est d’ores et déjà compliqué pour les différentes politiques publiques de se coordonner. En rajoutant un filtre supplémentaire, quels arbitrages seront effectués? Par exemple, si l’on décide de choisir un isolant moins épais, afin de consommer moins de carbone à sa conception, le propriétaire concerné sera-t-il toujours éligible à une subvention?» se demande Jordan Giraud.

Le spécialiste constate que les entreprises concernées sont encore peu formées sur ces thématiques. «L’état devra s’impliquer pour les accompagner. Il s’agira aussi que l’ensemble de la chaîne de valeur se mette en ordre de bataille. Cela va nécessiter un important travail de coordination. Il faudra que les entreprises disposent de suffisamment de stock de matériaux de réemploi, que le marché se mette en place. Et se pose la question suivante: serons-nous d’accord de payer davantage pour réutiliser des matériaux recyclés? Si l’on souhaite réutiliser des sanitaires, cela pourrait s’avérer un peu bloquant pour certains», relève Jordan Giraud. Reste que cette économie circulaire pose la question de la durabilité: «qu’en sera-t-il des garanties?».

Parmi les autres points relevés par ce spécialiste: le fait que cette évolution va encore renforcer la consolidation au sein des PME concernées et que de plus en plus de propriétaires privés à parc réduit vont préférer se dessaisir de leur bien immobilier au profit des acteurs institutionnels, entre autres. Plus globalement, Jordan Giraud espère vivement que les bonnes intentions genevoises n’aboutissent pas à freiner les projets de rénovation qui doivent s’accélérer pour atteindre les objectifs climatiques.