Chauffage ô désespoir
Le chauffage, c'est toujours soit trop, soit pas assez. Et nous ne sommes pas égaux au niveau du thermostat interne. Quelques réflexions brûlantes.

Je suis du genre à souffrir de la chaleur (au-dessus de 30°C, c’est un problème) et aussi à avoir froid tout le temps (à moins de 20°C à la maison, c’est un problème). Oui, c’est paradoxal, mon idéal serait qu’il fasse tout le temps 22 à l’intérieur, et 25 à l’extérieur. Mais j’aime aussi les saisons et le cycle de la vie et de la nature. Bref, la chieuse thermostatique parfaite.
Alors le chauffage, ça a toujours été une galère. J’ai eu une chaudière individuelle datant des années je ne sais pas combien mais tôt dans le 20ème siècle, ça coûte une fortune en réparations, en énergie (personnelle et fossile), et en laines polaires. Ensuite, j’ai vécu dans du neuf, avec radiateur central et chaleur diffusée au sol et dans les murs, système domotique sur lequel nous n’avions aucune prise. C’était censé être «intelligent» et se régler seul en fonction de la température extérieure. Mais comme tout ce qui est «intelligent» et pas humain, il y avait des trucs que la chose ne comprenait pas. Du style quand il y a la bise de février et qu’il fait -10°C, il n’y pas besoin de chauffer à 40°C. Parce que se retrouver à dormir avec la fenêtre ouverte et à gaspiller du chauffage, ce n’est pas très «intelligent».
Résultat, la camionnette du chauffagiste avait quasi sa place attitrée devant chez nous, pour essayer de doser tout ça, ça coûtait des blindes mais c’était moderne. Aujourd’hui, je suis dans une copropriété. On est assez raccord avec les voisins sur le groupe whatsapp («Il fait froid non + smiley gelé + qui appelle la régie?»), mais bim, il y a eu la guerre en Ukraine, et les consignes aux régies de chauffer maximum à 19°C. Voire 18,5°C.
Mettre des couches
Moi de toute façon, depuis mi-octobre je fais l’oignon. Pas dans la soupe, sur moi. Je mets des couches. Sous-pull, T-shirt, laine polaire, et dans les moments de fatigue, grand chandail par-dessus. Je vous jure que j’ai fait des visios en mitaines et en bonnet (ça évite aussi de se coiffer, win win). Sur mes canapés il y a des plaids, sur ma table basse une tisane au miel et des bougies. J’ai aussi trouvé dans un bazar à Montmartre des grosses chaussettes en laine chinées, genre que portent les Finlandais, qui eux, ont des vraies raisons d’avoir froid. Pour parachever le glamour, comme j’ai un peu mal au dos, j’ai même acheté des ceintures chauffantes thermo machin à la pharmacie. C’est génial, il suffit de les déballer, de les mettre autour des hanches et hop, ça chauffe pendant 8 heures. Bon je précise que c’est assez cher, préserver ses reins, ça coûte... ben un rein justement, c’est con. Ah oui, et j’ai évidemment acheté une couette lourde et chaude spéciale hiver, c’te question.
Certains copains résolvent le problème en allant bosser «en présentiel» tout le temps. Mais dans les entreprises aussi ils font des économies! C’est parfois plus froid qu’à la maison, mais plus convivial. On voit les collègues en écharpe avec des mugs et des nez qui coulent, on peut se refiler le covid tranquillou à la machine à café, c’est cool (oui cool en fait ça veut dire frais en anglais, c’est pour ça que les jeunes ici disent «c’est frais» pour dire «c’est cool», enfin je crois).
Un chauffage sexiste
Je ne voudrais pas jeter un froid, mais il y a encore une chose qui doit être dite: le chauffage c’est sexiste. Les femmes sont plus sensibles aux basses températures pour diverses raisons: métabolisme, masse musculaire, hormones. Je cite une chercheuse: «Nous avons fait l’expérience sur des souris et des rats, quand on leur enlevait la testostérone, les mâles devenaient plus frileux. Et lorsqu’on leur redonnait la testostérone, ils récupéraient la thermosensation initiale: ils étaient moins sensibles au froid.» Or les systèmes de chauffage les plus répandus sont calibrés pour un homme d’une quarantaine d’années, pesant environ 70 kg. Donc nous, les meufs, on se les caille. D’ailleurs une info en passant, vous savez d’où vient cette expression datant du 18e siècle? Du fait qu’il fait tellement froid que le sang fait des caillots... sympa! Vous allez me dire que le dérèglement climatique va résoudre nos problèmes de chauffage. Alors d’abord c’est pas sûr, il y aura aussi des endroits plus froids sans doute. Et puis la clim et la chaleur, ça mérite une autre chronique, pour l’été.
Bon, revenons au froid. Il y a bien une autre une solution, mais elle n’est pas applicable au bureau. C’est de se faire réchauffer par quelqu’un. Alors si vous avez une personne consentante sous la main, profitez, ôtez les couches d’oignon et gardez juste la couette. Mettez-vous un dessous en string vinyle. Pour pas cher, c’est une autre manière de faire monter la température.