Pratique

Comment se chauffer cet hiver?

Si le climat nous réserve chaque année son lot de variations, il paraît difficile d’échapper au chauffage à l’arrivée de la saison froide. Pour se préparer au mieux et éviter les mauvaises surprises, Yvan Aubert, président de l’Association vaudoise des installateurs de chauffage et de ventilation (AVCV), nous livre quelques conseils.

En électrique, au bois, au solaire, à distance ou encore avec une pompe à chaleur, les moyens de se chauffer sont nombreux.
En électrique, au bois, au solaire, à distance ou encore avec une pompe à chaleur, les moyens de se chauffer sont nombreux.
diaporama

Quelles sont les différentes possibilités de chauffage?

En Suisse, 58% des bâtiments (soit 900'000 chauffages) sont alimentés au mazout ou au gaz. Or, dans le cadre de la politique énergétique et climatique du pays, plus aucun chauffage fonctionnant aux combustibles fossiles ne pourra être installé à partir de 2030. Voici les alternatives actuelles possibles:

LES CHAUFFAGES ÉLECTRIQUES
Gourmands en électricité (plus de 3 TWh d’électricité par an, ce qui correspond à plus de 5% de la consommation totale d’énergie du pays), ils commencent déjà à être interdits dans certains cantons.

LES POMPES À CHALEUR
En puisant de l’énergie dans l'environnement, elles fournissent une chaleur durable pour le chauffage ou pour la préparation d’eau chaude sans rejeter de CO2. Les pompes à chaleur sont particulièrement pratiques puisqu’elles peuvent être raccordées au système de chauffage existant, tels que les radiateurs ou au chauffage au sol. Les pompes à chaleur exploitent des sources d’énergies diverses: air, eau ou géothermie, raison pour laquelle il en existe différents types. Les coûts d’investissement pour une pompe à chaleur sont supérieurs à ceux pour un nouveau chauffage fonctionnant aux énergies fossiles mais, à long terme, l’investissement s’avère néanmoins rentable car plus des deux tiers de l’énergie sont puisés gratuitement avec une sécurité d’approvisionnement garantie toute l’année (source de chaleur non soumise aux fluctuations de prix).

INSTALLATIONS SOLAIRES THERMIQUES
Ces équipements servent à produire de l’eau chaude ou comme appoint aux installations de chauffage. Pour ce faire, les capteurs solaires convertissent l’énergie du rayonnement solaire en chaleur. Une petite surface de capteurs installés en toiture (4 à 6 m2) et un accumulateur de taille réduite (450 litres) couvrent 60 à 70% des besoins annuels d’eau chaude pour une famille de 4 personnes.

LE BOIS
Il existe des systèmes de chauffage avec pellets, bûches ou plaquettes de bois. Ces matières premières peuvent provenir des forêts environnantes ou d’ailleurs. «Bien que lorsque l’on se fournit à l’autre bout de l’Europe, là où nous n’avons pas de regard sur la gestion du bois, c’est un nonsens environnemental», relève Yvan Aubert, président de l’AVCV. Tandis que les chauffages à bûches s’adaptent plus particulièrement aux maisons individuelles, les chauffages à pellets conviennent davantage aux petits immeubles collectifs et lotissements. Quant aux chauffages à plaquettes de bois, ils peuvent être installés dans des bâtiments de taille moyenne à grande et sont souvent combinés avec des réseaux de chaleur à distance. À noter que tous les systèmes de chauffage au bois requièrent un espace suffisant pour entreposer la réserve de combustible.

LE CHAUFFAGE À DISTANCE
La chaleur résiduelle ou celle produite au moyen d’énergies renouvelables, transportée sous la forme d’eau chaude via un réseau de conduites, a l’avantage de prendre peu de place, de ne pas nécessiter d’entreposer des combustibles, ni de se préoccuper de son entretien. Toutefois, son raccordement dépend de l’étendue de son réseau. Déployé activement par de nombreux cantons, il n’est parfois disponible dans certains quartiers que dans un délai de plusieurs années.

Comment choisir la solution la plus adaptée?

«Ce qui est valable chez quelqu'un ne l'est pas forcément chez son voisin, c’est du sur-mesure. Le choix est orienté en fonction de la configuration de la maison, des locaux, des besoins, du système de diffusion de la chaleur, mais aussi des questions de place, de température de service, d'environnement… Il n'y a pas de solution toute faite, c’est un conseil en fonction de la situation de chacun», souligne Yvan Aubert. Néanmoins, au moment d’opter pour son système de chauffage, il faut tenir compte non seulement des coûts d’investissement qui surviennent une seule fois, mais également des coûts d’exploitation à prévoir sur l’ensemble de la durée de vie de l’équipement (en moyenne
20 ans).

Les professionnels du secteur l’assurent, aucune pénurie de bois n’est à craindre.diaporama
Les professionnels du secteur l’assurent, aucune pénurie de bois n’est à craindre.

Si je me chauffe aux pellets, dois-je craindre une pénurie de bois?

L'association professionnelle ProPellet et l'Office fédéral pour l'approvisionnement économique du pays surveillent très attentivement la situation du marché et ont une bonne vue d'ensemble de la disponibilité et des stocks. Une pénurie aiguë est donc très improbable selon eux. «Aujourd'hui pousse 11 millions de mètres cubes de bois par année en Suisse. Or, nous n’en coupons que 4 millions, donc il y a encore un potentiel de développement dans le bois en Suisse qui est très important. Bien entendu, il faut en parallèle que les filières du secteur puissent répondre à une augmentation rapide de la demande mais le risque de pénurie est très faible», conforte le président de l’AVCV.

Quand vaut-il mieux optimiser que remplacer?

Une règle commune prévaut en la matière: si son chauffage a dix ans ou plus, il faudrait d’ores et déjà penser à le changer car les procédures peuvent prendre plusieurs mois. Optimiser son système le temps de la transition est donc tout à fait recommandé. «En ce qui concerne les installations récentes alimentées au mazout ou au gaz, rien ne sert de se précipiter pour à nouveau troquer son équipement pour du renouvelable. Le monde a changé très vite et en une dizaine d'années, nous avons basculé vers les pompes à chaleur. Pour nous, c'est une révolution dans le cadre de notre métier et il y a encore toute une partie du parc immobilier qui est équipée d'installations renouvelées récemment, qui sont à hydrocarbures et qui ne sont pas amortis. S’en débarrasser serait un peu comme jeter une voiture qui a un faible kilométrage. Donc dans ce cadre-là, mieux vaut optimiser pour diminuer finalement sa consommation plutôt que tout remplacer», commente le spécialiste Yvan Aubert.

Les technologies sont de plus en plus intégrées dans nos installations de chauffage.diaporama
Les technologies sont de plus en plus intégrées dans nos installations de chauffage.

La domotique est-elle utile ou un simple gadget?

D’après le chauffagiste Yvan Aubert: «Ce peut être les deux en réalité. Une domotique raisonnée, et de plus en plus courante aujourd'hui, ce sont les pompes à chaleur connectées, vérifiées à distance par le fournisseur ou par des bureaux spécialisés qui font de l'optimisation d'installations de chauffage. Ce qui a l'avantage d'avoir un réglage optimal et de limiter au strict minimum la consommation d'énergie. D’autant que le réglage du chauffage passionne rarement le propriétaire d’un bien alors avec ce type de technologies (qui ont un surcoût à
amortir), tout est géré sans trop d’efforts et avec une garantie de confort».

Si je m'absente, dois-je éteindre ou diminuer la puissance de chauffe de mon installation?

Pour les propriétaires de résidence secondaire en PPE ou d’un chalet individuel secondaire, des solutions existent pour gérer à distance son chauffage même en cas d’absence prolongée. Parmi elles, MakeHeatSimple est un programme proposé par l'Office fédéral de l'énergie (OFEN) visant à réduire les dépenses énergétiques des foyers vides une grande partie de l’année. Grâce à l’installation de systèmes de commande à distance du chauffage, les quelque 700’000 résidences secondaires du territoire suisse pourraient ainsi, à elles seules, faire économiser au pays plus de 2000 GWh/année. Au quotidien, Yvan Aubert de l’AVCV recommande «de ne pas descendre la température en-dessous de 10 degrés lorsque l’on quitte son logement car il n’est pas très sain en hiver de ne pas chauffer un bâtiment. D’autant qu’avec une réduction de 7% de la consommation par degré en moins, vous pouvez tout simplement diminuer votre chauffage de 5°C et faire déjà des économies substantielles».

Quelle est la température idéale de chaque pièce?

Lorsque l’on parle «d’idéal» théorique, il s’agit en réalité de chauffer chaque pièce avec le radiateur prévu à cet effet et la porte fermée. L'Office fédéral de l'énergie recommande alors les valeurs indicatives pratiques:

  • 23°C dans les salles de bains (position 4 sur la vanne thermostatique)
  • 20°C dans les pièces de séjour et les salles communes (position 3)
  • 17°C dans les chambres à coucher et les couloirs (position 2)
  • Enfin, dans les pièces peu utilisées, la position * est souvent suffisante.