Michel Curchod - Suisse

Coup de chapeau!

07.02.2022 à 12:35/ immobilier.ch News Genève - Vaud

Ce chapelier tient boutique depuis vingt-cinq ans à la rue de la Cité à Genève. Dans un décor à l’ancienne s’empilent tous les soubresauts des modes du XXe siècle qui reviennent en tête.

Pas d’imitation pour Michel Curchod, attaché aux traditions du bien fait, qui distribue aussi des créations d’artisans genevois et suisses triés sur le volet
Pas d’imitation pour Michel Curchod, attaché aux traditions du bien fait, qui distribue aussi des créations d’artisans genevois et suisses triés sur le volet - Copyright (c) Lionel Flusin
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Au bas de la rue de la Cité, à Genève, l’enseigne en fer forgé annonce la chapellerie de loin. C’est au «Coup de chapeau» que prospère Michel Curchod, un passionné très avisé du couvre-chef. Canotier, toque, trilby, pillbox, porkpie, player, panama ou Borsalino... peu importe le nom. Ici, on se rend compte que tout passe en tête avec le retour des modes. Il y a une quinzaine d’années, de Dior à Lanvin ou Ferragamo, les défilés paraient les hommes de couvre-chefs. En 2005, Dolce & Gabbana chapeautait les filles de bérets style gavroche et les années suivantes ont vu déferler sur les podiums des casquettes en cuir, des turbans, des capelines, des fédoras à plumes annonçant l’ouverture de la chasse, des bérets mous, des bobs, des petits calots vissés de travers.

Mais les créateurs n’ont pas lancé le retour du chapeau, ils ont pris le train en marche. «C’est aux rockers comme Charlie Winston avec son éternel trilby de guingois sur la tête ou Pete Doherty avec son porkpie que l’on doit la vogue du chapeau à petits bords. Une tendance forte qui, après un petit creux, est reparti à la hausse», observe Michel Curchod. Pour la casquette irlandaise à la Brad Pitt, il a succombé au coup de cœur et n’a pas attendu l’influence de la série télévisée Peaky Blinders pour s’en procurer. Qu’elles soient plates, à cache-oreilles rabattables, rétro à l’anglaise, de baseball ou à bec de canard, les casquettes s’empilent sur ses rayonnages en bois aux côtés des Borsalino indémodables et des fédoras immortalisés par Humphrey Bogart, au temps où Greta Garbo arborait le même couvre-chef. Objet de mode ou symbole de statut social, le chapeau va bien au-delà des fashionistas. Il suffit de mettre le nez dehors pour constater qu’il est absolument partout. «Sauf la chapka, moins recherchée, la faute sans doute aux hivers plus doux», note le chapelier.

Entre grandir ou mourir, j'ai choisi d'ouvrir un deuxième magasin à Genève

Point d’exclamation à la silhouette

Le chapelier tient boutique depuis vingt-cinq ans à la rue de la Cité à Genèvediaporama
Le chapelier tient boutique depuis vingt-cinq ans à la rue de la Cité à Genève

«Qui a bonne tête, ne manque pas de chapeau», dit le proverbe. Et dans la boutique, les femmes ne sont pas en reste avec une exubérante variété de modèles tentateurs comme autant de points d’exclamation à la silhouette. Chapeaux cloches surgis des Années folles, bibis, pillbox à la Jackie Kennedy, bérets, capelines, feutres unisexes, bandeaux, fascinateurs ornés de colifichets: classiques, glamour ou désinvoltes, il y en a pour toutes les occasions et tous les goûts. Courtois et élégant juste ce qu’il faut avec son gilet en tweed, Michel Curchod ne cesse de jouer l’initiateur, régnant en ambassadeur du plaisir et de la découverte dans son enclave dédiée à l’allure à hauteur de coiffes. Il propose aussi les accessoires qui vont avec, pochettes, nœuds pap, cannes, parapluies, gants de conduite ou gants d’hiver et même bretelles. Le tout, comme pour les chapeaux, dans le respect du bel objet et de sa provenance. Pas d’imitation, pas de «made in China» pour Michel Curchod, attaché aux traditions du bien fait, qui distribue aussi des créations d’artisans genevois et suisses triés sur le volet.

Un décollage inopiné

Coup de chapeau est l’une de ces rares chapelleries qui résistent en Suissediaporama
Coup de chapeau est l’une de ces rares chapelleries qui résistent en Suisse

Cigarettier, puis actif dans l’import-export, le chapelier doit sa vocation inopinée à des petits signes annonciateurs. «Tu es toujours chapeauté, tu as l’œil de l’esthète, tu devrais vendre des chapeaux». La remarque de son patron d’alors, spécialiste dans le transport d’œuvres d’art, restera lettre morte jusqu’à ce jour de 1989 où, en quête d’un panama, Michel Curchod entre chez James Lock, temple immémorial du chapeau londonien depuis plus de trois siècles. «Dans ce tourbillon de couvre-chefs, ça a fait tilt. J’ai eu un véritable coup de foudre. C’était dit, je serai chapelier.»

Son entourage a beau le traiter de fou, il se met à voyager et, d’ateliers et magasins visités en France, en Angleterre et en Italie, il plonge dans le monde du fait main. Il dénichera aussi dans une brocante un chapeau exactement conforme à son tour de tête qui porte ses initiales à l’intérieur. «Un autre signe du hasard qui va me conforter», dit-il. En 1994, à l’âge de 32 ans, il réunit toutes les conditions nécessaires à l’ouverture, avec l’aide de son épouse, de Coup de Chapeau à Lausanne. «Les premières années seront dures, marquées par l’incrédulité ambiante, dit- il. Trois ans plus tard, entre grandir ou mourir, j’ai choisi d’ouvrir un deuxième magasin à Genève.» Avec une troisième boutique et un musée du chapeau à Berne, Coup de chapeau est l’une de ces rares chapelleries qui résistent en Suisse. Un vrai bonheur pour les amateurs et amatrices de couvre-chefs, sachant, quoiqu’on en dise, qu’on a tous une tête à chapeau.