Créer un appartement dans les combles
Porté à l’inventaire des monuments historiques, le Manoir de la Vignette date de 1787 et a pu être progressivement restauré par ses propriétaires, de quoi rendre plus supportables les investissements nécessaires.


Acquis en 2014, le Manoir de la Vignette aura nécessité une rénovation intérieure (avec notamment la création d’un appartement dans les combles), mais aussi celle des façades et la toiture. Cette ancienne auberge sise à Donneloye (VD) brille à nouveau, tout en ayant pu rendre visible la charpente datant du XVIIIe siècle. Un chantier qui est désormais quasiment achevé. Il ne reste guère qu’un petit muret extérieur du côté nord à terminer. Ce dernier menaçait de s’affaisser.
«Le nom de Vignette fait référence au fait que la région est recouverte de vignes au XVIIe siècle. Nous supposons que lorsqu’elle a été édifiée au XVIIIe siècle, elle a d’abord servi à l’exploitation vigneronne, alors que le canton était encore sous le joug bernois», relate Laurent Gachoud, son propriétaire, par ailleurs géobiologiste et actif dans l’accompagnement de personnes, mais aussi passionné de rénovation d’anciennes bâtisses.
De trois à quatre logements

«Cette maison a été bâtie pour être aux abords des voies routières. Sur le muret extérieur, il y a encore deux anneaux qui servaient à attacher les chevaux», aime à raconter Laurent Gachoud. Lorsque ce dernier rachète ce manoir avec sa compagne Sandra Wicky, il comprend trois logements, le principal occupe tout le rez-de-chaussée, tandis que deux autres se partagent le premier étage. Les combles sont alors utilisés comme débarras.
«Nous avons eu un coup de coeur quand nous avons visité. Le 1er étage venait d’être rénové par la précédente propriétaire et, ce qui n’est pas négligeable, il offrait un certain rendement. Par contre, la toiture était comme celle d’une grange en piteux état. Nous savions que les 420 m2 de toiture devrait être rapidement rénovée». Précisons que le 1er étage comprend un appartement de quatre pièces et un deux pièces, tous deux loués, ainsi qu’un studio occupé par le cabinet de sa compagne.
Autorisation requise
Le Manoir de la Vignette a été porté à l’inventaire des monuments historiques en note 2. Autrement dit, il est considéré «comme ayant un intérêt patrimonial remarquable à l’échelle régionale». La note 1 est réservée aux bâtiments ayant un intérêt à l’échelle nationale. Pour mener des travaux dans ce type de constructions, il est obligatoire de discuter tout d’abord avec le service compétent, soit avec le conservateur cantonal Maurice Lovisa et ses équipes. La mise à l’enquête ne va intervenir que dans un second temps. «Cela a été une bonne chose car nous avons ainsi évité des oppositions. Nous avons oeuvré avec un architecte, Alexis Müller, et je me suis personnellement investi dans le suivi de chantier», nous confie Laurent Gachoud.

La première étape a consisté à créer une grande cuisine ouverte, en 2016. Une pierre de molasse est montée dans les années 1970 dans la cuisine à l’emplacement d’un vieil âtre. Il a fallu déplacer la porte d’entrée, pas d’origine. Les poutres d’origine ont bien entendu été gardées. Au salon, la précédente propriétaire, qui était brocanteuse, avait fait poser des caissons peints au plafond, entre les poutres, afin de renforcer le côté antique du lieu. «Cependant ces caissons s’inspirent des XVe et XVIe siècles, or la maison n’est pas aussi ancienne. Cela étant, nous avons décidé de ne pas y toucher. L’avantage avec ce manoir c’est qu’à l’intérieur, dès lors qu’il restait relativement peu d’aménagements d’origine, à part les tomettes et une pièce boisée dans les combles, peu d’éléments étaient réellement figés par des mesures de protection.»
Comme le raconte Laurent Gachoud: «Dans les années 1950, il y avait ici un magasin d’habits de travail. Or, sauf au 1er étage, la précédente propriétaire a fait démonter les boiseries qui étaient en très mauvais état.» Un ébéniste spécialisé a été chargé de remplacer quasiment toutes les fenêtres avec les petits carreaux d’origine, mais par étapes, ceci jusqu’en 2024.

En 2017, Laurent Gachoud et sa compagne ont rénové une chambre à coucher au rez. Puis en 2018, les anciennes latrines du Manoir, transformées en garage dans les années 1950, ont été réhabilitées en chambre supplémentaire, suite à la naissance de leur fille.
Aménagement des combles
Le gros du chantier intervient en 2019, une fois le permis de construire obtenu en 2018 pour les principaux travaux, soit la création d’un appartement dans les combles. Un lieu magique puisqu’on se retrouve avec une hauteur de 7 mètres, décoré par les poutres d’origine. La création de quelques Velux à certains emplacements, et à l’est au faîte du toit, a été autorisée. Deux chambres séparées ont pu être créées, de quoi amener suffisamment de lumière. Enfin, une mezzanine construite en sapin du Pays d’Enhaut vient ajouter de l’espace utile. Une création de valeur qui a permis de financer également la rénovation complète de la toiture et de l’ancien garage.
Au printemps 2019, ce vaste chantier pouvait démarrer. Cela a nécessité le déménagement temporaire de la famille. En effet, ils ont profité du cumul de nuisances pour faire rénover les pierres de taille et les façades. Fin 2019, toute l’enveloppe extérieure était achevée. «Nous devions enchaîner dès janvier-février 2020 par la création de l’appartement, mais il y a eu le COVID. Cependant, le chantier a pu néanmoins avancer au ralenti, de quoi pouvoir livrer le nouvel appartement de 150 m2 en décembre 2020.»

Les nouveaux occupants, sa belle-famille, ont pu emménager le 4 janvier 2021 en provenance du Grand-Lancy (GE). Afin de diminuer leurs charges, les propriétaires ont décidé de vendre cet appartement dans les combles. En 2023, une PPE dotée de six lots en tout, a été créée. Mais seul l’appartement dans les combles a été vendu.
«Cela a dégagé des fonds pour mener la suite des travaux, isolation au rez et le remplacement des fenêtres au 1er étage notamment», relève Laurent Gachoud. Dès 2022, l’entrée était refaite, puis le remplacement des fenêtres était achevé en 2024.
Dans le grand salon du rez-de-chaussée, au lieu de remplacer les radiateurs, ils ont décidé, après s’être occupés de l’isolation intérieure, de créer des caissons en bois avec des motifs reprenant celui d’un existant au rez. Incroyable, la cave, accessible soit par l’extérieur, soit par une porte de la cuisine. Il s’agit d’une magnifique vieille cave voûtée en molasse, avec des boulets au sol. En remplaçant l’ancienne citerne à mazout pour se brancher au gaz, Laurent Gachoud a pu créer deux caves.

Passionné par la pierre
Le géobiologiste ne s’en cache pas. Il aime les beaux objets. «J’avais commencé par rénover une vieille automobile, puis quand j’avais acquis un appartement à Forel (VD) dans le Lavaux, la banque m’avait prêté des fonds qui m’ont permis de mener à bien des rénovations. À cette époque, je prenais des cours dans une vieille cure à Champvent, dans le Nord-Vaudois. J’adorais ce lieu, son atmosphère. Quand nous cherchions avec ma compagne un lieu pour nous établir et fonder une famille, les objets qui nous auraient convenu n’étaient pas dans nos moyens. Finalement, j’ai tapé manoir et vieille cure et je suis tombé sur cette maison à Donneloye. En fait, nous avons eu de la chance, et un coup (de folie et) de coeur».

