Crises successives: l'impact sur l'immobilier
Réunis lors du 2e congrès romand du CIFI, nombre de décideurs immobiliers ont fait le point sur la situation du secteur face aux défis climatiques, économiques et politiques.

Que l’on soit en plein virage, au bord du gouffre ou à l’orée d’une nouvelle époque, personne ne sait réellement ce qui attend l’immobilier de demain. Seules quelques pistes ont pu être émises par une poignée d’experts, le 25 novembre dernier, lors du 2e congrès romand du cabinet de conseil CIFI. Dans l’une des salles pleine à craquer du Musée des Beaux-Arts de Lausanne, l’auditoire a d’abord entendu l’architecte urbaniste Igor Andersen concernant trois opportunités que représente le changement climatique pour le secteur.
Un renouveau gagnant?
Parmi les objectifs environnementaux du pays et les solutions pour y arriver, l’alimentation figure en haut du classement. Igor Andersen y voit une ouverture: «Sachant que 50% des surfaces agricoles en Suisse sont utilisées pour l’alimentation animale et que nous tendons peu à peu vers le végétarianisme, nous allons devoir repenser la répartition et l’utilisation de nos sols.» Une réorganisation spatiale qui pourrait profiter à l’immobilier. «Il y a également un potentiel programmatique novateur à instaurer dans les quartiers, grâce à une relation directe entre agriculture et immobilier, comme cela a pu se faire dans l’écoquartier des Vergers à Genève», ajoute-t-il. En deuxième lieu, il y a les aspects de mobilité et les politiques d’encouragement à la diminution du parc automobile en ville. «Que va-t-on faire de tous ces parkings? Il faut dès à présent se pencher sur ces futures friches, un gisement immobilier remarquable en devenir» souligne l’expert. Enfin, l’investissement dans la rénovation énergétique des bâtiments fait grand bruit et devrait provoquer un changement profond de l’aménagement urbain selon Igor Andersen. Une chance de plus à saisir pour s’imposer sur de nouveaux projets.
La pierre a de l’avenir
Stéphane Garelli, professeur à l’IMD de Lausanne, a ensuite pris le relais devant l’assemblée. Certes l’économie n’aura jamais été aussi incertaine mais allons-nous vraiment vers une récession? Tout le monde se pose la question et imagine les pires scénarios. En tant qu’économiste, le professeur a d’abord fait état d’une situation globale et mondiale peu réjouissante. Augmentation des taux d’intérêt, dépendance transposée des énergies fossiles à celles renouvelables (exemple du cobalt pour les voitures électriques, majoritairement produit au Congo), nouvelle ère de globalisation plus fracturée et inefficace que jamais, et enfin inflation dangereuse étaient au menu de sa présentation. Ceci avant de finir sur une note positive car, selon lui, pour gagner de l’argent en cas de crise/récession, rien de plus simple: il suffit d’investir dans l’immobilier. «C’est une valeur sûre puisque l’on n’en produira jamais trop, les surfaces étant limitées, et la demande étant garantie du fait d’une croissance démographique galopante» (r)assure-il.
L’exemple du canton de Vaud
En sa qualité de conseillère d’Etat du canton de Vaud, Christelle Luisier Brodard a tenu, quant à elle, à intervenir sur les enjeux du logement. Pointant, par la même occasion, les nombreux obstacles au développement immobilier: raréfaction des terrains, quotas des surfaces agricoles, délais et exigences des procédures administratives, possibilités de recours, cadre légal inadapté... Et ce, malgré une indéniable nécessité dans le canton (940’000 habitants prévus en 2030). Sa solution: «Aujourd’hui, à l’Etat, nous n’avons pas de baguette magique. Il y a un balancier constant à effectuer entre différents intérêts de divers services. Nous gagnerions à être plus souples et, une fois pour toute, à ne plus travailler en silos.» De là à réussir en pratique, seul l’avenir nous le dira.
