Etude

Des logements vaudois bientôt décarbonés?

Bien que complexes et lointains, les objectifs 2050 du pays semblent avoir eu un effet positif sur le Canton de Vaud d'après une récente analyse menée à l'échelle des bâtiments. Néanmoins, la route sera encore longue avant de les atteindre.

Consommation par kWh selon la période de construction des bâtiments résidentiels vaudois
Consommation par kWh selon la période de construction des bâtiments résidentiels vaudois - Copyright (c) Pexels
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Face à la double contrainte du changement climatique (CO2) et de la transition énergétique (du fossile vers le renouvelable), la Suisse se montre ambitieuse concernant l’avenir de ses 1,67 million de bâtiments d’habitation. A partir de 2050, leur consommation d’énergie devrait se voir abaissée à 230 MJ/m2/an (-50%) et leurs émissions carbone à 5 kg de CO2/m2 (-80%). Loin d’être une sinécure pour les acteurs concernés, de nombreuses mesures ont malgré tout été prises récemment pour les accompagner dans cette transformation drastique du parc bâti.

Parmi elles: l’harmonisation des labels énergétiques, les plans climat avec la volonté commune d’accélérer le taux de rénovation (passer de 1 à 4% en 2050), le frein généralisé concernant le chauffage d’origine fossile, la révision de l’ordonnance sur le droit du bail ou encore le Programme Bâtiments qui délivrera 450 millions de francs par an jusqu’en 2024 puis versera 2,8 milliards entre 2025 et 2030 pour décarboner ledit parc immobilier.

Les efforts du Canton de Vaud

Avec de tels outils pour avancer en direction des objectifs 2050, les logements vaudois font figure de bons élèves selon une étude menée conjointement par le centre de recherche CREM et la banque cantonale vaudoise (BCV). Laquelle est inédite par son approche statistique centrée sur les besoins individuels de chaque bâtiment d’habitation. Vincent Moreau, l’un de ses auteurs, commente ses résultats observés sur près de 140’000 édifices (cf. graphique): «Nous n’avons pas encore atteint les objectifs 2050 ou Minergie mais avec une consommation d’énergie d’environ 10 TWh/an et 1,388 millions de tonnes de CO2 eq/an, l’ensemble résidentiel du Canton de Vaud démontre une évolution positive au fil des années.» Dans le détail, on remarque que les communes où le parc immobilier reste le plus pesant, se concentrent essentiellement dans les espaces à forte densité de population (Lausanne et agglomération Vevey-Montreux).

Un fossé encore à combler

Mais cette amélioration sera-t-elle suffisante pour atteindre à terme les objectifs de 2050? Une estimation réalisée par l’Association suisse des banquiers fait état de 12,9 milliards de francs nécessaires par an et pendant trois décennies pour parvenir au «Net Zéro» de 2025. Une limite liée au financement qui s’ajoute à plusieurs autres obstacles comme le décrit Olivier Ouzilou, administrateur du spécialiste de l’immobilier durable Signa-Terre: «Il y a un réel décalage entre les besoins et la réalité. On peut financer, planifier et accompagner tous les projets que l’on veut, il y a aujourd’hui un vrai manque de ressources en matériaux et en main d’œuvre, ce qui fera bloc tôt ou tard.»

A savoir que le marché de la rénovation est à multiplier par quatre d’ici là, ce qui équivaut à financer 50 milliards par année au lieu des 450 millions actuels pour continuer ce rythme d’encouragement. Pire encore, si actuellement 120’000 ouvriers travaillent justement dans la rénovation des bâtiments, il faudrait dans les faits gonfler ce chiffre à plus de 500’000 à l’horizon 2050. Un fossé aux apparences de gouffre qu’il advient dès lors de combler ces prochaines décennies. Formations, aides publiques et implication de tout un chacun seront donc de rigueur.

Les banques ont aussi un rôle à jouer

Le secteur bancaire a affirmé haut et fort sa volonté d’agir pour soutenir le financement de la transition énergétique, notamment dans le domaine du bâti. De nouvelles directives contraignantes seront de ce fait appliquées dès le 1er janvier au sein de l’Association suisse des banquiers. Les banques membres (par exemple la BCV) devront entre autres sensibiliser les clients aux questions de rénovations énergétiques, pourront proposer des offres incitatives dans ce sens, informer les clients sur les aides publiques mais aussi mettre en place des formations continues en lien pour leurs collaborateurs.