Durabilité: il faudrait réduire la surface par habitant!
Des chercheurs de l’EPFL mettent en exergue le besoin indispensable de changer les habitudes des propriétaires et des locataires en termes d’habitat.

On ne cesse de le répéter depuis quelque temps: les bâtiments polluent. En étant à la source de près d’un tiers des émissions de carbone du pays, d’une utilisation intensive des sols, de l’eau, des matériaux et générateur de déchets, le parc immobilier est aujourd’hui au cœur de toutes les réflexions. Parmi les solutions avancées pour rendre nos logements plus écologiques, notamment au niveau de l’habitat collectif locatif, les mesures d’économies d’énergie captent largement notre attention (du fait bien sûr du contexte actuel) mais des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont tenu à corriger le tir, en assurant que le levier déterminant se situerait davantage au niveau de l’ajustement des m2 par habitant.
Des prévisions qui inquiètent
Sachant que la Suisse, pays de locataires à 58%, a prévu de voir sa population atteindre plus de 10 millions d’ici à 2050, les résultats de la thèse rédigée par Margarita Agriantoni ne sont guère optimistes. «Un appartement de 100 m2, par exemple, est construit et chauffé de la même manière qu’il soit habité par deux ou quatre personnes, c’est donc cette surface par tête que l’on doit impérativement diminuer à long terme. Or, aujourd’hui c’est tout l’inverse qui se produit», commente la chercheuse. Et en effet, les statistiques attestent d’une augmentation continue de la surface par personne en mètres carrés ces dernières années en Suisse.
Propriétaires et locataires doivent tous drastiquement changer leurs habitudes en termes d’habitat
Afin de démontrer ce qu’il pourrait advenir si aucun effort à ce niveau-là n’était engagé, les spécialistes de l’EPFL ont élaboré plusieurs scénarios prévisionnels sur trente ans, basés sur les données d’un parc immobilier locatif de 11’000 logements suisses appartenant à deux coopératives (ABZ à Zurich et la Société coopérative d’habitation de Lausanne) ainsi qu’à la Mobilière. «Dans nos simulations, nous avons appliqué aux données de nos partenaires des mesures comme celle de se contenter d’un logement mieux adapté à la taille du ménage quand on est locataire, celle de réserver les logements familiaux aux familles et celle de diviser par cinq le nombre de logements construis par les propriétaires. Malheureusement, mêmes combinées, ces typologies de mesures permettent tout juste de freiner la croissance de la surface moyenne par habitant, puisqu’elle augmenterait dès lors de 3% d’ici à 2050 contre 11% si ces mesures n'étaient pas mises en place», soutient le professeur Philippe Thalmann qui a dirigé la thèse.

Face à ce constat chiffré, les auteurs de l’étude sont unanimes: propriétaires et locataires doivent tous drastiquement changer leurs habitudes en termes d’habitat. Concrètement, les locataires doivent dorénavant accepter d’avoir un peu moins de confort tandis que les propriétaires doivent s’efforcer de reporter leurs investissements sur l’amélioration et la flexibilisation de leurs biens plutôt que sur de nouvelles constructions. Les politiques ont quant à eux la responsabilité de soutenir ces évolutions en favorisant par exemple l’investissement dans l’existant plutôt que l’étalement urbain, ou l’habitat collectif plutôt que la maison individuelle, mais aussi en autorisant les pièces plus petites, etc.
Devant l’ampleur du changement à mettre en marche, Philippe Thalmann demeure malgré tout confiant: «Il n’y a qu’à s’inspirer des colocations de personnes âgées, du projet MétamorpHouse dans le canton de Vaud ou encore des Tiny houses qui fleurissent ailleurs. Une multitude de possibilités existe mais ce sont des réalisations encore trop souvent vues comme simplement exemplaires ou pilotes.» L’appel est lancé, reste voir s’il fera écho en Suisse à l’avenir.
