"Envisager la mixité sous toutes ses formes est la seule manière de concevoir une ville"
Homme discret, Jean-Bernard Buchs orchestre certains des plus grands projets d’urbanisation de Suisse romande. Administrateur et homme de confiance de l’investisseur Claude Berda, il dirige le projet EVOLUTION + / Quartier de l’Etang. Entretien avec un bâtisseur qui revient sur la genèse et les perspectives de cette nouvelle centralité urbaine.

Construite sur une ancienne zone industrielle de la commune de Vernier, EVOLUTION + / Quartier de l’Etang impressionne. Par son architecture d’abord. Le fameux architecte français Dominique Perrault en a réalisé le masterplan. Il a imaginé une ville en deux couches: un socle urbain de quatre niveaux et des émergences qui composent les étages supérieurs. Pas moins de trois entreprises totales et cinq bureaux d’architectes l’ont ensuite matérialisée, encadrés par le pilote du projet Urban Project SA. La réalisation du Quartier de l’Etang, cette nouvelle ville dans la ville, comme aiment à l’appeler les acteurs de ce chantier, est phénoménale. Sa rapidité d’exécution interpelle. Sorti de terre en trois ans à peine, son dernier bâtiment ouvrira ses portes en 2023. Un record!
Derrière l’Etang, deux hommes: Claude Berda et Jean-Bernard Buchs. Le premier, célèbre investisseur, est à la tête de nombreux projets de développement immobilier à travers toute la Suisse romande. L’homme d’affaires aguerri n’en est pas à son premier succès. A ses côtés depuis plus de vingt ans, Jean-Bernard Buchs, son homme de confiance, gère les affaires du groupe Berda. Les Jardins de la Pâla à Bulle, l’immeuble de verre aux Pâquis, l’îlot vert à La Chaux-de-Fonds, Small City à Lancy et la liste est encore longue. Complémentaire, le duo innove en créant de nombreux projets. Avec EVOLUTION + / Quartier de l’Etang, ils ont une fois encore transformé l’essai en favorisant l’émergence d’une nouvelle centralité urbaine genevoise.
Vous êtes de tous les projets immobiliers importants qui essaiment en Suisse romande. Pourtant très peu de gens vous connaissent. Qui est Jean Bernard Buchs?
Il n’y a pas grand-chose à dire sur moi. J’ai commencé à faire de l’immobilier depuis l’âge de 30 ans et suis dans les affaires depuis plus de quarante ans. J’aime profondément ce que je fais en participant, à ma façon, à la création de nouveaux environnements de vie conformes aux attentes et aux besoins de notre époque et des années à venir.
Un quartier ne se résume pas à bâtir de beaux édifices. C'est le social qui compte!
Pouvez-vous nous donner un exemple concret?
Je crois que le Quartier de l’Etang est un bon exemple. Son nom – EVOLUTION+ / Quartier de l’Etang – n’est pas anodin. Nous avions à cœur de réaliser une programmation pour et avec les habitants qui se nourrit des usages des uns et des autres. Nous voulions créer une communauté qui mêle différents profils, qui favorise les liens sociaux en réunissant habitations, commerces, services, emplois et loisirs. Construire, en somme, un véritable lieu de vie. Cette volonté de mixité a sous-tendu, dès ses débuts, la conception du projet.
Le Quartier de l’Etang étonne par sa vitesse de réalisation. Comment avez-vous fait dans ce contexte compliqué pour la construction que nous connaissons?
Il n’y a pas de miracle. Tout d’abord il faut maîtriser le foncier. Puis, pour qu’un projet soit compris et accepté, il faut une bonne gouvernance. Nous avons donc développé une «task force» mobilisant le canton, la commune, des acteurs privés et les riverains, qui a généré une vraie intelligence collective. Mais, c’est surtout la qualité de notre relation avec l’exécutif de Vernier et ses délégués qui s’est révélée primordiale. Cela nous a permis de travailler conjointement à l’avènement d’un espace réunissant tout un ensemble de services de proximité réellement utiles pour les habitants. Ce même modèle de «Task Force» est aussi en place pour la commercialisation avec les acteurs du groupe.
Le projet se définit comme un modèle de la ville de demain, que souhaitez-vous pour ce quartier?
Construire un quartier ne se résume pas à bâtir de beaux édifices. C’est le social qui compte! Un quartier n’est rien sans sa population et le dynamisme qu’elle insuffle. Elle est l’âme qui anime la construction. Je souhaite que ce quartier vive, qu’il trouve sa place et son identité au sein du canton. Que les habitants et les visiteurs en soient fiers. A ce moment, je considèrerai notre travail achevé.
Un quartier se fait ou se défait avec ses usagers. Comment passer de la théorie à la pratique?
En concevant le Quartier de l’Etang, nous avons imaginé un espace de vie riche et diversifié, lié aux usages quotidiens. La mixité, aussi bien sociale que fonctionnelle, a donc été une évidence. Il ne fallait pas seulement que les gens habitent le quartier, mais qu’ils le vivent, qu’ils soient heureux d’y prendre part. Voilà pourquoi la programmation et les espaces publics ont été pensés avec autant de soin que les logements qui les entourent. Les premiers habitants, depuis cet été, bénéficient déjà d’espaces de rencontres et de services avec le Café des Possibles, l’Ecole des Tritons et la crèche, bientôt rejoints par de nombreux autres qui développeront encore cette vie de quartier. En intégrant une mixité d’activités au sein même des bâtiments, c’est tout un réseau de proximité qui se développe. Une proximité synonyme de gain de temps, de facilité et donc d’une meilleure qualité de vie.
Nous, les promoteurs, avons pris le risque de construire un quartier pas comme les autres
Votre programme comprenant 100’000m2 de résidentiel et 150’000 m2 d’espaces commerciaux s’inscrit dans un canton où le nombre de bureaux vides est très important. Comment se passe la commercialisation?
Le programme comprend plus de 890 logements (environ 2500 habitants), une école, une résidence d’étudiants, une résidence pour les seniors, trois hôtels (plus de 670 chambres), des commerces, des restaurants, des bureaux et un pôle de loisirs. Nous, les promoteurs, avons pris le risque de construire un quartier pas comme les autres. La programmation a été longuement étudiée via, là aussi, une «Task Force» axée sur la commercialisation. Nous avons créé un groupe d’experts avec des représentants des sociétés CBRE, Partner Real Estate Knight Frank ou encore StudioMEV, entourés par les sociétés du groupe tels que PCM Opérateur Urbain, Urban Project et Gerofinance-Régie du Rhône. L’idée n’est pas de remplir nos locaux avec n’importe quelle entreprise, mais de réfléchir à un assemblage sensé et diversifié répondant aux besoins actuels.
Il faut savoir répartir les activités et s’adapter à la réalité économique. L’îlot «Le Belvédère» a été pensé comme un joyau haut de gamme. Il façonne l’identité du quartier avec une structure entièrement vitrée qui invitera les différentes sociétés de services à intégrer de grandes surfaces de bureaux lumineuses répondant à leurs nouvelles attentes. Je peux aussi citer «Les Fabriques». Ces deux bâtiments le long de la voie ferrée sont destinés aux entreprises de production et d’artisanat tels que des show-rooms, des start-up et la grande distribution grâce à leurs larges plateaux divisibles. Au pied de tous ces îlots des commerces, des restaurants et divers services de proximité trouvent place.
Je pense sincèrement que nous avons réussi à moduler une offre qui saura répondre à une large variété de besoins.