Livre

"Excusez-moi Monsieur, où sont les toilettes?"

Jean-Jacques Gauer, le roi des hôteliers, se confie à livre ouvert avec un titre insolite, la question la plus souvent posée durant ses quarante années au directeur de palaces.

Bernard Nicod, Jean-Jacques Gauer et Pierre Keller
Bernard Nicod, Jean-Jacques Gauer et Pierre Keller - Copyright (c) LDD
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L’immobilisation forcée des hyperactifs durant le semi-confinement les a conduits à un drastique changement de vie: yoga, promenades, jardinage ou pêche à la ligne ont été au cœur de leur nouvelle existence. D’autres en ont profité pour se mettre à l’écriture. C’est le cas de l’hôtelier Jean-Jacques Gauer qui a rédigé son autobiographie (éditions Favre). Il y raconte des décennies d’activités de Berne à Corfou, de Jérusalem à New York, de Lausanne à l’Auberge du Raisin à Cully où il rayonne encore.

Il affiche toujours le sourire accueillant, avec une pincée d’humour bien dosée, un petit mot drôle à chaque convive qu’il connaît, mais sans familiarité.

Personnage incontournable de l’hôtellerie, l’ex-patron du Schweizerhof à Berne et du Lausanne Palace, à la tête des Leading Hotels of the World durant deux décennies, adore faire le tour des tables. Il affiche toujours le sourire accueillant, avec une pincée d’humour bien dosée, un petit mot drôle à chaque convive qu’il connaît, mais sans familiarité comme il sied à un directeur de 5 étoiles: «Je me considère comme un hôtelier de terrain et cela du matin au soir. Je suis un ennemi des séances de direction qui sont un nid d’intrigues éternelles et protocolées. J’aime le risque, j’adore la créativité, j’adore l’humour en toute situation.»

En compagnie de Jean-Jacques Dutroncdiaporama
En compagnie de Jean-Jacques Dutronc

Pas étonnant qu’au cours de sa carrière, JJ se soit lié d’une chaude amitié avec Jacques Dutronc, venu tourner un film à Lausanne, avec Françoise Hardy et leur fils Thomas, avec le très bon vivant Jean-Pascal Delamuraz ou encore le roi du ballon rond Michel Platini bien avant sa chute hors des pelouses.

Drôle et moins drôle

Avec l'ancien président Bill Clintondiaporama
Avec l'ancien président Bill Clinton

Jean-Jacques Gauer l’avoue dès les premières pages du livre : il a le vin heureux: «Le bon vin est vraiment mon meilleur ami depuis longtemps. C’est un produit noble et très fédérateur. Il est imprévisible! Il peut réveiller des angoisses, mais sur moi il a surtout l’effet de me rendre heureux! Tant mieux! Le contraire aurait été insupportable. Un verre de vin par jour, c’est bon pour la santé. Une bouteille par jour, c’est bon pour le moral!» Rédigée avec l’aide de sa sœur Michèle, qui fut stagiaire à la «Tribune de Genève», l’hôtelier n’a pas voulu rédiger une biographie ennuyante et triste. Et si des histoires tristes, voire tragiques, lui sont arrivées jusqu’à ce jour, elles se sont toujours terminées drôlement. Il n’occulte ni son éviction brutale du Lausanne Palace («pour la première fois de ma vie à 63 ans»), ni sa chute dans les vignes en septembre 2020 au pied de sa maison de Grandvaux en rentrant de l’auberge peu avant minuit, une chute qui aurait pu lui être fatale: «Je ne pouvais plus bouger et mon téléphone restait allumé à 5 mètres de moi.»

Il raconte la brouille avec l’une de ses quatre sœurs qui lui a valu des poursuites pour plusieurs millions: «Cinq années plus tard, je finis par gagner deux fois le procès au Tribunal fédéral, mais à quel prix!»

Avec sa femme Emelinediaporama
Avec sa femme Emeline

C’est l’occasion de témoigner toute sa reconnaissance à sa femme Emeline (ndlr: connue à l’Ecole hôtelière de Lausanne, le très beau fruit d’une Bréslienne et d’un Zermattois un descendant d’Alexandre Seiler, un fondateur de la station du pied du Cervin) et à ses deux fils, Jay (directeur des Trois Couronnes à Vevey) et Brice, professeur de plongée sous les tropiques.

Il n’oublie pas ceux qui l’entourent à l’auberge de Cully, devenu le rendez-vous des amis: «Merci à mes potes et tant pis pour les rares autres qui se trouvent dans le deuxième tiroir de la commode», conclut-il. Le tiroir qu’il désigne plus haut comme «le tiroir à cons où sont rangés les gens pas commodes!»