Fantastiques bâtisseurs
Un livre offre un aperçu des réalisations des insectes sociaux, oiseaux et certains mammifères. L’homme s’est inspiré de ces ingénieux bâtisseurs.

Les insectes, oiseaux et certains mammifères sont des bâtisseurs aussi ingénieux qu’habiles qui nous inspirent et nous émerveillent «par la perfection de leurs surprenantes constructions», comme le souligne Jean-Pierre Jost dans son dernier livre* qui présente une soixantaine d’exemples esthétiques voire insolites. Ce diplômé de l’EPFZ qui a dirigé un laboratoire de recherche aux Etats-Unis et en Suisse invite le lecteur «à prendre conscience et à faire mieux connaître cet aspect à la fois fabuleux et génial de leur comportement, et ainsi nous encourager à protéger ce monde fantastique, vulnérable et pourtant souvent si proche de nous».
La fourmi et le termite

Jean-Pierre Jost commence par le monde des insectes, notamment les fourmis et les termites. Les premières (quelque 8000 à 10’000 espèces dans le monde) choisissent de construire sous ou sur le sol, si ce n’est dans les arbres. Dans nos forêts de conifères par exemple, on peut rencontrer d’énormes fourmilières en forme de dôme constituées d’aiguilles de sapins qui sont l’œuvre de l’espèce Formica paralugubris. D’autres espèces préfèrent installer leur nid sur les arbres, certaines vivant en symbiose avec les acacias, d’autres, tisserandes, sont en mesure de construire des nids de feuilles soudées
Les termites s’illustrent par des constructions plus impressionnantes. Les termitières des savanes africaines peuvent atteindre 8 mètres de hauteur, alors que d’autres, en Amérique du Sud, sont souterraines avec un diamètre jusqu’à 30 mètres. Jean-Pierre Jost précise: «Les termitières sont un modèle de thermorégulation, et, cela surtout dans les régions où les températures fluctuent énormément, de moins 1 degré à plus de 40, les termites réussissent l’exploit de maintenir en permanence une température à 31 degrés à l’intérieur de leur demeure.» L’auteur évoque ensuite les constructions chez les hyménoptères. Les architectes s’inspirent des nids d’abeilles pour réaliser des structures à la fois solides et légères, à l’exemple des ailes et du fuselage des avions.

Une grande partie du livre est consacrée à la grande diversité des constructions de nids chez les oiseaux. «Il y a les spécialistes qui forent des tunnels dans les berges ou les falaises, à l’exemple des martins-pêcheurs», ceux qui creusent les troncs d’arbres comme les pics. Mais aussi ceux qui bâtissent «des nids faits de torchis ou de glaise comme les hirondelles de fenêtre et de cheminée». Il existe aussi «des nids très élaborés et artistiquement tissés» suspendus à la façon d’un hamac ou solidement fixés entre les tiges de roseaux, sans oublier les nids classiques faits de branches, de brindilles ou de mousse. Il y a aussi de nombreux chapardeurs de matériaux ainsi que les recycleurs, sans parler de ceux qui profitent des vieux nids d’autres espèces pour s’y installer.
Le blaireau et le renard
«Un monde fantastique, vulnérable et pourtant souvent si proche de nous»
L’ouvrage se termine avec les mammifères, dont le castor. L’auteur consacre une vingtaine de pages à cet infatigable bâtisseur «capable de modifier son environnement à son profit». Il construit «différents gîtes adaptés au biotope qu’il occupe et [...] l’améliore en y bâtissant des barrages ou des canaux». L’entrée du gîte est généralement située au-dessous du niveau de l’eau avec un tunnel pour accéder à une chambre sèche tapissée de copeaux de bois. La marmotte alpine, elle, est connue pour être un «efficace terrassier», capable de bâtir des ouvrages à plusieurs entrées constituées de deux à trois zones différentes reliées par des galeries secondaires. Il faut dire qu’elle y passe «entre 85 et 90% de sa vie». Le blaireau est aussi un véritable terrassier, capable de construire plusieurs gîtes sur de grandes surfaces avec de multiples entrées. Certaines tanières «sont en mesure d’être occupées pendant des décennies voire des siècles» par des générations successives. Le renard, lui, est un opportuniste qui «n’hésite pas, s’il le peut, à occuper les excavations déjà creusées par le blaireau» voire le lapin de garenne, même si elles sont en partie occupées «tout en y apportant les modifications nécessaires à son confort».
* «Les animaux ingénieux bâtisseurs», Jean-Pierre Jost, éd. Cabédita, 134 pages