Fin de la saga du 16 Grand-Rue
Alors que l’ancien magistrat de la Ville de Genève, Rémy Pagani, vient d’être condamné pour violation de domicile après avoir mené une action politique dans cet immeuble, son propriétaire, sous la conduite d’Alexandre Romy, a enfin pu démarrer la rénovation de ce bâtiment du début du XVIIIe siècle.

C’est une longue saga qui a occupé les Genevois depuis plus d’une décennie. Mais elle a ressurgi au début du mois de mars lorsque le Ministère public genevois a condamné l’ancien maire et conseiller administratif de la Ville Rémy Pagani, membre du mouvement Ensemble à gauche puis de l’Union Populaire, à une peine pécuniaire avec sursis. Ce dernier avait investi le 14 mars 2023, avec une quinzaine de membres de son parti, l’immeuble situé au 16, Grand-Rue en Vieille Ville. Il entendait dénoncer «la spéculation immobilière».
Un préavis primordial

La réalité est bien plus nuancée. Et, il est important de noter qu’elle est paradoxalement connue de l’ancien magistrat puisque ce dernier avait eu des contacts avec Me David Lachat, représentant la famille propriétaire de cet immeuble. En effet, en janvier 2014, Rémy Pagani aurait envisagé une offre pour racheter à bas prix au nom de la Ville de Genève ce bâtiment.
Dès lors, du fait qu’il était alors patron du département municipal des constructions et de l’aménagement, on peut légitimement penser qu’il devait être au courant de l’autorisation de construire délivrée le 17 janvier 2013 par le Département des constructions et des technologies de l’information du canton de Genève. Cette autorisation s’appuyait notamment sur le préavis favorable de l’Office de l’urbanisme qui spécifiait ceci: «Les travaux ne pourront être entrepris tant que les locaux à transformer ne seront pas libres de tout occupant».
Rénovation bloquée

Un arrêt a été rendu par le Tribunal fédéral le 27 février 2017 à propos de cet immeuble. Six locataires du 16 Grand-Rue ont tout tenté pour que cette autorisation de construire n’entre pas en vigueur. Dans le cadre de la rénovation complète de ce bâtiment achevé en 1726, le propriétaire proposait de recréer les six appartements d’origine, des trois, cinq et six pièces. Il ressortait du dossier que les sanitaires et les cuisines étaient soit vétustes, soit manquants. Entendu en 2015 par la commission des pétitions du Grand Conseil, un locataire précisait alors n’avoir jamais eu d’augmentation de loyer depuis son arrivée en 1990. La fourchette des loyers oscillait alors entre 300 et 500 francs pour des surfaces de 30 à 50 m2.
C’est seulement par suite du jugement du Tribunal des baux et loyers du 2 novembre 2023 que le dernier locataire a pu être évacué en janvier 2025. Le reste de l’immeuble était vide. Dès lors, le chantier de rénovation tant attendu a pu s’ouvrir début mars 2025. Comme le relevait un autre avocat du propriétaire: «L’instruction de ce dossier a nécessité beaucoup de temps puisque la Commission des Monuments et des Sites a proposé le classement de ce bâtiment en faisant un inventaire des éléments architecturaux historiquement intéressants.
Un travail qui a nécessité deux ans. Là encore, de nombreux recours des voisins et/ou de locataires a passablement ralenti le démarrage du chantier. «Cela va devenir un des plus beaux immeubles de la Vieille Ville», nous assure le propriétaire. Celui-ci annonce un budget de 6 millions de francs pour mener à bien cette rénovation. D’ici deux ans, ce seront ainsi 7 appartements, un bureau (au 1er étage) et deux arcades qui seront mis sur le marché.
Famille Romy, depuis 50 ans dans l’immobilier
Le groupe familial Romy est né de la passion de Jean-Pierre Romy pour l’immobilier. Avec une vision patrimoniale, les activités se sont déployées dans toute la Suisse. Sous la conduite d’Alexandre, l’important portefeuille s’est consolidé et enrichi ces dernières années avec de nombreux immeubles de rendement. 16 Grand-Rue est une adresse avant tout iconique pour ce bâtiment historique.
