Logement coopératif

Hunziker Areal: laboratoire de l’habitat coopératif et durable

Construite entre 2012 et 2015 sur le site d’une ancienne cimenterie au nord de Zurich, la Hunziker Areal est bien plus qu’un ensemble résidentiel. Portée par la coopérative Mehr als Wohnen, cette expérimentation grandeur nature mêle innovation architecturale, engagement écologique et participation citoyenne. Devenue une référence en matière de logement coopératif, elle continue d’inspirer bien au-delà des frontières suisses.

Plus qu'un quartier, la Hunziker Areal est une vision concrète de la ville solidaire, dense et durable.
Plus qu'un quartier, la Hunziker Areal est une vision concrète de la ville solidaire, dense et durable. - Copyright (c) Zürich Tourismus / Lerichti
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Vieillissement de la population, urgence climatique, creusement des inégalités: nos attentes en matière de logement évoluent. À Zurich, la coopérative Mehr als Wohnen répond à ces enjeux avec la Hunziker Areal, un projet exemplaire né sur une friche industrielle de 41'000m². Entre 2012 et 2015, le site s’est mué en un quartier dense et mixte, réunissant 1200 habitants, 150 travailleurs, et une nouvelle vision de l’habitat: abordable, durable, et conçu pour s’adapter aux modes de vie d’une société en mutation.

L’impulsion du projet remonte à 2007, à l’occasion du centenaire des coopératives zurichoises. Pour marquer l’événement, 35 d’entre elles s’associent et fondent une super-coopérative, avec une ambition forte: affirmer leur rôle dans la transformation sociale et urbaine de la ville en réalisant une Mustersiedlung, une «cité modèle». Un concours d’idées est alors lancé autour d’une question-clé: comment vivrons-nous demain? Dirigeants de coopératives, experts, citoyens et futurs habitants participent à de nombreuses réunions pour définir collectivement les grandes orientations du projet. De ce processus participatif émerge un cahier des charges ambitieux, base d’un nouveau concours international, cette fois pour désigner les architectes du futur quartier.

Du studio à l’appartement de 12,5 pièces, les 442 logements accueillent familles nombreuses, personnes âgées, étudiants, colocataires ou foyers aidés.diaporama
Du studio à l’appartement de 12,5 pièces, les 442 logements accueillent familles nombreuses, personnes âgées, étudiants, colocataires ou foyers aidés.

Un pari sur la densité

Deux jeunes agences zurichoises, Futurafrosch et Duplex, créent la surprise en remportant l’appel d’offres, devançant des bureaux renommés comme Müller Sigrist ou Pool Architekten. Leur mot d’ordre séduit: «Un quartier, pas un grand ensemble». Inspirés par les palazzine des rationalistes italiens, ils imaginent des bâtiments compacts aux formes irrégulières, répartis de manière à créer une alternance dynamique de places et de ruelles étroites, rappelant les gasse de la vieille ville de Zurich. Conformément au règlement du concours, la réalisation des logements est répartie entre les cinq bureaux sélectionnés: deux bâtiments pour chacune des équipes ayant conçu le masterplan, trois pour les trois autres.

Treize bâtiments au total, aux typologies variées, structurent aujourd’hui le site. Certains atteignent plus de 30 mètres de largeur et s’élèvent jusqu’à 22 mètres de hauteur. Malgré la très forte densité du projet - parfois seulement 9 mètres de distance entre deux façades - l’ensemble respire grâce à un savant agencement de volumes, d’encoches, de percées visuelles et d’espaces végétalisés. Plusieurs bâtiments expérimentent des techniques constructives novatrices, à l’image de Haus G, réalisé en béton brut isolant, ou de Haus J, en structure bois. Haus E se distingue par une façade entièrement végétalisée.

Vue de l’extérieur, la Haus D, signée Müller Sigrist, est quant à elle une énigme: cinq étages sur les angles, sept en façade. Cette illusion découle d’un jeu de volumes savamment orchestré. Pour faire entrer un maximum de lumière dans les grands appartements, les architectes ont opté pour des séjours et loggias d’une hauteur d’un étage et demi, contre une hauteur standard pour les chambres. Grâce au principe du split-level, ils ont intercalé entre ces volumes de petits appartements de hauteur normale, créant une spirale d’espaces sur plusieurs niveaux. Deux cages d’escalier desservent l’ensemble, avec des ascenseurs capables d’accéder aux demi-niveaux.

À moins de 9 mètres de distance, les façades dialoguent: percées visuelles, loggias, végétation et volumes travaillés font respirer l’ensemble.diaporama
À moins de 9 mètres de distance, les façades dialoguent: percées visuelles, loggias, végétation et volumes travaillés font respirer l’ensemble.

Microcosme urbain

Comment ces architectures singulières, portées par des signatures différentes, échappent-elles à l’écueil du patchwork pour former un quartier véritablement cohérent? «Quand plusieurs équipes d’architectes unissent leurs forces dans le respect des «règles du jeu» communes, et dialoguent tout au long du processus, le résultat ne se fragmente pas en espaces monotones ou juxtaposés, mais donne naissance à une «pluralité cohérente»», répond Mehr als Wohnen.

Outre les 442 logements, on trouve également deux restaurants, un café, une résidence hôtelière, une galerie d’exposition, un club musical, des ateliers, des bureaux, un sauna, ainsi qu’une crèche et un jardin d’enfants. Au total, 7 000 m² d’activités et de services divers viennent compléter les 40 000 m² de logements. La Hunziker Areal est certifiée «site à 2000 watts» et mise sur l’autosuffisance énergétique: 45% de l’électricité nécessaire est produite par des panneaux photovoltaïques installés sur les toits.

Autre ambition du projet: favoriser la mixité sociale. Si la majorité des logements sont conçus pour des familles, la variété des typologies permet d’accueillir aussi bien des étudiants que des couples sans enfants, des personnes âgées ou seules. Vingt pour cent des logements sont réservés à des familles bénéficiant d’aides publiques, réparties dans différents immeubles pour éviter les ghettos. Le quartier accueille enfin un groupe de personnes en situation de handicap et un foyer pour orphelins.

Un succès reconnu

Sans surprise, ce projet a reçu de nombreuses distinctions, dont le World Habitat Award (2016–17) qui récompense chaque année les solutions de logement les plus innovantes et remarquables venant des quatre coins du monde, et le Klaus-Novy-Preis (2017), un prix allemand qui récompense les coopératives pour leur approche novatrice, tant sur le plan social qu’environnemental.