"Il faut casser le mythe que construire écologique est plus cher"
Le Campus Ciposa va sortir de terre dès avril 2026. L’entreprise veut faire de son projet un cas d’école et construire une usine ultra-verte qui respecte le budget de 27 millions de francs. Comment s’y prend-elle?

Le projet n’a connu aucune opposition. Cela est plutôt rare pour une usine de 100 collaborateurs. Ce vent favorable est d’autant plus étonnant que le Campus Ciposa sera situé à quelques pas d’une zone de détente vers le lac et le Musée du Laténium. C’est dire si la démarche du sous-traitant horloger qui fabrique des équipements destinés à l’assemblage de composants de très petites tailles est appréciée. Son nouveau site est porteur d’espoirs pour les développements industriels de demain. Le permis de construire, déposé en juin, est attendu cet automne.

«Notre objectif est de bâtir un espace industriel à haute performance énergétique, qui respecte les standards les plus élevés en matière de durabilité (Minergie-P) et de qualité de travail pour les équipes. Il doit également s’intégrer à l’environnement existant en minimisant son empreinte sur celui-ci, notamment pendant la phase de construction», résume Florian Stauffer, CEO de Ciposa.
27 millions sans surcoût
Un défi à 27 millions de francs, dont la livraison est prévue pour l’été 2027. Une utopie? «Pas du tout. Il faut casser le mythe que construire écologique est plus cher, poursuit le maître d’ouvrage. Nous avons challengé les corps de métiers et trouvé des solutions économiques et durables. Par ailleurs, le coût d’exploitation du bâtiment sera nettement inférieur. C’est tout bénéfice. Celui qui ne construit pas durable aujourd’hui, c’est qu’il ne le veut pas.» Ciposa, en tant qu’acteur industriel stratégique de la région, bénéficie du soutien du canton de Neuchâtel et prévoit un montage financier alliant des investisseurs tiers et des prêts. La société partagera les locaux avec une entreprise partenaire. Les discussions sont en cours.

Un refuge pour les oiseaux
Pour mener à bien cette mission, Ciposa a formé une équipe pluridisciplinaire réunissant des compétences techniques et environnementales. Les architectes chaux-de-fonniers Epigraf accompagnent le projet. La quête d’une intégration parfaite avec la nature les a même poussés à prendre contact avec un spécialiste de l’association Bird Life. Il a évalué le type d’essences végétales à mettre sur les toits et la parcelle, afin de favoriser la nidification. Un biotope et 60 arbres seront plantés sur le site. Ce modèle a l’avantage de réduire les îlots de chaleur dans tout le périmètre. Avant d’en arriver là, il y a eu les premières analyses pour l’implantation altimétrique et l’orientation de la fabrique. «En construisant dans la pente, nous réemployons les déblais du haut pour remblayer en contrebas. Cela évite de faire des allers-retours avec
des camions chargés de terre lors de la construction. Par ailleurs, nous avons calculé les vents et la courbe du soleil pour optimiser le positionnement du campus», remarque Ismaël Gensollen, le RMO de Ciposa. Ventilation à double flux et ombrages naturels offrent une alternative écologique aux systèmes de climatisation énergivores.
L’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit, les façades et les hangars à voitures et vélos produira entre 70 et 110% des besoins énergétiques de l’entreprise, selon les saisons. Un stockage de l’énergie avec des batteries est prévu. Toujours côté technique, l’isolation sera en paille, tandis que l’eau de pluie collectée dans des citernes alimentera les toilettes.

Structure bois
Une réflexion particulière a été portée à la structure même du bâtiment composé de 4 pavillons contigus. «Nous avons privilégié le bois suisse et il n’y en avait pas suffisamment dans le canton. Nous travaillerons avec une société de Schwyz qui assemblera dès cet hiver les pans de l’usine. L’avantage est que cette étape se fera l’hiver en atelier», signale Ismaël Gensollen. La découpe du bois en atelier permet par ailleurs d’économiser 30 à 50% des déchets et de diminuer les nuisances sonores sur le chantier.
Forêt et menuiserie étant dans la même zone géographique, il n’y aura, là aussi, que peu de trafic de camions. À noter que chaque mouvement du chantier est évalué selon son bilan carbone. C’est pourquoi il est également planifié de renvoyer les camions ayant transporté les éléments préfabriqués de Schwyz, avec une cargaison de matériaux de Neuchâtel. Ceci évitera un voyage à vide. Enfin, le béton employé sera local, issu du recyclage et stockera du CO2.
Loin d’être une fabrique austère, le Campus Ciposa se veut totalement intégré à l’environnement entre vigne et lac. Les 8000 m2 seront répartis sur 5 niveaux avec une mezzanine sur le toit en guise de cafétéria et d’espace détente avec terrasse. À l’intérieur, les zones de production des différents étages seront directement reliées aux bureaux d’ingénieurs, pour faciliter la communication. Un plan de mobilité avec les transports publics offerts, des parcs vélos abrités et des bornes électriques pour les véhicules complètent le décor.