Séminaire

Intégrer la composante sociale dans les promotions

Le "S" d'ESG (Environnemental, social et gouvernance) est souvent le parent pauvre dans les projets immobiliers durables. C'est pour tenter d'y remédier que CBRE a organisé une rencontre le 11 mai à l'EHL.

Le jury a vu dans le projet du Vortex à Chavannes-près-Renens une dimension sociale unique. La 3e édition de la Vortex Race y aura lieu le 19 octobre prochain.
Le jury a vu dans le projet du Vortex à Chavannes-près-Renens une dimension sociale unique. La 3e édition de la Vortex Race y aura lieu le 19 octobre prochain. - Copyright (c) Vortex Race Hugo Schleicher
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BRE a organisé son second Panel Talk le 11 mai à l’EHL, auquel ont participé plus d’une centaine de personnes, autour de la thématique «social», le parent pauvre dans les projets immobiliers durables. Afin de réfléchir à cet enjeu, Amine Hamdani, le directeur exécutif pour la Suisse romande de CBRE, et ses équipes, avaient convié Nicole Laville, directrice ajointe de la Caisse de pension de la fonction publique du canton de Neuchâtel (CPCN), Laura Sarrasin, directrice de l’Aura Sarrasin, Axelle Marchon, présidente d’ENOKI et Emmanuel Ventura, l’architecte cantonal de l’État de Vaud.

Le label AE

«Nous parlons beaucoup d’environnement, de gouvernance parfois, mais beaucoup moins souvent du volet social», a relevé Nicole Laville. La CPCN assure près de 30’000 personnes sur Neuchâtel, provenant de 127 employeurs affiliés (canton, communes, hôpitaux, EMS, écoles, etc.) et gère une fortune nette de 4,935 milliards de francs. Elle possède 263 biens immobiliers, composés à 75% d’habitations, représentant un état locatif de 53 millions de francs. «Dans des anciens locaux CFF à la Chaux-de-Fonds, nous avons créé 9 appartements voici cinq ans, puis avons obtenu le label AE (appartement avec encadrement) mis en place par le canton. A fin 2022, il y avait 368 appartements AE. L’objectif de Neuchâtel pour 2040 est d’arriver à 2057. Mais ce n’est pas simple. Il faut convaincre les seniors d’aller vivre dans des logements généralement plus petits et néanmoins plus onéreux.» Ce type de logements bénéficie notamment d’un référent qui est une sorte de super concierge qui vient chaque semaine s’assurer que le résident est propre sur lui et que son frigo est bien rempli. Mais, bien entendu, un appartement AE ne se résume pas à cela. «C’est assez complexe à mettre sur pied. Il est par exemple important que les marches d’escaliers soient bien visibles. Un gros travail global sur la luminosité est d’ailleurs indispensable». La CPCN est actuellement en train de reconstruire un immeuble à proximité d’un EMS où 30 des 56 appartements seront au bénéfice d’un encadrement. Un 3e projet devrait démarrer, rue Léopold-Robert 114 à la Chaux-de-Fonds, où 50 appartements supplémentaires sont prévus. Outre une salle commune, un atelier de bricolage verra le jour, entre autres.

Pétanque et barbecue

Lui ont succédé, Laura Sarrasin et Axelle Marchon, sur «le levier social comme catalyseur de la durabilité». «Il faut activer la vie de quartier en accompagnant la mise en place d’une communauté avec des espaces partagés pendant quelques années. Cela passe par l’organisation de fêtes de quartier, de services de quartier, de partage entre voisins, d’où une diminution du gaspillage et de la pendularité», a résumé Axelle Marchon. Certes, cela nécessite quelques investissements supplémentaires de la part des constructeurs pour créer un jardin potager, une piste de pétanque, un emplacement pour le barbecue, une bricothèque... Sans oublier la mise sur pied d’un système de car-sharing, de pet-sitting, etc. «Le concierge devient un référent de quartier. Ce système va favoriser le bien-être des locataires et donc la rétention de ces derniers. ENOKI est un concepteur de durabilité qui peut accompagner l’investisseur». Et de citer divers exemples, à Orbe, Avenches et Lausanne. Dans ce dernier exemple, 422 logements appartenant à un fonds immobilier, ENOKI a contribué à organiser la 1ère fête des voisins, mais aussi à la création d’une association d’habitants, d’un troc annuel ou encore d’une bibliothèque d’objets. «La création d’une communauté de quartier permet d’augmenter l’entraide, le partage et la conso-responsabilité. A chaque contexte, sa dynamique de quartier! Il ne faut pas chercher des gains à court terme, mais des rendements plus sûrs à long terme», ajoute Laura Sarrasin, qui fut longtemps active chez Duc-Sarrasin & Cie à Martigny, et qui œuvre notamment comme experte aux examens oraux du brevet fédéral de courtier en immeubles, ainsi que comme formatrice à l’USPI Formation.

Le cas particulier du Vortex

Autre piste: le concours d’architecture. Emmanuel Ventura, l’architecte cantonal de l’Etat de Vaud, a tout d’abord résumé les tâches du service qu’il dirige avec une liste des principaux projets réalisés: le parlement cantonal, la rénovation du château Saint-Maire (qui abrite le siège du Conseil d’Etat) achevée au printemps 2018, Plateforme 10, le Vortex, la Mai- son de l’environnement, le Gymnase de la Broye, l’extension du Tribunal cantonal (achèvement prévu pour janvier 2025), le Campus Santé (2027), le futur établissement pénitentiaire des Grands-Marais à Orbe (270 millions), le nouveau musée ro- main à Avenches (avec un concours prévu en 2024) ou encore le futur concours pour le Palais de Rumine à Lausanne. «Cela représente près de 300 projets pour près de 2,5 milliards. Rien qu’entre 2017 et 2022, il y a eu 12 concours», relève l’architecte cantonal. Le cas du concours pour un quartier de logements étudiants à Chavannes-près-Renens, qu’il a récemment présidé, est emblématique du rôle que peuvent avoir les concours dans l’intégration de la composante sociale. «37 bureaux d’ingénieurs et d’architectes y avaient répondu. Au final, on tournait en rond, malgré les critères ESG intégrés dans la grille d’analyse du jury. Au début, Vortex était mal noté car il cassait les codes, pourtant c’est ce projet qui l’a finalement emporté haut la main. Le jury a vu un projet à dimension sociale unique.» Rappelons qu’on parle de 1155 logements pour 1350 résidents, un vrai village circulaire. C’est une rampe intérieure unique de 2,8 km qui d’ailleurs sert aussi désormais de piste de course puisqu’un groupe d’étudiants de l’UNIL y organise chaque année la Vortex Race. La 3e édition aura lieu le 19 octobre prochain.

Penser au futur usager

Enfin, l’auditoire a été ravi d’entendre Marie-Paule Thomas, sociologue-urbaniste chez CBRE en charge de la recherche et spécialisée dans l’accompagnement de collectivités publiques. «Au-delà des nombreux labels, il faut penser aux futurs usagers. Or, il est faux de penser que les gens qui viennent participer aux ateliers sont forcément représentatifs de l’ensemble des futurs habitants». Quatre types de citoyens cohabitent: la société de représentation, la société traditionnelle, la société de l’expérience et la société du partage. Et cette dernière de prévenir qu’il ne sert à rien de tout concevoir pour les 25 à 30% d’usagers cultivant les valeurs de la société du partage. Il faut aussi penser aux autres. Et Axelle Marchon d’ENOKI d’ajouter à propos des ateliers participatifs: «Il s’agit de bien sélectionner les bonnes personnes, représentatives des différents types d’usagers». Avis aux principaux intéressés