La passion d'un architecte

Jacques Bugna: L'architecte qui fait rimer construction et carrosserie

Lauréat de prix d’architecture, Jacques Bugna a également reçu cette année une prestigieuse récompense automobile à Megève. Une première qui sacre la passion de sa vie. Portrait.

Une passion pour les voitures de sport
Une passion pour les voitures de sport
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Grand, mince et élancé comme un cyprès, avec sa longue chevelure portée en queue de cheval, Jacques Bugna a des faux airs de réalisateur. D’ailleurs, à l’adolescence, il voulait le devenir. Fils d’Arthur Bugna, l’architecte qui a construit la tour de la RTS à Genève, il a découvert ce milieu en accompagnant son père sur le chantier. Comme sur tous les autres, partout en ville. Mais, à la fin de ses études secondaires, l’appel des gènes l’emporte, en dirigeant le jeune homme sur les bancs de l’EPFL.

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L'architecte Jacques Bugnadiaporama
L'architecte Jacques Bugna

« Réaliser des grands projets de construction avec mon père, faisait partie de mes rêves d’étudiant », se confie Jacques Bugna. Mais la vie en décidera autrement, lui enlevant son mentor prématurément. Alors, à seulement 24 ans, encore étudiant, il se retrouve à la tête du bureau d’architectes Bugna, fondé en 1951, par son aîné. Et avec la responsabilité d’une équipe de 25 salariés. Un défi qui va littéralement galvaniser ce grand sportif, rompu à l’endurance. « Plus jeune, je faisais beaucoup de course à pied… » Mais comment a-t-il concrètement fait pour réussir ? « En m’efforçant de comprendre à quoi les clients attachaient vraiment de l’importance dans leur projet », répond-t-il. Et quelle aptitude est indispensable pour cela ? « Une bonne vision en trois dimensions, car, à part la conception d’esquisses, elle permet de visualiser l’ensemble du contexte de construction. » La sienne, en tout cas, a convaincu les dirigeants du Forum économique mondial de Davos (WEF). Ils lui confieront la réalisation de leur siège à Cologny (GE). Idem qu’Audi, le constructeur allemand d’automobiles, sportives y compris. D’ailleurs, la conception des Centres Audi et Seat Amag à Genève plaira tellement que sa construction deviendra la référence absolue de la marque plus que centenaire. Elle décidera donc de reproduire 800 fois le modèle de l’architecte genevois aux quatre coins de la planète. Un accueil enthousiaste similaire sera réservé au Garage Jean Krucker à Collonge-Bellerive (GE), entre autres.

À LA RECHERCHE DE LA BEAUTÉ

De la même manière que WEF et Audi, la marque Porsche sera conquise par le projet de Jacques Bugna. Elle le choisira pour la construction de son centre éponyme à Genève. Ici, seul un amateur de sport automobile comme cet architecte pouvait créer l’illusion de participer à un rallye chez les usagers du parking. Pour ce faire, les deux sous-sols du Centre Porsche ont été dessinés à l’image du circuit Paul Ricard, au Castellet. Cette passion pour les voitures de sport était également un point commun que père et fils Bugna, respectivement Arthur et Jacques, partageaient. « Mon apprentissage de la conduite, je l’ai fait avec la Jaguar Type E de 1973 de mon père. Une valeur sentimentale, cette voiture n’a jamais été transformée. Restée donc dans son jus d’origine, en janvier dernier elle a reçu le Prix de l’Élégance 2025 à Megève », sourit l’architecte. Contrairement aux courses de Grand Tourisme (GT) qu’il effectue sur circuit, ici, pour convaincre le jury international du concours, Jacques Bugna a dû narrer l’histoire de ce bijou vintage.

Mais finalement, y a-t-il une quelconque similitude entre l’architecture et la course automobile, ses deux passions ? « Dans les deux domaines, au fond très compétitifs, il faut être très concentré, très rapide tout en restant le plus zen possible. En résumé, avoir de l’endurance à court, moyen et long terme », explique Jacques Bugna. Et existe-t-il un point de convergence entre un bâtiment et une belle voiture ? « Oui. C’est la qualité de leur aspect extérieur. Et elle dépend du dessin de cet objet, qui en fera, ou pas, la beauté. Car tout est une question de proportions, dont la meilleure conception dépend de notre capacité à sortir des sentiers battus. »