La passion d'un architecte - Marco Graber

L'architecte qui bat le rythme

Le cofondateur du bureau zurichois Graber & Pulver est également un musicien qui répète avec des collègues sur son lieu de travail. Rencontre avec un artiste accompli.

Marco Graber et sa batterie
Marco Graber et sa batterie - Copyright (c) DR
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« L’architecture, c’est de la musique figée » affirmait Goethe. C’est parce que l’écrivain allemand ne connaissait pas Marco Graber. Bernois de naissance, ce dernier manie la géométrie de ses œuvres de sorte à créer du rythme, dont l’illusion du mouvement est bien réel. Et cet impérieux besoin d’action il l’assouvira dès son enfance. D’abord grâce à la gymnastique acrobatique, pratiquée pendant dix ans. Puis, à ses 17 ans, un événement majeur va chambouler sa vie.

EN ROUTE VERS LA MUSIQUE

« Á l’école, avec mes 162 centimètres, j’étais à 16 ans le plus petit de ma classe. Puis, en l’espace d’un an, j’ai poussé de… 24 centimètres ! », confie Marco Graber. Pourquoi et comment, personne n’a jamais compris ! Toujours est-il que, devenu trop grand pour continuer à virevolter en souplesse sans se blesser, le jeune homme arrêtera son sport favori. Suivront des études d’architecture et le lancement, avec Thomas Pulver, de leur bureau. La musique, elle, fera sa grande entrée dans la vie de Marco Graber à ses 38 ans. « Avec Thomas, nous avions reçu une bourse artistique du canton de Berne pour nous acculturer à New York. Là-bas, je ne sortais plus des clubs de jazz… »

Refaire de l’acrobatie, mais avec des notes, deviendra son nouveau dada. Pour commencer, le mélomane apprendra à jouer du piano. Seulement, les succès professionnels ne lui laisseront pas de répit. Et après des années de pause, le face-à-face avec le clavier délaissé sera impitoyable. « Sans pratique, j’avais tout oublié… » Immense regret, qu’un cadeau inspiré va effacer le jour de ses 54 ans. « Mon épouse m’a offert des cours de percussion », se remémore avec enthousiasme l’architecte. Une révélation !

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Depuis quelques années déjà, Marco Graber a formé un groupe de musique avec plusieurs collaborateurs de son bureaudiaporama
Depuis quelques années déjà, Marco Graber a formé un groupe de musique avec plusieurs collaborateurs de son bureau

« Au fond, sans m’en rendre compte, j’ai toujours fait le batteur », analyse Marco Graber. Comment ? Avec son petit balai à dessin, il tambourine sur les maquettes, après les avoir dessinées et gommées sur papier Pergamine. Une sorte de partition sous forme de plans architecturaux qu’il souhaite vivants, comme animés dans un mouvement. D’ailleurs, ce mélomane est convaincu de l’existence de nombreuses similitudes entre la musique et l’architecture. « En tant qu’architectes, nous modulons l’espace en lui donnant une forme. Tandis que, dans la musique, c’est le temps qui est structuré. Les deux disciplines donnent un rythme à l’espace qui nous entoure, ce qui modifie le temps. » Somme toute, la percussion serait le deuxième moyen de Marco Graber de marquer l’espace de son empreinte personnelle. Et s’il devait transposer son rythme de la batterie à ses réalisations d’architecte ? « Je dirais que la Centrale énergétique Forsthaus à Berne, de par sa dramaturgie structurelle, pourrait être assimilée à ce rythme, car elle se dresse comme un espace-repère. »

JOUER POUR COMMUNIER

Depuis quelques années déjà, Marco Graber a formé un groupe de musique avec plusieurs collaborateurs de son bureau. Les six mélomanes, réunis dans une bande, jouent des morceaux de Miles Davis, de Dave Brubeck. Sans oublier la bossa nova de Gilberto Gil, ou encore les mélodies rock des Doors, entre autres. Fan du groupe zurichois Ronin, mené par Nik Bärtsch, l’architecte apprécie tout particulièrement sa sonorité très groove, qu’il s’emploie à reproduire. « Jouer ensemble, c’est une sorte de communion artistique qui renforce nos synergies créatrices », explique-t-il. Pour ce faire, la bande a rendez-vous une fois par semaine dans ses locaux zurichois pour répéter ensemble à la pause déjeuner. Des sessions qui donnent lieu, une ou deux fois par an, à des concerts festifs qui regroupent à Zurich les 80 collaborateurs du bureau Graber Pulver. Bien qu’à l’origine de cette initiative, Marco Graber ne recherche pourtant pas les feux de la rampe. « J’aime bien laisser les devants de la scène à d’autres en battant le rythme dans les coulisses, au propre comme au figuré », sourit humblement celui à qui Genève doit son sublime Musée d’Ethnographie (MEG).

Bio

Né à Berne, Marco Graber obtiendra son diplôme à l’Université de Zurich où il deviendra professeur invité dès 2006, suivie de l‘EPFL de Lausanne et de Politecnico di Milano. En 1992, avec son confrère Thomas Pulver, il a créé le bureau Graber Pulver à Berne et à Zurich. Le centre énergétique de Berne (2013), Le Musée ethnographique de Genève (2014), le quartier de l’Esplanade à Bienne (2024) font partie des travaux de Marco Graber, lauréat avec son confrère d’une quarantaine de concours et d’autant de prix internationaux.