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L'immobilier prend un coup de vieux...

Le vieillissement inévitable et croissant de la population nous force à repenser l’offre de logements. Un état des lieux sur la situation a été effectué lors d’un événement organisé par la Ville d’Onex (GE) fin novembre.

Les 65 ans et plus représenteront 26% de la population en 2040
Les 65 ans et plus représenteront 26% de la population en 2040 - Copyright (c) Freepik
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Pour rester factuel, la part de per- sonnes âgées en Suisse ne fait que grimper: les 65 ans et + sont censés représenter 18% en 2015 contre 26% en 2040 tandis que le nombre des 80 ans et + devrait plus que doubler. Il s’agit là d’un nouveau défi vis-à-vis de l’habitat de demain afin de loger ce groupe de personnes connu pour être le plus «exigeant» en la matière (est le plus souvent chez lui), souhaitant en majorité rester à son domicile jusqu’à la fin de ses jours.

Des m2 à mieux exploiter

Pour l’heure, Genève et Vaud sont justement les deux cantons qui ont le plus misé sur le maintien à domicile. Si bien qu’en terres genevoises, une écrasante majorité (87%) des 80 ans et + vivent actuellement dans leur propre logement, pourtant non adapté aux besoins liés à leur longévité. Selon le cabinet d’études Wüest Partner, le problème se situerait également dans la consommation de l’espace, jugée trop importante à gérer par ses propres occupants. «Faute de mieux, les seniors restent dans le lieu où ils ont passé toute leur vie alors que le ménage s’est réduit au fil du temps et des départs des membres de la famille. Le nombre de m2 demeure quant à lui identique inutilement», souligne Alexandra Nievergelt, manager chez Wüest Partner.

Autre observation: en termes de budget, le loyer dans les centres-villes (périmètre avec le plus de concentration d'aînés) coûte de plus en plus cher, l’offre est limitée et on voit une différence flagrante entre les logements basés en ville à Genève ou dans le canton de Vaud (voir carte). «Ce qui incite une fois de plus cette population à ne pas déménager, puisque plus on reste longtemps dans une location, plus le loyer sera bas», confirme l’experte. Les grands logements ne se libèrent donc jamais pour les nouvelles familles fondées, un phénomène problématique qui devrait encore s’accentuer à l’avenir.

Neuf possibilités à développer

Loyers par commune - Genève et Vauddiaporama
Loyers par commune - Genève et Vaud

Mais alors que se passe-t-il au niveau de l’offre? Si les personnes âgées n’ont pas envie de quitter leur domicile pour habiter ailleurs c’est aussi à cause du manque d’options envisageables. S’il est clair que ce marché émergeant du segment résidentiel manque cruellement d’acteurs pour initier des projets, les possibilités existantes font aussi les frais d’une méconnaissance de la population. «Entre le domicile qui est un peu idéalisé et l’EMS qui est diabolisé, il y a toute une palette de typologies d’habitats pour seniors qui existe à Genève. La vieillesse est multiple, elle dépend de chaque parcours de vie, des besoins à des degrés différents auxquels ces options doivent répondre», décrypte Irina Ionita, secrétaire générale du réseau de seniors Plateforme.

En effet, de l’appartement communautaire au logement évolutif, en passant par l’EMS (4125 places à Genève à 7000 CHF en moyenne par mois), pas moins de neuf possibilités s’offrent à la population retraitée d’aujourd’hui. Parmi elles, les résidences contemporaines avec services hôteliers semblent se démarquer dans l’offre de biens nouvellement construits, jouant les traits d’union entre le foyer familial que l’on a toujours connu et l’établissement médicalisé.

Dernier exemple en date, les Résidences Principales vont prochainement construire trois immeubles de logements pour seniors à Crans-près-Céligny (VD) pour livraison courant 2025. Réalisées sur la dernière tranche d’un quartier qui s’est développé récemment, à 5 minutes en bus de Nyon, ces résidences proches du lac jouiront de multiples services (ouverts au public également), tels qu’une conciergerie, un lounge bar, un fitness pour aînés, un restaurant, une salle des fêtes privatisable, un parc de 13’000 m2, un centre médical et surtout des appartements évolutifs pensés avec des ergothérapeutes. «Certes, avec un loyer mensuel approximatif de 5000 CHF (comprenant les services forfaitaires), notre offre s’adresse à une clientèle moyenne-aisée mais elle répond à une réelle demande et aux besoins de la nouvelle génération de seniors», indique François von Ernst, cofondateur de Résidences Principales.

Agir ou réagir, telle est la question

Un projet alléchant mais pas à la portée de toutes les bourses, ce qui oblige

à se questionner sur les autres options. Mais au vu du nombre de constructions neuves, a fortiori limité dans nos agglomérations lémaniques, la demande croissante et le coût des options actuellement proposées, le logement adapté aux besoins des seniors serait-il une utopie? «Il est vrai que le plus grand levier d’action que l’on possède aujourd’hui réside dans la rénovation du bâti. D’autant qu’il suffit de peu de choses pour adapter un logement, nul besoin de casser les murs. Avec quelques améliorations dans la salle de bain ou avec un travail sur l’éclairage, les domiciles existants ré- novés peuvent convenir à tous les âges», d’après Irina Ionita du réseau Plateforme.

Un exercice effectué sur un cas pratique récemment, aux Minoteries à Carouge (GE). L’ensemble de 329 logements réalisé dans les années 70 figurait alors parmi les plus énergivores du canton, une rénovation a donc été planifiée. Les architectes du bureau Itten+Brechbühl ont profité de l’occasion pour opérer quelques menus changements favorables aux seniors (buanderies déplacées des sous-sols vers les rez, portes automatiques, remplacement des ascenseurs, etc.)

Reste que ces initiatives sont encore ponctuelles. «La vieillesse n’est pas ré- fléchie au niveau du canton, ou alors seulement par rapport au défi de la santé, mais c’est un sujet qui doit être pensé globalement comme tout autre enjeu sociétal, c’est-à-dire avec le territoire, le social, etc.», conclut pour sa part la secrétaire générale du réseau Plateforme. Même son de cloche du côté de Luigi Corrado, directeur des résidences RPSA (Résidences Prendre Soin et Accompagner): «Pour moi, il doit y avoir un débat sociétal équivalent à celui que l’on est en train de mener pour la transition énergétique des bâtiments. Développer des solutions pour les seniors, l’adaptation de notre habitat au vieillissement, sera un problème majeur auquel nous devrons faire face prochainement, et plus on attend, plus les solutions seront complexes.»

Selon le spécialiste qui a œuvré toute sa vie au sein des organismes d’aides aux personnes (IMAD, Pro Infirmis, EMS divers...), «c’est un tsunami qui nous attend et nous ne sommes pas prêts». Voilà qui est réjouissant.